LA FRANCE LA MAISON OU NAQUIT
LA PUCELLE D^RLÉANS.
Cette médaille lui fut adressée par M. le comte de Rocheplatte, maire d'Orléans avec une lettre ainsi conçue :
« Brave Gérardin,
« Les habitants d'Orléans n'ont pu apprendre sans un attendrissement profond, ce que vous venez de faire pour conserver à la France la maison où naquit Jeanne d'Arc.
« Cet exemple de patriotisme et de générosité n'a rien qui doive surprendre de la part d'un membre de sa famille ; il sera apprécié par tous les cœurs vraiment français.
« Il est par nous surtout, associés depuis plus de quatre siècles à la gloire de notre libératrice ; nous, auxquels appartient ce qui se rapporte à elle et qui, comme vous, sommes aussi de sa famille
(( Grâce à votre noble désintéressement, l'or de l'étranger à été dédaigné; la destruction qu'il méditait a été prévenue, et par un sacrifice de plus, vous avez le bonheur de voir attacher le titre de monument public à Thumble toit que l'opinion des siècles avait constamment entouré de leur respect.
« Vous venez de prouver que le berceau de la gloire n'a pas cessé d'être l'asile de la vertu. Aujourd'hui qu'il devient solennellement leur temple, c'est à vous que la garde en sera confié, mais vous n'avez désiré l'obtenir que sous la condition que vous vous en montreriez toujours digne.
« Brave homme ! c'est nous faire regretter que vous ne puissiez vivre toujours.
« L'histoire immortalisera votre belle action ; elle associera encore une fois votre nom à celui de l'illustre héroïne ; nos derniers neveux répéteront après nous : il fut digne d'appartenir à Jeanne d'Arc, celui qui, après avoir versé comme elle son sang pour sa patrie, celui qui, privé avec sa famille des dons de la fortune, a compté pour rien ses bienfaits à côté de ce que lui commandaient l'honneur et l'amour de son pays.
« Je joins à cette lettre : expédition de la délibération du conseil municipal par laquelle il m'a chargé de vous l'adresser en son nom et la médaille d'or qui doit en perpétuer le souvenir.
« Ces témoignages de notre reconnaissances ont pour nous l'accomplissement d'un devoir sacré ; je m'honore d'être en cette circonstance l'organe de mes conci-
toyens et de vous assurer de la parfaite considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être etc., etc.
« Le comte de Rocheplatte. »
Dans son enthousiasme, l'honorable maire d'Orléans commettait une erreur en signalant Gérardin comme étant de la famille de Jeanne d'Arc : pareil honneur ne lui avait pas été réservé, mais comme on l'a déjà fait observer, cette circonstance ne rendait son action que plus recommandable encore.
Le 5 août 1818, une ordonnance royale approuva l'acte du 20 juin précédent et quelques temps plus tard, le département des Vosges se rendit également acquéreur de tout l'îlot de maisons dans lequel se trouvait celle qui avait été le berceau de Jeanne d'Arc.
Il fut décidé alors qu'un monument destiné à perpétuer la mémoire de l'héroïne serait érigé, et qu'auprès de' l'antique demeure, serait fondée une école gratuite pour les jeunes filles de Domremy, de Greux et des communes environnantes.
Le roi accorda, à cet effet, une somme de 20,000 fr. dont 8,000 fr. devaient être affectés au service d'une rente annuelle de 400 fr. destinée à l'entretien d'une sœur de charité qui serait chargée de diriger l'école. Il donna également le buste en marbre de Jeanne d'Arc qui devait être placé sur le monument.
En outre, le Conseil général des Vosges vota en 18 17, sur la proposition du préfet, une somme de 3,ooo fr. pour compléter les dépenses rendues nécessaires par l'exécution des travaux et embellissements projetés.
On se mit immédiatement à l'œuvre ; l'ancienne maison de Jeanne d'Arc, fut nettoyée, réparée et consolidée dans les parties qui semblaient menacées ; les dispositions en furent ménagées, à peu de chose près, telles qu'elles nous apparaissent aujourd'hui, et sur remplacement d'une partie des bâtiments qui l'obstruaient, on construisit les deux ailes qui servent à l'Ecole des filles et au Musée.
« La façade de l'habitation de la famille d'Arc, écrit M. Jollois, est remise dans son état primitif ; on y a rétabli au-dessus de la porte d'entrée les pierres chargées de sculptures qui étaient naguères au-dessus de la porte de la maison de Gérardin. Quant à la statue de l'héroïne dont nous avonsÀ donné la description, elle sera restaurée et placée sur un piédestal dans la chambre même de Jeanne d'Arc ; la double fenêtre qui éclairait cette pièce a été rouverte, et l'on y a employé des vitraux de la forme de ceux en usage au quinzième siècle ; une bordure étroite de verres de couleur alternativement rose et blanc, en forme l'encadrement ; la fenêtre à quatre compartiments qui donnait du jour dans le grenier, est aussi rétablie ; les baies de croisées sont défendues à l'extérieur par des barreaux en fer dont les trous de scellement existaient encore, on a replacé dans l'intérieur de la chambre de Jeanne d'Arc (i) une cheminée qui en avait été enlevée autrefois pour la transporter dans l'une des pièces de la maison de Gérardin ; une corniche en pierres qui couronne la double armoire pratiquée dans la face latérale à droite a été réparée ; sur la poutre du milieu et sur
(i) Il s^git de la pièce cTentrée commune à la famille.
les deux poutres encastrées dans les murs latéraux on a replacé dans les anciens encastrements, des solives et un plancher ; les poutres qui sont, anciennes, montrent encore les traces des mutilations honorables qu'elles ont éprouvées, et attesteront pendant longtemps les hommages rendus par les Français et les étrangers à la mémoire de l'illustre héroïne. Le plancher bas de la pièce est formé maintenant de grandes dalles de pierre. » (i)
Bientôt après on commença le monument élevé à la mémoire de Jeanne d'Arc sur la place de Domremy, au milieu d'une plantation de peupliers.
Ce monument consiste en une fontaine, dont l'eau, aujourd'hui tarie, était versée dans une vasque par un masque de lion en bronze appliqué sur la face extérieure du piédestal. Le trop-plein allait se perdre dans la rivière. Le corps de ce piédestal repose sur un socle de pierre et il est surmonté d'une corniche dans le goût antique ; quatre piliers d'ordre dorique couronnés d'une architecture et d'une corniche, reçoivent un toit en pierre terminé sur les faces antérieures et postérieures par un fronton. Au milieu de cette espèce de portique est posé sur un cippe le buste de Jeanne d'Arc sculpté par M. Legendre-Héral, alors professeur à l'Ecole des Beaux- Arts de Lyon. 11 reproduit, dit M. de Haldat, « l'image de la Pucelle d'Orléans sous les traits d'une femme jeune, forte et remplie d'un saint et généreux enthousiasme. De longs cheveux flottent sur ses épaules et sa tête est couverte de cette toque à panache avec laquelle elle
(i) Histoire abrégée de la vie de Jeanne d'Arc, p. 169.
LA MAISON DE JEANNE d'aRC A DOMREMY 5g
a été représentée par les artistes qui ont vécu à l'époque où ses traits étaient encore présents à la mémoire de ses contemporains. » (i)
Je suis loin de partager cette admiration et, comme M. l'abbé Jeangeot, j'estime qu'un pareil buste « est indigne à tous les points de vue de celle qu'il a l'ambition de représenter. Ni le bon goût, ni le sentiment religieux y trouvent leur compte » (2) et, c'est avec raison que l'abbé Barthélémy de Beauregard, en en parlant, s'écrie : « C'est une fontaine, lourd baldaquin de pierres de taille entouré d'une grille, sous lequel s'élève sur un lourd piédestal, une lourde statue ou plutôt un buste épais, à la face insignifiante, que l'inscription menteuse dit être la figure inspirée de l'héroïne : c'est tout ce qu'il y a de plus carré, de plus froid et de plus prosaïque au monde. (3) » Ce que je dis du buste, je le pense également du momonument tout entier sur lequel on lit, d'un côté, en lettres de bronze :