‹ La maison de Jeanne d'Arc à DomremyChapitre 7 sur 14 · CO · texte numérisé non relu

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ressembler à ce quelle est aujourd'hui ; le corps de logis habité par la famille d'Arc donnait sur une petite cour, qui elle même, était bordée par des constructions occupées par Gérardin et qui ne permettaient pas de voir de la rue, le pignon où est née Jeanne d'Arc. Sur l'un des côtés et par derrière il était également masqué par plusieurs propriétés appartenant en dernier lieu à MM. Humblot, Liétard et Boudin (i).

Au commencement de ce siècle,, la destination en était complètement changée, et encore, bien que le propriétaire attachât à la possession de cette pauvre maison, un prix tout particulier, ainsi qu'on le verra plus loin, il l'avait laissée dans un état de délabrement absolu.

« Les chambres où logèrent l'héroïne et ses parents, écrivait alors le Narrateur de la Meuse, sont converties en étables ; de vils animaux occupent l'emplacement du lit de Jeanne d'Arc ; son armoire vermoulue renferme des ustensile d'écurie. » Voici au surplus, la description qu'en faisait vers 1819, M. Jollois, chargé de la restauration de cette antique demeure :

« Après avoir traversé les pièces qui composent la maison de Gérardin, on arrive dans une petite cour obscure qui précède cette habitation et qui probablement en faisait partie. La première pièce, est la chambre dans laquelle on suppose que l'héroïne est née. Ses quatre murailles sont sales, dégradées et dans le plus mauvais état, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur

« La chambre est remplie par deux cuves où l'on (1) V. le plan reproduit d'après M. Jollois.

fait fermenter le vin, à l'époque des vendanges. Le plancher supérieur est entièrement dégradé. Il ne reste plus d'intact, que la poutre du milieu et deux demi-poutres engagées dans les murs latéraux, sur lesquelles portaient les madriers qui forment le plancher, on voit encore les entailles pratiquées dans ces poutres pour recevoir les bouts des madriers. Ces derniers sont aujourd'hui remplacés par de mauvaises solives, toutes vermoulues, qui ne sont ni équarries ni dégrossies.

« Sur la face latérale de droite, en entrant, on remarque deux petites armoires, ménagées dans l'épaisseur de la muraille. Elles sont surmontées d'une corniche de pierre en partie détruite ; la face latérale de gauche, offre les restes d'une cheminée dont le manteau se voit dans l'habitation de Gérardin. Le mur de face est percé d'une seule ouverture qui donne du jour dans la pièce. Il y avait autrefois une fenêtre, dont l'encadrement était en pierre de taille, et qui était partagée en deux compartiments par un montant, aussi en pierre. Mais l'un de ces compartiments est aujourd'hui muré. On remarque aussi dans la pierre de taille, des trous qui annoncent l'ancienne existence de barreaux de fer.

« De la chambre de Jeanne d'Arc (i) on communique par une porte, à droite, dans une pièce servant aujourd'hui d'étable à vaches. C'est un véritable bouge qui ne reçoit de lumière que par une petite fenêtre ouverte sur le jardin. La porte du fond

(i) M. Jollois désigne ici sous le nom de chambre de Jeanne d'Arc la pièce où elle serait née et non celle où elle couchait dont il parle ensuite.

conduit à une pièce servant de cellier, mais qui paraît avoir été anciennement une chambre à four, on y voit en effet, les débris d'un four et de sa cheminée.

« Toutes ces pièces sont humides et sales, à un point dont on ne peut se faire une juste idée, si on ne l'a vu soi-même. Elles sont plus basses de soixante à quatre-vingt centimètres que le sol du jardin dépendant de cette habitation ; les eaux y rentrent dans les grandes crues de la Meuse (i). »

Ce misérable état n'empêchait pas qu'on venait tout exprès à Domremy pour voir ce qui restait de la chaumière, et qu'on la saluait toujours, avec une vénération profonde, si délabrée qu'elle fût.

« Ceux qui la visitaient, continue M. Jollois, ne s'en retournaient pas les mains vides. Ils arrachaient des éclats de la poutre du plancher de la chambre de Jeanne d'Arc, et ils les emportaient comme des reliques précieuses, qui devaient leur rappeler un pèlerinage où s'attachaient des idées de valeur et d'héroïsme. Les princes de la maison d'Autriche, vinrent eux-mêmes à Domremy, accompagnés d'une suite nombreuse de généraux et d'officiers, et lorsqu'ils furent devant la statue de Jeanne d'Arc, on les vit s'incliner et saluer la vertueuse héroïne. Ils demandèrent alors, les uns, des parcelles de bois, les autres, des éclats de pierre enlevés dans la maison de Jeanne. L'éclat de pierre, dont on voit encore la place au-dessus du linteau de la porte de la chambre de l'héroïne, a été détaché par l'archiduc Ferdinand.

(1) Hist. abrég. de la vie de Jeanne d'Arc, p. i65.

5o LA MAISON DE JEANNE D'ARC A DOMREMY

Des personnes de la suite des princes prirent jusqu'à des herbes, qui se trouvaient sur les murailles extérieures de la chaumière. Mais tous les étrangers ne se bornèrent point à ces larcins innocents. Un comte prussien porta plus loin ses prétentions. Il proposa au propriétaire de la maison de Jeanne d'Arc, de lui vendre la pierre et la statue, formant le couronnement de la porte d'entrée de son habitation. Gérardin, ce propriétaire qui sentait tout le prix de ce monument historique, ne voulut point condescendre au désir de l'étranger. Celui-ci crut qu'il lèverait toutes les difficultés, en proposant au propriétaire de lui vendre la maison tout entière. Mais le refus de ce vrai patriote, de ce bon citoyen, ne fut que plus obstiné et, dès lors, toutes les propositions qu'on lui fit furent rejetées avec indignation » (i).

Quelques années après, ce même Gérardin, qui avait repoussé une offre de six mille francs comptant à lui faite par un étranger, consentait sur le vœu du Conseil général des Vosges, à vendre à ce département la maison séculaire de Jeanne d'Arc, moyennant la modique somme de deux mille cinq cents francs.

L'acte passé le 20 juin 18 18, à Domremy-la-Pucelle, dans la maison même, devant Claude Edme, notaire à Neufchâteau, porte ce qui suit :

« Nicolas Gérardin, dragon au service de France, retraité pour cause de blessures reçues à la défense du territoire français, de présent, vigneron domicilié au dit Domremy-la-Pucelle, son pays natal ;

(1) Histoire de la vie et des exploits de Jeanne d'Arc, Paris 1821, p. i53.

LA MAISON DE JEANNE D'ARC A DOMREMY 5l

(( Lequel déterminé par le désir de faire, en faveur des habitants du département des Vosges, une concession qui leur soit agréable, et plus encore, pour l'amour de sa patrie, et du Roi, son bien-aimé souverain, a bien volontairement et de son plein gré, déclaré céder et transporter en toute propriété avec promesse de garantie ainsi qu'il est exprimé par la loi :

« Au département des Vosges, dont le village de Domremy fait partie ; agissant par Me Boula de Colombiers, maître des requêtes, Chevalier de l'ordre royal de la Légion d'honneur, Préfet du dit département et par MM. les membres du Conseil général, acceptant au cas présent, par M. Florentin Muel, propriétaire de forges, domicilié à celle de Sionne, l'un des membres du dit Conseil général, aussi comparaissant en personne ;

« La maison qu'il habite en ce lieu de Domremy, à lui provenant d'ancien, comme seul enfant et unique héritier d'Albert Gérardin son père, décédé, et appartenant originairement à Jacques d'Arc et à Isabelle Romée, à Jeanne d'Arc, leur fille, surnommée la Pucelle d'Orléans qui l'a habitée et où elle est née, au plus tard en l'an quatorze cent-douze, au surplus ainsi qu'il est de toute notoriété et de tradition certaine ;

ce Comme la dite maison se contient actuellement, de haut en bas et de fond en comble, avec tous ses bâtiments, son jardin potager au derrière, le buste de la dite Jeanne d'Arc placé à l'extérieur au-dessus de la couverte de l'entrée principale ; ses terrains et accints, tant intérieurs qu'extérieurs, ses aisances et

dépendances, au-devant, au derrière, et de chaque côté, sans en rien réserver ; la totalité située près de l'église de Domremy, et la rue du Moulin, entre Toussaint Humblot, au nord ; Elophe Liétard, au midi ; ayant ses jours et entrées principales sur la dite rue au Levant, confiné au couchant par les filles Boudin et le dit Elope Liétard ;

ce Ainsi transmise, franche de tous cens, charges, servitudes et redevances foncières ; pour par le département en faire et disposer en toute propriété et puissance à compter de ce jour ; néanmoins sous les réserves ci-après :

« Cette cession ainsi faite, et consentie par le dit Gérardin, à la condition que, quelque soit à l'avenir la disposition du local, son objet principal, et quels que soient les changements qu'il doive éprouver, il en sera le gardien tant qu'il vivra ; au surplus, tant que par sa conduite, il méritera d'être chargé de ce gardiennat ; garde qu'il demande, au reste, comme faveur spéciale, et pour le maintenir lui et sa famille dans le souvenir d'une habitation à laquelle il tenait, à raison, des vertus et de l'héroïsme de Jeanne d'Arc.

« Moyennant, en outre, la somme de deux mille cinq cents francs en principal, à compte de laquelle il reconnaît avoir reçu à l'instant par les mains et les deniers de mon dit sieur Muel, celle de six cents francs, dont d'autant quittance ; quand à la somme de dix-neuf cents francs restant, M. Muel s'engage d'en faire le paiement entre les mains du dit Gérardin, au plus tard dans un an, date de ce jour, et sans intérêts jusque là; obligation que le même Muel a,

en tant que de besoin, déclaré contracter personnellement et directement envers le dit Gérardin, qu'il autorise au surplus à en exiger de lui l'exécution sans égard à la qualité sous laquelle il contracte ici sous au nom du département des Vosges ; clause que M. Muel fait insérer ici expressément en témoignage de la bonne volonté que le même Gérardin a mise à lui faire cette concession, se recommandant au reste le dit vendeur à la bienveillance des autorités du département et aux bontés de sa majesté, dont il n'a rien plus à cœur que de re rendre digne, à la considération de la nombreuse famille dont il est chargé de l'état de pauvreté dans lequel il se trouve.

« Dont acte lu aux parties, fait et passé en la maison vendue, en présence de MM. Jean-Baptiste- Laurent Humblot, maire de la commune, et Claude- Joseph Boucirot, prêtre desservant la succursale de Maxey-sur-Meuse, domicilié au dit Domremy-la- Pucelle, témoins connus requis et soussignés avec les comparante et le notaire, les an et jour avant dits. »

Si l'ancien propriétaire de la maison de Jeanne d'Arc ne recueillait pas de cette aliénation, tout le bénéfice pécuniaire qu'il pouvait en tirer, son noble désintéressement lui valut une récompense à laquelle il devait attacher beaucoup plus de prix encore. En effet, le roi Louis XVIII, profondément touché du rapport que lui fit de cette négociation, M. Laine alors Ministre de l'Intérieur, nomma Gérardin, Chevalier de la Légion d'honneur « tant à cause des services de cet ancien militaire qu'en mémoire de Jeanne d'Arc. »

De son côté, la ville d'Orléans, dès qu'elle eut connaissance de cette action aussi patriotique que désintéressée, fit frapper en l'honneur du même Gérardin une médaille en or, représentant le buste du Roi avec l'exergue :

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