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L'A antAisaN de fe'WARvan. 263
rc^)^de insunaoditablB, :à llmexinnïbie vfftottté d&sa mère, an tombeau 'Où die radiait renofftrer pour ne plus en sertir, et ^soii âaàse, 'affra»diie, relevée par Tt^mour, sUndignait et se vévoltast'sourdemeût oontre la tyrao- Qie> qu'elle avait si longtemps tefilurée «aiis se plam* dre. Il ne déplaisait pas à l'abbé de la voir triste, absorbée, silencie«£3e; il la cmnnaitdes'yeuK, 'et recomHôscEdt «on ^fent.>€epenjdEint il essaiyait de ia distraire, elt ron TE.<vmrqtt'ilifiuil par^y téuesir, oar il était écrit que, dans tout le cours de cette atknirable expédition de Bordeaux, l'albbé Pyrmil se couvrirait de gloire. U avait, en allant, fait le voyage juché sur Timpériaie de la'diligeaee, et>S'é4ait renseigné auprès du condniUeur sur itoutes tes baibitâ^oee plus ou moins ^ignèuriales qu'il découvrait dans le paysage : en revenant, il étalait ieong)lai8amnient dans le eoupé les trésors 'd^udition qii- il 9^ah -amassés sur 'laban^ quette. Du plus loin qu'il apeFcevait-untbâlteau, un donjon, on pipemûer, luœ temreUe, il^es^ignardit àPaule, et il en racontait l'histoire. '€ela durait'^ pms une demi-journée, les hiêioire» se sur^édaient,
et Pâule, blottie dans son coin, ne paraissait y prendre qu*un médiocre intérêt, quand tout à coup i'abbé appela son attention sur une demeure vraiment princière qui s*élevail au flar«'* d*un coteau.
— Voyez ! s'écria-t-il : voici le château des Rohan- Ghabot.
Moins par curiosité que pour complaire à son vieux Pyrmil, elle sortit de la torpeur où elle était plongée, mit la tête à la portière, et jeta sur le coteau un œit indifférent.
— C'est très-joli 1 dit-elle.
— Joli... dit Tabbé, cela dépend des goûts : nos ruines sont plus pittoresques.
— La maison de Rohan, Tabbé, c'est une grande maison ? demanda Paule pour entr'ouvrir poliment la porte à Fhistoire qu'elle pressentait.
— Une grande maison... une grande maisou... C'est une bonne oraison, dit l'abbé.
— Je croyais, ajouta Paule, s'Isirrangeant dans son coin, qu'elle était au moins égale à la nôtre.
— Non, mademoiselle, non, répliqua l'abbé avec
aigreur; si vous daignez jamais compulser mon histoire, vous y trouverez un parallèle entre les deux familles, et voa<^ constaterez que, par esprit de justice et d'impartialité, je n'ai pas cru pouvoir me dispenser de donner le pas aux Penarvan.
De tout temps, la maison de Rohan avait excité au plus haut point la jalousie de Tabbé ; comme c'était la seule de Bretagne qui s'élevât au-dessus de lannaison de Penarvan, il n'en parlait jamais sans dénigrement, sans acrimonie. C'était un peu dur, mais c'était comme cela: les Rohan avaient dans l'abbé Pyrmii un ennemi implacable, acharné. Il entama leur histoire et les accommoda de telle sorte qu'au bout d'un quart d'heure il n'en restait plus rien. Leur devise prêtait à rire, leur prétentions généalogiques avaient diverti la ville et la cour ; passant à un grief plus sérieux, il leur jeta impitoyablement au nez leur abjuration religieuse.
— Ah I les parpaillots! s'écria-t-il. Nous sommes restés fidèles à l'église, nous autres, nous nous éteindrons dans la foi de nos pères; mais la
S66 LA MAISON I>E PEKARVAN.
branche aloée des Rohan, qm ne efe&i per^tuée qu*en se greffant sur .ub tronc étranger, serait Iiu^ guenote encore aiijoui*<l*bui, ai M"® de »Rahan^ une fille de cœur, n'eût ép(»iaé un gentilnomme catbroiique contre la volonté de aa mère.
— Centre la volonté de sa mare .1 s*écria Paulo, se retournant vivement vers Tabbé : W^ de fiiohan s'est mariée contre la volonté de sa mèFe?
— Parfaitement répliqua Tahbé.
— Mais c'est affreux, roe x[u'eUe a -fait là !
— Affreux, affreux Que voulez-vftafi donct
hP^ de Hohan tyrannisnit^sa Me;, let s 'OpgMtsait à .ce qu'elle épousât un galant homme qu'elle aimait i^eh bien ! la dlle &'est imariée sans le consentement de .sa mère, elle a usé dos droits que lai doimaitia loi.
— Que lui domait la loi T... mais dansœ tonpfr-lè il était doncpemnis de.se maxier sans let^naenlement de sa mère?
— I>ans ee tamps-làiGamme à 4[>résent, ditiFabbé il n'est pa6 de fille aiy ourd'hiû qai ne puiase à ungii et un ans disposer de sa destinée.
— Mais, demanda Paule avecaviditéetle»rQgardant fixement, que^pense-t-on d*une fille nui en ^use ainsi T
— Dame I e*est toiyours un grand malheur ^uand la division se gUâse dans les familles ; mais les .passions... des cas où les mères... des cas on les filles... des cas où.laloi.«. Ah! hah 1 tout cela ne nous cQgarde pas., s*écria r<abbé, qui s^embourbait de plus en <plus^ et ne savait comment s*en tirer.
Paule était retombée plus profondément jdans ses^ réflexions sUencieuses. Elle y resta longtemps jpIon«gée, pendant que Fabbé, pour tout couronner, iracontait sa rencontre avec Caverley et chantait sur tous^ les tons les louanges de ce jeune homme. Il ne lui reconnaissait qu'un seul défaut ou plutôt qu'une infirmité : Henry Caverley n'était pas gentilhomme. La diligence s'arrêtait une heure à Niort. Paule de^ manda de quoi écrire, traça deux lignes sur le papier^ mit .sous pli, cacheta, se fit conduire a la, poste, et jetaelle-mâme la lettre dans la boite. Quand elle re-
Tint vers Tabbè, elleavait.un caractère de «gravité ssine qui ne devait plus la quitter.
Le lendemain, ils arrivaient au yieux manoir. En apercevant sa fille éclatante de vie, resplendissante de beauté, la marquise ne put trorver qu*une explication au changement qui s^était fait en elle.
— Vous avez vu le prince, ma fille, le prince vous a parlé, dit-elle après Tavoir baisée au front.
Le même jour, à la même heure, Henri Caverley recevait le billet que voici :
€ Ayez foi en moi comme j'ai foi en vous, et ie 2 janvier \ 821 venez demander ma main à la marquise de Penarvan, ma mère.
€ Paule de Penauvan. »
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n est doux de revoir dans la joie de son cœur les lieux où Ton a souffert : le bonheur s'accroît du souvenir des chagrins passés. Paule était rentrée épanouie et souriante dans les ruines du vieux manoir. A pei^
arrivée, elle en avait visité tous les coins, comme pour montrer sa métamorphose aux murs qui l'avaient vue partir chétive, languissante, étiolée ; les ennuis, les tristesses , les spectres menaçants qu'elle avait laissés là et qui attendaient son retour, s'étaient dissipés, dès qu'elle avait paru, comme un essaim d'ombres légères. En moins d'une semaine , par sa présence seule , elle avait rendu la vie à cet intérieur désolé : il semblait qu'autour d'elle tout se fût éclairé du rayonnement de son âme. Ce n'était plus l'enfant silencieuse et craintive, façonnée au joug et repliée sur elle-même , mais une belle et noble créature, libre en ses mouvements, charmante en ses discours , respectueuse sans humilité. La marquise l'observait avec étonnement : l'heure approchait où l'orgueil et Tamour allaient engager la lutte qui devait briser l'un ou l'autre.
Un jour, elles travaillaient toutes deux ; l'abbé, retiré dans un coin du salon, revoyait, corrigeait, aug^ mentait son interminable manuscrit. Paule venait de raconter pour la dixième fois depuis son retour le grand bal de la préfecture, sa présentation à Monsieur,
870 Là maison dg pj:nabvaii.
car la marquise l'y ramenait saas cmee : éSe parâen-
luûtlisa flileea la voyaotâu^ms du j^nece.
— Paule, dit-elle, le.prenaat sur un km d'auguste
bienveillance, après les succès que voue avez obtenus
à Bordeaui, il peut se faire que nos ruines vous seoi-
blent un séjour par trop aaslères. Mon intention n'a
jannaisété d'ench^ner iiTévocablement votre destinée
à la mieune. J'ai cru longtemps que -vous io'iliez pas
née pour le monde : puisque je me trompaÂs, je :trou-
verais tout simple que le monde vous attir&t. M"* de
Soleyre m'a écrit que plusieurs prétendants eolUci-
it rtiODBeur de notEfi :altianoe : s'il ea «stiun que
préfériee, nommee-4e qmù, gmJîiUa, jeuem'op-
rai pas à votre union.
' Mais, madame la marquise, c'esl affaire déjà ré- 1 s'écria l'abbé, bondissant sur sa diùse «ontme iùtété piqué par une guêpe. A. quoi .bon retenir issuE? Mademoiselle a refusé tous les partis qui 'ésentaieut.
Sàlenoe, monsieur l'abbé I ^t lamarguiae avec rilé.^ûrepoussantebstinémenttwifilesputiequi
LA MAISOl^ 0£ P£NAAVAN. 27#
s'offraieot à elle.* M"^ de Penarvan a cédé peut-être k la crainte de me déplaire ; je tiens à oe que M"* de Penarvan sache bien qu^elIe peut se mapier sans encourir nui disgrftoe. Partez donc, ma AUe, et parlez avec cottâance : j^nd les ppétefidaals à «votro main^ en est-il un qui vous agrée ?
Paule n'éiail {Mis .fiUê k garder.soa secret pour ea frapper sa aiëre oonume d'une arme déloyale le jour de> sa majorité : elle saisit ooun^useinent ToGca^on qui lui était offerte, et qu'elle arrait cbercbée vainement jusque-là.
— Oui, ma mère, .répondlt-^Ue sansMsitation.
— Comment, comment ? marmotta Pyirmil effaré.
— Silence donc, l'abbé I Vous êtes intolérable.
— Oui, reprit Paule avec une modeste assurance^ il en est un que j'aime ; je l'aimais avaot de le connaître. 11 est bon, généreux, loyal : en le voyant pour la première fois, j'ai senti que ma vie lui ap^ paile&ait.
— (Eh bien ! maiiUe^ ^^;;artit la marquise avec un geste de résignation, si ce gentilhomme <est tel que
t72 LÀ MAISON DE PENARVAN.
VOUS le dites, s*il est généreux, loyal, et de grande maison d*ailieurs
— Il n*est pas gentilhomme, ma mère.
— Il n*est pas gentilhomme ! s*écria la terrible Renée, dont Tœil avait passé subitement du bleu de ciel au vert de mer ; mais qu*est-il donc alors ?
— Un galant homme, un honnête homme, environné de Festime de tous, issu d'une famille où Thonneur est héréditaire. Il avait sufS du bruit de sa mort pour mettre Bordeaux en deuil : il a sufS de son retour pour mettre toute la ville en fête. D'autres pourront vous dire ses qualités brillantes : je l'ai aimé pour sa bonté.
— Ah ! malheureuse enfant ! murmura l'abbé d'une voix étouffée.
— C'est un armateur, ajouta-t-elle : il se nomme Henri Caverley.
— Un marchand ?
— Oui, ma mère, un marchand, répliqua Paule simplement, sans provocation, mais sans humilité.
— Et voilà le choix que vous avez fait î demanda Renée sans élever la voix.
— Je ne Tai pas choisi, dit Paule : je Tai aimé.
— £t vous aviez espéré, vous vous étiez flattée que je consentirais à une alliance si ^' * :»*s: "•
M**« de Penarvan se tut, et denij r \. ics yeux baissés sur son ouvrage.
— Allez , vous êtes bien le sang de votre père , qui épousait sans moi la fille d*un meunier ! s*écria la marquise en lui jetant un regard de mépris. C*en est assez^ mademoiselle. Considérez dès à présent cette sotte histoire comme terminée, et qu*il n*en soit plus question entre nous: c'est déjà trop que vous ayez osé m*en parler.
— Il était de mon devoir de vous instruire de me^^ sentiments , madame , répondit Paule avec respect ; il est de mon devoir d'ajouter que je n'épouserai que l'homme que j'aime.
— Votre devoir est de m'obéir : s'il vous arrivait de l'oublier, je vous le rappellerais.
M'^* de Penarvan continua de broder en silence^ pendant que sa mère l'examinait d'un œil 06 se peignaient tour à tour le dédain , la colère et la stupeur.
274 LA MAISOK &C rBNARVAN.
Il vint un instant o« la marquise exaspérée n'y ti plus : elle se leva et sortit pour B6 pas écbter.
— Ah 1 n' i '^ ^^ 1211e, qvàk affreux malbeur l s'ëeria Tabbé tout en . :r'iies.
— Allons, mon aobé, allons, dit Panle arec tristesse, mais ealroe, résignée, et cfon ton caressant, ne vous désolez pas ainsi : j*ai pkn de^ eourage que vons ne: le pensez. Quel que soit mon sort, je serai toujours TOtr€ petite Paule , et je sens bien que tou& m'aimerez toujours.
Les choses devaient en rester ft loBglenq)s. La marquise avait dédaigné une explication : toutefois, aprôs nv«ir interragé Fabbé, qui n'en savait oî plus ni moins qu*etle, et ne se vantaèl pas de aa raneontre avec Ci»verley, elle avait éevit ài M"* de Scieyreet demandé d*un style assez vif ce que signifiait 1» ridicule histoire dont on venait de la régater. — Je vous eonfle ma fille, vous parliez de la marier ibitnge&tilhemme de la cmr, et voue me la renrvoyea amoureuse d'un marchand de suare ed de eaMelie. — M"* de Soleyre s^étuit tMe de aêi embarras eo racontant tout unimest ia vérité: $i
LA MAISON I>£ PfiNAAVAN. 275
die ne ravait pas^ faiii de soi^ i»ropre moiiYemeiit^ e'est a^^cUe D Wail point pensé que Uaveuioie en valût k peiiie. Pttilé et Gaveiiay le s-étaiept vos qu*en sa présence. Sans, appartenir k T aristocratie, ce marehand de sacie di de canndle nattait pas pourtant on boaume «rdindre el poniait se Brésenlsf partout ; il s'élait éloigné de iui-inôffi& dè& Gpi*elte lui avoift signalé le danger; dlen'ayait.pascriLui seul instant qoe le coeur de Pauh M sérirassmoit aCteial ; elle av^ craint de rëdairtF en lister rogeaoi; href , eUc s'était conduile es mère prudente et tendre , et a*en eûl point usé autrement s'il se filt agi de sa propre fiUe. La marquise ne s'était pas tmee powr satisfaite, et avail^rompi» Tk>lenaument avee M^ de Soieyre: dernier nisidtat d'une canoipagne eninqpnse sens les auspiœs du prince , et qn promettait de jeter tant de splendeur sue l^déeKn de lit maisoD de ^enanran<l La bonne Marie aporvlr à ses dépens q&t rien n'est diiBeîla ^ ihire oemme te bienir et qu'une foi» marid, kniariage est de toutes les négraaÉions ecUe^ent il fs»tse mdler te nMàna. iaidedii chdieaui avait wepsts son calme habituel :
!n6 LA MAISON DE PENARVAxX.
si le fond en était troublé , il D*en paraissait rien à la surface. L*attitude de Paule, Tégalité de son humeur, gui ne se démentait jamais, l'expression paisible de ses traits, avaient uni par rassurer Vabbé. La marquise s'y trompait elle-même, et se disait, avec un sentiment de satisfaction dédaigneuse, qu'elle avait eu raison de l'enfant, comme autrefois du père. Et pourtant il y avait des heures où elle la considérait d'un air défiant, avec une sourde irritation, comme si elle eût compris, en la voyant si belle et si sereine , que cette &me était libre et lui échappait. Depuis qu'elle avait fait à sa mère l'aveu de son amour, Paule avait redoublé près d'elle de respect, de soins, d'empi'essement : la moins aimée des filles en était la plus aimable. Rien ne la rebutait, et lorsque , à force d'attentions et de prévenances, elle obtenait par hasard une parole, un regard amolli, dans son cœur inondé de joie elle sentait germer un fol espoir qu'étouffait bientôt un regard sévère ou une parole hautaine. Pour son abbé aussi , elle se montrait plus affectueuse encore que par le passé. Le bon Pyrmil n'avait failli à aucun de ses de-
▼oirs de chapelain, de précepteur, de mère de famille. Oui , certes , ç^avait été un rude coup^ quand il avait appris que la dernière héritière de la maison de Pe* narvan s*était éprise d*un commerçant: qu'elles se trouvaient cruellement justifiées, ses préventions contre M''^' de Soleyre, ses appréhensions, ses terreurs, après le départ dé Paule pour Bordeaux 1 mais telle était sa faiblesse pour cette chère créature, qu'il pouvait lui tout pardonner , et, malgré sa douleur, il n'avait témoigné qu'indulgence et bonté. Quelques sermons par-ci par-là sur l'égarement et la vanité des passions : l'abbé n'était pas éloigné d'attribuer à ces petits morceaux, d'une éloquence douce et pénétrante, la résignation qu'il remarquait chez son élève. Il paraissait si content, si heureux, que Paule, tout en souffrant de sa sécurité, n*osait pas le désabuser: elle n'avait pas !e courage d'empoisonner les derniers mois de bonheur lue la destinée lui comptait ici-bas. Ils arrivèrent ainsi jusqu*à la fin de 1820. Sur les derniers temps, à mesure qu'approchait le terme fatal, Paule était devenue triste, inquiète, agitée, et lorsqu'elle entra, le 1*' jan*
978 LÀ MilSON as VKNillVAN,
vier , ehe2 sa mère , pouF lui offrir Feiprassieii da se» vœux , die dcunêiira tout interdite*, et ne sut qoe baiser la main ùê la amTcpiiae. Le même jour, quap'l le vieia PyroiiU pour (éter raonivepsaii» de sa naissance, lui présenta qudquca pAIns ykJettes (^'û axait cueUlies dans les fourrés du paxe» ^)e se traUbla. et le soir, en le quittant devant la perte de^ sa cbambre^, elle tui dit ; -^ Vabbé, prifii peur mm l
xrn
le 2 janvier 1 821 ,, la iu9ffquise et l'abbé étaient toua les deux au salon, ^m qu'il fût plu$ d^ midi» W^^ dQ Penarvan n'était pa^ enoove de^cendua. i^iaf^vaÂt rii^-^ bitude. de venir ^u&: tou» le& vs^^im ^ nb^f avant ïbeiire du d^oer ; ^m^ 9^'iU>nm\ d6 SQn.d^$#QÇfi, f abbé Gomnien^ k s'eu ^Wurn,^ Vm^ mu^ ii^quié^ tude çroiiaante, il aU9. frap^r k Importe d^ Fwte ; q« ne répondait pa3» ii wvrit^ ^t trwva M^^^ de f^fm^
Ii.A MAISON DE PENARVAN. S79
van tout halxiliée sur son lit, qui n*éltaît pas défait, la tête entre ses mains^ dans une rêverie profonde. 1) s'approcha d^elie, et vit qu*ei)e pleurait.
— Ma fille! qu'avez-vous? dit4l. Je vous croyais guérie : vous ne Tavea d(Hic pas oublié?
— Ah I Tabbé, ah I mon abbé 1 s -écria^t^Ue en se jetant avec désespoir au oou du bon Pyrmil.
Il se mit à l'interroger, à lui parier avec bonté, mais elle l'interrompait à chaque phrase par ces mots : Ah ! Tabbé 1 ah 1 mon ami I ah ! mon abbé 1 et elle pieu-* rait, elle sanglotait. Tout & coup, par un mouvement de résolution inattendue, elle saisit son bras, et d'un ton décidé :
— Allons 1 dit-elle, allons trouver ma mère l
'^ Que se passe-t-il? que va-t>*il se passer? demanda Tabbé' pressentant uae catastrophOw
— Venez, venez 1 dit^le, Tentrainantavec fermeté.
Lorsqu'ils entrèrent, la marquise était assise dans son grand fauteuil de bois de chêne . Paule s'avança d'un pas grave et s'agenouilla devant «Ue»
— Que faites-vous, ma fille?
— Ma mère, dit Paule d*une voix suppliante, ayez pitié de noi. Ne vous irritez pas, soyez bonne. Jusqu'ici, je n*ai pas été bien heureuse ; efface en un jour tout ce que j*ai souffert.
— Parlez, expliquez-vous, que je sache où vous prétendez en venir, répliqua, moins émue qu*étonnée, la marquise qui n*avait jamais eu de goût pour les scènes d'attendrissement.
— A vous toucher, à vous fléchir, à mériter votre compassion, puisque je n'ai pas su gagner votre tendresse. Peut-être avez-vous été pour moi un peu sévère, mais vous ne voulez pas que je meure. Ne me repoussez pas, considérez plutôt ce que je suis. Ce n'est pas moi que vous attendiez. Je ne puis rien pour votre gloire. Qu'est-ce qu'un pauvre être comme moi peut ajouter à l'éclat de votre maison? Qu'importé aux destinées de notre famille que j'épouse l'homme que j'aime?
— J'aurais cru, dit froidement Renée, que vous aviez renoncé h ces extravagances ; j'avais C/Ompté que je n'aurais pas à vous rappeler une seconde fois ce que
VOUS devez à votre nom, à votre rang, à votre race.
— Mon nom, mon rang, ma race I reprit Paule avec amertume. Grâce à eux, mon malheur a commencé le jour de ma naissance : je n*ai pas connu mon père, et ils m'ont fermé votre cœur.
— Brisons là, mademoiselle.
— Ohl non, écoutez-moi... Par grâce! parpitiél... Il est impossible que je ne vous attendrisse point. J^issez-moi vos mains, souffrez que je les baise. Ma mère, au nom du ciel 1... Je n*ai jamais été une méchante fille. Que vous ai-je fait? qu'avez-vous à me reprocher? J*étais chétive, distraite, silencieuse, ma présence vous irritait; mais je vous fus toujours soumise, et, si vous aviez voulu, oh 1 je vous aurais adorée. Il en est temps encore; soyez généreuse, ouvreznous votre cœur. Nous vous aimerons tantl nous vous entourerons de tant d'amour et de vénération ! Vous serez notre reine I Vous en viendrez à nous sourire.
Paule supplia longtemps aiUsi. Elle roulait sa tële sur les genoux de sa mère ; elle inondait ses mains de pleurs et de baisers.
^Amz, madenoiB^, «us»eEl «At enfin ts ^<^^* qiiise, dont le oceur •aurait édaté, si Torgoeil ne ''^^^ doublé d'un triple airain ; c^Bsttpq) prolonger une ^^ (uation aussi pénible pour mm qve posr vous.
— Eh bien! petmettez-moi d*eq)érer qn*un jour vous pourrez vous laisser fiéctiir, ^ je Tattendrai près de vras, ce jour, si éloigné ^«*il soît, je l'attendrai sans me plaindre) je VoMendrai en vom bénissant.
'^ Jamais, tant fte je Tivrai, la fiHe de la marquise de Penarvan n^époosera M. Caveiley.
•^ Jaaiais, ma mère, jamais., avez-^oos dit?
-<- fanais I orépéCa Renée d'nA accwtsec et dur qui retentit comme un coup 4e hache»
En oe moment, une ohaiee de posie 'enfilait Tavenue da manoir et s^avamçait au galop des (rfievaux. Paule avait entendu le d*o«rimnent lointem des roues sur \& ml durci par la gelée : elle vedelribla de t^ppltcations.
-^Si vous le oonliaissids^ 'éi^iit^le. Consentez, seulement )à le voir, et je sens ^pie je serM sauvée l Voyez-le, je serai pardonnéO'! Il est si noble, il est si fier I Tous le tiendrez pour gentilhomme^
LA MATSOI^ DE PENARYAN. 28S
la voiture entrait dans la cour et s'arrêtait devant îe perron.
— Miséricorde ! M. Caveriey 1 s^écria raA)bé> qui se tenait dans rembtastrre ^'tine fenWre.
— Vous Tattendiei donc? demanda la marquise en se levant avec violence. Monsieur Tabbé, ajouta-t-^Ile impérieusement pendant que Paule embrassait ses ge- DOUX, allez dire à M. Caveriey que la «fiarquise de ?enarvan refuse de le recevoir.
— C'est moi qui vais le lui dire , madame 1 s'écria Paule, qui s'était relevée fièrement. Monsiefeir l'abbé^ accompagnez-moi.
L'abbé se précipita pour la retenir. ïl «était trop tard : Paule avait déjà traversé Tanlidiambre ; ëHt était déjà sur le perron, dont Caveriey franchissait les
degrés.
— N'allez pas plus avant, monsieur, lui flit^^Ue, la
marquise de Penarvan refuse fie vous recevoir.
— ïe m'y attendais, mademoiselle, répondît tristement Benri. Je ne venais pas chercher le cons^tement de madame votre mère ; je savais d*a¥iiiice qu^
je ne roblicndrais point. Vous m'aviez appelé, j*arrive ; je vous avais donné ma vie, je vous rapporte.
— C'est bien, monsieur 1 répondit Paule avec dignité. Vous êtes venu, je vous attendais, vous n'êtes pas au-dessous de mon cœur. Voici ma main, Henri,
^ elle est à vous.
Henri avait pris la main que lui tendait Paule : il la porta respectueusement à ses lèvres.
— Ah ! les malheureux ! ah ! les pauvres enfants I disait l'abbé en se tordant les bras.
— Et maintenant, monsieur, reprit M"® de Penarvan, partez, retournez à Bordeaux. J'ai eu raison d'avoir foi en vous : vous saurez bientôt si vous avez eu tort d'avoir confiance en moi.
— Mademoiselle, qu'allez - vous faire? demanda l'abbé avec épouvante.
— Ce qu'a fait M"® de Rohan, répondit Paule.
Et d'un pas résolu, elle retourna au salon.
— Ah ! misérable ! murmura l'infortuné Pyrmil en se frappant le front : c'est moi qui ai fait tout le mal, c'est moi qui les ai tous perdus I
LA MAISON £>E PENARVAN. 28S
La marquise était restée debout contre la cheminée» pâle, froide, immobile, les bras croisés sur sa poitrine :
— Vous venez d'outrager votre mère, mademoiselle.
— Ma mère, madame? où donc est-elle? demanda Paule avec douceur. Tout enfant, j'étais déjà Tobjet de vos mépris : j'ai grandi sous votre dédain, et,^ans ce pauvre homme qui pleure là en nous écoutant, qui donc ici m'aurait aimée ? Ma mère, ma vraie mère, la seule que j'aie connue, c'est lui.
— Prétendriez-vous entrer en lutte contre moi? demanda Renée frémissante.
— La lutte est terminée, madame. Je suis libre depuis hier, maltresse.de ma destinée, et vous n'avez aucun droit sur mon cœur. Tout à l'heure encore, il eût suffi d'une parole de tendresse pour m'enchatner auprès de vous ; cette parole que j'implorais à genoux, je Tai vainement attendue. Il m'eût été doux de devoir le bonheur à votre autorité, de le tenir de votre main ce n'est pas ma faute si je le demande à mon droit.
— Quel parti comptez-vous donc prendre? du (a marquise avec hauteur.
986 LA tu AlftOU BS t^ËNÂllTAN
-^ Me retirer dans tin cotisent, madame, jusqu'au jour où la loi, moins implacable que tous, me permettra d*épousér M. Caverley.
La marquise demeulti vin instant atterrée : chez cette enfant si longtemps dédaigiiée, elle reconnaissait Téncrgle de sa race.
— Prenez garde, mademoiselle. Je suis votre mère, quoi que vous en disiez. Avez-vous bien réfléchi sur la portée de Tacte que tous aliez commcciie?
— Oui, modame.
— Votre résolution est breii arrêtée t
— Oui, madame.
— Irrévocable?
— Oui, madame.
— Pensez à Dieu, ma fille! s'ëcrta Tabbé fl'an ion sévère.
— Dieu est bon. Dieu est juste, dit Panle.
--Mais, chère malheureuse égarée 1 .. .
— Pas un mot de plus 1 dit îlenée. Vous parthx>z xlefrmin, mademoiselle. Monsieur Tatobé, vous accompagnerez M"® de Penarvan, et jie la quitterez que le
jour OÙ elle sera morte pour moi. Rassurczrvous, mademoiselle, je n'oublie pas que c'est au nom de la loi que vous m*avez parlé : M. Tabbé vous rendra compte de la fortune de voCje père.
— Oh 1 madame l .. s'écria Paule avec un geste suppliant.
— Allez, maderooisalle, et que Dieu veus pardonna I j[Ue (}p Penarvan s'inclina devenl sa mère» et^ eo
levant les yeuK, crut voiv deux larraûs s&us se^ p»!i«-
pières.
— Ma mère!...
-^ Allez, dit la marquise m lui iD^ntpant la wvf^ du salon.
Paule se petirait à pas tenla.
-^ Monsieur Vabbé , ajouta Rônéô » to joi*r oîX vch>s ntperez ici, nous ppendrona la d^ini pi^uv n» W ^mh jamai^«
Hgl} LA MAISON DE PSNARVAlf.
ÏIV
Deux jours après, Paule arrivait à Bordeaux et descendait au Sacré-Cœur. Les émotions de Tabbé pendant ce voyage, comment les raconter? Quant à
Pauie, on eût dit qu'elle obéissait à l'impulsion d'une volonté étrangère à la sienne ; elle était restée tout le tenips silencieuse, immobile, insensible aux remontrances, aux supplications de l'abbé. Pas un mot, pas un soupir, pas un attendrissement : l'amour eut la même férocité que l'orgueil. Elle passa trois mois au couvent dans une retraite absolue, et ne consentit à voir M*"* de Soleyre que la veille du jour fixé pour son mariage. Ce n'était plus l'heure des sermons : H"^ de
Soleyre la prit dans ses bras et la tint longtemps em-
brassée. Cette véritable amie comprenait qu'elle n'avait qu'une tâche à remplir : servir de mère à l'enfant qui n'en avait plus , et la couvrir de sa bonne renommée.
Le mariage de M"« de Penarvan n'eut pas le caractère de réprobation qui frappe généralement les unions contractées contre la volonté des parents. Si la noblesse murmurait, tout le côté vivant et brillant de Bordeaux avait pris parti pour elle , et lui savait gré de sa résolution. Disons-le à la gloire du monde officiel , M. de Soleyre en cette occasion se montra digne de sa femme : Paulé entra à la mairie au bras du préfet. Le maire, un des vieux amis de la famille Caverley, avait tenu à honneur d'unir lui-même ces deux jeunes gens : par le profond respect qu'il témoignait h M"' de Penarvan, il sauva ce que la situation de cette jeune personne avait de pénible et de douloureux. L'abbé, qui avait crié bien haut qu'il ne tremperait dans aucune des cérémonies de cet hyménée, servait de second témoin à son enfant , et ce fut lui qui les maria la nuit suivante dans une modeste chapelle : le pauvre homme n'avait pu résister aux prières de sa petite Paule. Au moment de \e& bénir, il voulut leur adresser une allocution, mais il songea subitement à cette grande maison de Penarvan, qu'il avait tant aimée ; il lui sembla
890 LA MAISON OE I^ENAhVA^.
(lu*il en consacrait lui-même la déchéance, ràâéantlssement éternel, et il eut bien de la peine ft netenif ses sanglots. Après la bénédiction nuptlâlë, èlx>1iTanté de ce quil venait de faite, il s*échappa sans dire adieu, erra jusqu*au matin dans les rues de la tille^ et grimpa tristement sur Timpériale de la diligence qui partait pour Nantes. Il avait tout perdu, son bonheur » son orgueil, la fête de sa vie ; il n*avait plus rien au monde, et, en reconnaissant & mi-cdte le château des Rohan- Chabot, il fut tenté de se précipiter du haut de la bacquette sous les pieds des chevaux.
A la sortie de la chai)eile, les deut jeunes mariés montaient en voiture et partaient pour la villa Gavei'ley . Au bout d*une heure , les chevaux s'arrêtaient devant la porte d*Une habitation ensevelie dans une nuit profonde, ns descendirent, et Henri enivré introdiiisit sa jeune épouse dans une maison déserte, silencieuse^ oâ ne se trouvait pas un serviteur pour les recevoir. Ivre d*amour, de bonheur, elle aussi, Paule se soutenait k peine et marchait la tête appuyée sur l*épaule dé son mari. Ils gravirent lentement , entre deux hdès de
trm^m^s^
. LA Uaiso^ bt iïïHkKixn. Si91
M% leâ degrés d*un escalier de matbi^ qii*éclttli'àiet)l
des l^pés d*àlMtfe. Après aiDir tratërsé t)luiilêtiH hp-
pirtéme&te t)6 s*ëtalaient 1^ richëissfô dés quatre pàr-
ï ^ du itkoude, tatiis de la Perse et de l^I&de, glAeés de
Venise, ehëf!Nl*ôgutr6 flë TaH^ tablëaUK de prix,
marbres de la Grèce, armes étincelantes , porcelaines
héréditaires ; après avoir traversé une vaste serre où
^épanouissaient toutes les magnificences de la nature
des tropiques , Caverley âtUIeva une lourde tenture et
offrit à Paule une clef d*or. Pauie ouvrit une porte de
cèdre, elle entra , et quand elle eut fait quelques pas,
qaand elle eut embrassé d'Uii regard le luxe amotieelé
'Autour d*dle, les eoupes débordant de bijoult^ de pertes
|ft de di&mànts, les cachemire^) les TeloUré$ les deh«
Mteè Jëtéi» sur les ineubles ; qUànd ëë béfcU JëUUe
liëmmê plia Ufi gëndU dëVatit elle et lui dit : t Oli I
M ttkète Pàule^ oh! tnou utiittué bietl, je sUis ici
fcbeH tous 1 i elle pensa tout à coup h èâ ittèFë^ elle '
I ta vit daus la tristesse^ dans la^misêrei daUs rËtbaudoU
^ù^lte Tavait laissée ; elle là Vit seule« daiis sa éhambre
ttue et glacée» n'ayant plus même, pour le seuteuif »
392 tA MAISON DB PKNARVÀN.
Torgueil » son unique appui, qui venait de tomber en poussière ; elle se rappela les deux larmes qu'elle avait cru voir rouler sous sa paupière , elle jeta un cri , et, foudroyée par le remords, tomba raide dans les bras d*Henri« qui n*eut que le temps de la recevoir.
Dès lors commença pour cette infortunée un sup* plice inconnu jusque-là, le supplice de Tamour et de Topulence : elle eut pour châtiment tout ce qui donne la félicité ici-bas. En touchant au bonheur, elle était tombée brisée par Teffort qu*elle avait fail pour s'en emparer. Son existence ne fut plus qu'une expiation sans trêve ni répit. Jeune, belle, adorée, au milieu des biens que tout le monde envie, elle se consuma dans lés pleurs. Elle ne pensait plus qu*à s9 mère, au vieux château qu'elle avait quitté ; eli*^ avai^
la nostalgie du malheur et de la pauvreté. Elle vécut dans une retraite obstinée, loin de la ville, loin des iêtes, honteuse de sa richesse, la repoussant avec horreur ; elle avait dépouillé sa chambre de tout le luxe, ie toutes les magnificences qui insultaient au dénûment de la marquise. Le manoir humide et sombre où s'était étiolée sa jeunesse, elle n*en saisissait plus que la poésie ; elie ne voyait plus que les grandes vertus de la mère qui l'avait si longtemps opprimée; sans cesse elle se rappelait les deux larmes qui mouillaient sa paupière aride, les seules qu'elle eût jamais apei eues dans ses yeux, et Paule les sentait tomber comme deux gouttes de plomb brûlant sur son cœur. Vainement Caverley éperdu Tentourait de la tendresse la plus patiente et la plus délicate : — Je faime, disait-elle d'un accent passionné ; ma vie date du jour cil je t'ai vu pour la première fois. Je t'aime, et a cette heure encore je bénis l'heure où je t*ai rencontré ; mais ne m'en veux pomt de n'être pas heureuse : je mourrais loin de toi, et je ne puis vivre si ma mère ne me pardonne. — Et lorsau'flenri, pour l'apaiser,
394 hk IlilSON DB PBNAETAir.
lui rappelait tout ce qu*ell0 a^ait enduré : — Ah I disait-elle, j'ai manqué de patience, je m*y prenais mal, je n-ai pas assez attendu ; je. Tauraia Mt^ndrle, elle eût fini peut*étre par nVaimer.
Ils écrivirent, l'abbé seul répondit : aes lettres désolées ne laissaient aucune espérance. Ils écrivipent sans se laisser, et ne regupent jamais d'autre réponse. Us partirent, ils visitèrent la Grèce et l'Italie. Paule emporta partout Hmagfi de ^ mère vieillissant dans l'abandon ; en présence des merveilles de l'art et des splendeurs de la nature, elle pleurait les ruines où ^Ue avîât tant sQufiert. Elle devint mère, et sa tristesse redoubla : en donnant le jour à une fille, elle s^était demandé avec épouvante si cette enfant n^ grandirait pas pour ^a punition ; les joies de la maternité avaient mopie ftgsrpi &6â remords en lui révélant dans toute leur étendue les droit3 sacrés, les droits imprescriptibles que les mères ont sur leurs enfants. C'avait été une occasion pour jeter un nouveau cri vers la marquise, l^ marquise ne répopdit pa^ : elle n'ouvrait aupune lettre, p\ jamais le nom da Faute n*étaiti ne d§v^t étr^ \
LA MAISON DE P^Ni^YlVAN. 295
prononcé devant elle. Us passèrent plus d*une année au bord du lac de Came. Mieux Paule connaissait Henri, plus son amour pour lui gprandissait : son chagrin grandissait avec son amour. Plus elle savait de r^3ons d^étrp heureuse, plus elle se sentait misérable : elle se déchirait h son bonheur. Une fièvre lente la minait sourdement ; ils rentrèrent eq France tristes, découragés,
La malheur a son égoïsme^ auquel les âmes délicates échappent avec autant de soin qu'à Tégoïsme du bonheur : Paule comprit enfin que le poids de sa faute avait assez longtemps pesé sur Thomme qu*elle aimait» elle se décida à paraître dans le monde. Vhùtel Caverléy se rouvrit, elle en fit }es honneurs avec simplicité ; tout Bordeaux la fôta, l'entoura d*hommages et de respects : racpueil que Paule avait reçu au bras du prince, elle le retrouvait au bras de son mari . Elle i^e portait ni diamants ni b^'oux, et, comme autrefois, qe se montrait parée que de sa grâce et de sa beauté. Cependant malgré ses efforts pour trompeir Henri et pour se troipper plIe-môme, malgré les ca*
resses de sa fille, qui déjà commençait à grandir, elle rcslaic en proie aux mêmes tristesses, se débattait sous Tétreinte des mêmes remords, et Henri \oyaif bien que sa chère Paule n'était pas heureuse. M"» de Soleyre le savait, elle aussi : Paule naguère ne l'entretenait de sa mère qu*à longs intervalles, et jamais sans effroi ; maintenant elle lui parlait d'elle à toute heure, et quand M"« de Soleyre, pressée de questions, racontait la jeunesse aventureuse de cette belle Renée qu'elle avait connue si héroïque et si fière, Paule éprise de ces récits souriait à la poétique figure dont elle s'accusait d'avoir méconnu la grandeur. Un soir, en revenant du bal, elle tomba sur un canapé, et laissa éclater la douleur qu'elle avait étouffée pendant toute la fête. Caverley était là, il se mit à ses pieds, et lui dit : — Qu'as-tu? que te faut-il? Parle, que puis-je faire ?
— Écoute, Henri, dit Paule, je veux revoir ma
mère : dût-elle me chasser, dût-elle me maudire,
dussé-je mourir à ses pieds, il faut que je la revoie.
— Mais., chère infortunée» demanda Henri, com- j
fiicnt pourras-tu arriver jusau'à elle? - ^
— Eh bien ! je me cacherai dans le parc, j'atten- Irai, je la verrai passer peut-être.
— Nous partirons demain, dit Henri.
— Que tu es bon, et que je faime I s*écria-t-elle se jetant dans ses bras.
A deux jours de là, un soir de fin d'octobre, ils descendaient dans une méchante auberge de Tiffauges ; ils avaient emmené avec eux leur fille, qui avait trois ans accomplis. Il était trop tard pour avertir Fabbé : à peine arrivés, ils prirent le chemin du manoir. Après s'être gliisés dans le parc par une des nombreuses brèches du mur d'enceinte, ils s'avancèrent dans la brume, le long des allées dépouillées ; Henri tenait l'enfant, Paule marchait devant, et montrait le chemin.
— Elle est làl elle est là! dit-elle en apercevant tout à coup une fenêtre éclairée dans l'ombre.
Us avaient l'amour, la beauté, la jeunesse, ils avaient des villas, un palais, des navires qui sillonnaient les mers, et leur unique rêve, leur unique aÂ^biuou était de pénétrer dans cette masure ouverte
998 LA HAISON PB PBNiBVAN^
à tous les veoU, et doni la porte leur (tUÀi ^rmée.
Une autre fenêtre brillait (\m% le P^me PQrps de
logis : c*était eelle du pauvre réduU Pfi vivait le bon
Pyrmil. Que faisaitJl k cette beuie f Pnvt-U pour sa
petite Paulet Travaillailril à son Ui^tolpp? Oua^^d Paqle était enfant, elle avait rtiabitudfli poiif appeler Pabbé, de frapper trois coups daus ses maips i elle fit quelques pas, et frappa trois eoups ; la feuâti^ s'ouvrit aussitôt, et un long fantôme se plia sur le balpan eomme pour plonger dans le brouillard up regard avide.
^ L'abbé, mon abbéi dit Paule d-uue m% gémi»? safita.
Le fiiutAme s'évanouit. Moins d-une minuta apr^St l'abbé serrait Paule sur son cœur, et Iw aPtratR^t mystérieusement» eomme trois proscrits 4aus sa chambre.
-r- Vous ici, ma fille I Et vous, mensieuri et vous !
— Je me meurs, TaJ^bé, je me maurs I ayez pitié de moi, faites que je voie ma mér«, faites qu^elle poua pardonne ; nous ne pouvons plus vivre ainsi |
L4 MAISON DE PENARVAN.
L*abbé avait pris la petite, il la tenait sur ses gen oux, et le. petite lui souriait.
— Ah I monsieur ! ah I mon ami I ^*|5cria Caverleyi saqvez-la, sai|vez-nous I
L'abhé se taisait et regardait reQfaQt.
— Que fait-elle? demanda Pauje. Que se passe-HI dans son cœur? Vous a-t-ellp permis de lui parler de nous ? vous a-t-pUe parlé dp nïQi ?
Ils interrogèrent, ils supplièrent quelque temp3 encore, et l'abbé ne répondait pas.
— Ah I c'est do»c fini, Fabbé, c'^sj; donp fini à tout jamais I s'écria P^ule dans un acçè§ 4^ désespoir ; je suis 4pi*c bjen morte pour elle I
L'ab|)^ fuyait fait joindre les mm& i la petite, il lui (lit :
^- Ainie^-YPU§ le bon Pieu, mon enfant?
— Oh! oui, répondit-elle.
— Eh bien I reprit Tabbé, diteHui : Mon Dicu; venez à moi i
— Mon Dieu, venez à moi 1 répéta la petit».
L'abbé se leva, et saisissant Venfant entr^ s£6 bras :
300' LA HAISON UK PKAiLIlVAN.
— ^iens donc, s'écria-l-il , viras, el que Dian t'inspire I
Entourée comme autrefois d^ portraits de ses ancêtres, & la lueur d'une lampe avare, près de deux lisons qui fumaient au fond de l'àtre, la marquise était assise dans son vieux fauteuil de ctiéne. Ses traita amaigris, ses yeux caves racontiùcnt les luttes intérieures qu'elle avait soutenues, le travail sourd, mystérieux, inavoué, qui depuis quatre ans se faisait en elle. Elle n'était plus que le spectre d'etle-méme, mais gardait encore quelque chose de majestueux et de superbe : on la sentait vaincue, non soumise. Autour d'elle tout s'était écroulé, tout en elle souffrait el gémissait; mais son orgueil restait debout, comme une citadelle assaillie, minée, pressée de toutes parts, qui Uent bon, combat, résiste et refuse de capituler, pendant qu'i ses pieds la ville assiégée, écrasée de boulets, dévastée par la mort et par la famine, crie erci, et ne demande qu'à se rendre. Ja- ilitude et l'ennui n'avaient pesé sur soi/ poids si lourd qu'en cette soirée d'octobre ;
elle était accoudée, la tête appuyée sur sa main, quand la porte s*entr'ouvrit, et laissa se glisser un enfant Intimidée par la grande figure qui se tenait au coin du foyer, l'enfant qui était entrée souriante, s*arr6tâ interdite au milieu du salon.
— Qui étes-vous? demanda la marquise, qui ne sa* vait pas même que Paule fût mère.
— Je suis une petite ûUe.
— Approchez, mon enfant,
L*enfant, encouragée, s'avança, et vint poser ses niains sur le bras du fauteuil où sa grand'mère était assise.
— Comment vous nomme-t-on? demanda la mar* quise, adoucie par ce joli visage.
— Je m'appelle Renée.
ta marquise tressaillit, l'enveloppa d'un regard ardent et reconnut les traits de Paule : elle comprit, devina tout.
— Va-t'en, dit elle d'une voix sourde, retourne rerr la mère, va retrouver M"® Caverley.
Épouvantée par la physionomie et par l'accent plu-
309 Li IIAI90ir pp PBlTAftTÀlf.
tdt que par les paroles qY|*elle ne poiivait eempreodre, repfant se tourna vers la porte et s*éloign^ toute tremblante. Slle s*en allait h petits pas, et la maïquise la suivait des^ yeux. Et h mesure que Tenfant s'éloignait, elle voyait se dérouler sen existence tout entière : elle voyait son mM, si tendre, si cba^mapt, et qu'elle avait envoyé }t la mprt ; elle Yoyait sa Qlle, si belle, si touchante, qui YetH entourée de tant dfispins, d*amour, et dont elle portait le deqil. SUe opmprenait t^Htes les jQips qn'eljp av^it ipécpnnues, tpqs ^s bonheurs qù'ellft ftyait FPpoH^sés. I4 btan(ia t^te s'e»fonçait peu à peu dans la pénombre, et la marquise sentait qqe c*^t§it If^ W, q\il s'^n allait encope une fois, qui s*en allait poqr pp pli|s revepfr. fill^ jpt^ nu regard de détresse sur les portraits de ses ^pp^tres, et prgt TOir apt^ipt d^ rpinot^wres qui aygi^Ht fl^ypré sajppfie^se fil s^ 4e§tinée.
Et cependant, Tenfant s'éloignait. Elle ét^it priSis (le la portp pptp'oijvprte, et Renée Ijésitait encore. Au moment de sortir, 1^ petite se retourna :
-TT Ç^X doi)c p^ yf^j, djf-qlle 4'urîfi ypi^ er-
gcntine, gue c'est vous qui lêtes mon ai}tre maman ?
L'orgueil s'engloutit, e| le cœur éclata. Renée avait 'poiisséui) cri : elle ^ précipita comme upe lionnç sur sa pptit^mie, l'enlevs entre ses t)ra?, et Tinondant de larrpe§| la çquynint 4e baiser? ;
— Reste! reste! s'éçria-Hlp ; reste, 1§ vipl ff.a|e, le boQheur 1
Moins d'une an#P après, flïî #t cherché yainpmpnt
my le lîprfî de la §^vre te \me% flH vip^x^iflnpir : le
châtep de penapait était revenu à Téjljque de sa splendeur. Coipme ^u qoup d'une baguefte magique, les murs, la façade, le§ toijfelle§ s'étaient rplevés j les écussons avaient reparu au-de§§us des portes; les grandes herbes ne poussaient plpç dans la cpiir d'Iioq-
neur. Les chevaux piaffaient dans les écuries, les chiens aboyaient dans les chenils, les équipages encombraient les remises. Au salon magnifiquement \ décoré, les aïeux rentoilés, restaurés, paraissaient rajeunis dans leurs cadres tout neufs. Partout, au dedans comme à Textérieur, le mouvement avait succédé à l'immobilité, partout la vie remplaçait la mort. Les fermes autiefois incendiées étaient reconstruites. Tau cien domaine était reconstitué, des fabriques de cor- j dages et de toile à voiles égayaient le bord de la rivière. Il était passé , le temps des soutanes râpées : Tautel de la chapelle avait retrouvé son antique éclat, le banc seigneurial était rétabli, et les dimanches et ies jours de fête Tabbé ofSciait en grande pompe. Partout la joie, Taisance, le bonheur ; partout le respect du passé uni à l'activité du travail. Henri Caverley ne s'était pas borné à reconstituer l'ancien fief de Penarvan : à la sollicitation de Paule, il avait racheté le domaine de La Brigazière. H. Michaud, qui possédait trois ou quatre châteaux aux environs de Rennes, s'était défait avec dédain de cette petite châtellenie
tA MAISON DB PENARYAN. 305
comme d'un vêtement trop étroit et passé de mode. Le père Michaud était devenu ce grand Michaud, qui, sous la restauration, lit tant de bruit sur les bancs de Topposition, et clabauda contre la noblesse et le retour des droits féodaux, jusqu'au jour où 4 830 lui ferma le bec avec un litre de baron.
. Un jour d'été, par une chaude après-midi, la marquise de Penarvan, sa petite-fille et l'abbé, se trouvaient réunis tous trois dans cette salle des- portraits où nous les avons vus si souvent. Malgré les années écoulées, la marquise était belle encore; elle avait toujours ses magnifiques cheveux blonds où ne brillait pas un seul fil d'argent. L'abbé était un peu engraissé. II tenait sur ses genoux la petite Renée, et lui montrait à lire dans son admirable histoire. Cette petite était devenue l'idole de l'abbé; elle était du bonheur pour les dernières années du bon Pyrmil. Elle était surtout la passion, la premièi^e et unique passion de la marquise. La grande Renée aimait la petite Renée de toute la tendresse qu'elle n'avait eue pour persoime; elle s'en
306 LA MAISON OB P^NARYABr,
était emparée, elle portait dads cet amoqr le despo^ tisme de son caractère.
Paule et Henri partaient & cheval pour une promenade aux environs ; la marquise s'était apprQcbé^ de la fenêtre, et les suivait du regard le long de Tavenue,
— L*abbéT dit-elle en lui faisant un signe. V^lbiM accourut près d'elle, et Renée les montra d'un geste qui voulait dire : Voyei qu'ils sont beaux et cbaivr mantsi
— Eh bien I dit l'abbé h, demi-voix, d'un air Qu'H s'efforçait de rendre Qn et parquais, c'est m\ Qui les ai mariés.
^ Ah I fourbe, ab I traître, dit la marquise en lui prenant Toreille. Ah 1 l'abbé, l'abbé, vous n'en ave^ jamais fait d'autres t vous ave% toujours conspiré cour-. tre moi I
Et de rire, le bon abbé, d^ se gaudir en se frettanl les mains.
— Allons I ajouta gMement la marquise, la famillo sera ce soir au gr^nd complet : nous attendons M"** de Soleyre.
t4 IIAISfOUf DE PENinYÀlf. 307
V^\iih^ avait repris la pçUt^> ^t recommançait sa leçon.
, r^ Bn yérîlé, Tabbé, dit la marquis^, you» ôtesimpiteyable : voua allpz ennuyer cet epfant.
— Mais pas du tout 1 M"* Renée annonce les plu9 hçqpeuses di^pofiitiQQSt
r^ Allons, Vabbé, allons, p'wt wwfi; mm *
propos, où donc en est-elle enfin, catta ^farQalIa
lustQira?
— Celta éternelle histoire est terminée, piadame, répondit Tabbé un peu piqué; pas plus tard qu'hieri j'ai buriné les dernières lignas du Pb^piti^ Popsacré au marquis, voire époux.
— Vous êtes moins avancé que vous ne le pensez ; votre histoire n'est pas complète.
— ^éla3 i madame la marqyisa, je ne ]9 saip qpe trop, il reste tpujours ce malheiir^qx prélat...
— San? parler du prélat, votre ijistqire n'est pas
complète : il y manque encore quelque chose. ^
— Quelque chose?... Et quoi donc, madame h marquise?
— Eh bien! et moi, monsieur Tabbé? me comptezvous pour rien T
— Je n'écris que l'histoire des morts, dit Fabbé en souriant, et je compte bien, madame» n'écrire jamais la vôtre.
— levais vous la dicter. Prenez une plume. . . écrivez. L'abbé, un peu étonné, prit une plume et se mit en devoir d'écrire.
— En tête^ dit la marquise : Louise-Charlotte-Antoinette-Renée^ marquise de Penarvaiiy dernière du nom.
— Dernière du nom, répéta Tabbé comme un écho.
— A /a ligne, reprit la marquise.
f Elle vécut cloîtrée dans la gloire de sa famille, et reconnut, quoiqu'un peu tard, que s*il est beau d'ho- •lorer les morts, il est bien doux d*aimer les vivants. »
— C'est tout, madame?
— C'est tout, mon cher abbé, répondit la marquise, attirant sa petite-fille et l'embrassant avec amour. Ajoutez cependant, si vous le voulez bien :
M fSnii l'histoire de la maison Oe Pimanan