‹ La maison de PenarvanChapitre 3 sur 4 · VS · texte numérisé non relu

VS

âge, n'étiez-vous pas heureuse ici entre le vieux Pyrmil et votre admirable mère? Âh I diëre petite amio pourquoi nous avez-vous quittés ? Revenez, revenez €*est ici seulement que vous trouverez le bonheur. J'ai lii dans une feuifle de la Gironde te précis historique <le notre maison : c^est d'une ignorance crasse, plein d'inexactitudes, d'omissions, défaits controuvés. Vous le constaterez vous-même, si vous daignez jamais jeter les yeux sur mon histoire. »

Pendant que tout ce bruit se faisait autour d'elle, Paule, qui ne s'en doutait pas, continuait de se tenir À l'écart, profondément touchée de la bienveillance qui l'avait accueillie, nullement livrée de l'honoeur qui lui était échu, peu désireuse de reparaître dans le monde : quelques promenades en voiture étaient les «eules distractions auxquelles elle se prêtât volontiers. — Je suis contente, je vous aime, laissez-moi vivre pour vous, pour vous seule, disait-eïle à M"« de Soleyre, qui la sollicitait à se montrci aux fMes de la préfecture : il tfest de lôtes pour moi que votre présence et nos entretiens. Je n'attends rien du monde, il

n'attend rien de moi : je n*ai de plaisir qu*à vous voir. — Marie la pressait sut son cœur, et toutes deux étaient heureuses : Tune ayaif retrouvé sa fflle, Tautre avait trouvé une mère. Les choses en étaient là, lor&qu'éclata sur la place de Bordeaux la nouvelle d'un sinistre qui frappait la ville entière dans un de ses enfants les plus chers, disons mieux, dans son enfant le plus aimé.

n Quêtait {AS rave antr^oîs de* feneonlrer éam la bourgeoisie des familles qui avaîeM, tout aussi bien que la nobtesse, leurs traditionft de gloire, i^bomumit de loyauté, se transmettant de père exL fils, comme tin dépôt, comme un héritage, à raccroiasemi^t ésaquad travaillait chaque géaération. Telle était à Bordi^aiiii une fauôlte d'armateors qpii, par la grandeur de se$ entreprises^ par son luxe et sa magnificence, avait

tenu longtemps .sur cette place le rang d'Ango à Dieppe ou d'Aufredi à La Rochelle. Les Caverley de Bordeaux s*étaient enrichis dans le commerce maritime, alors que le commerce, élément civilisateur, obéissait à d'autres inspirations que celles de Favarice, vivait de hautes ambitions et non de petites rapines, élevait les âmes loin de les abaisser, trempait fortement les cœurs et les esprits, commandait le courage plutôt que la ruse, enrôlait les lions plutôt que les renards, et avait en un mot tous les côtés brillants des poétiques aven* tures. Le commerce jouait alors le rôlt? que Tindustrie a pris de nos jours. Les Caverley s'étaient succédé sans interruption, leur dynastie durait encore : les derniers rejetons de cette race intègre et vigoureuse n'avaient dégénéré d'aucune des vertus de leurs pères. En 1 8\ 0, quand le commerce maritime, paralysé par le blocus continental, mourait d'inanition, Charles Caverley, poussé non par l'amour du lucre, il possédait des biens considérables dont il usait magnifiquement, mais par ses instincts aventureux, et surtout animé du désir de raviver la place de Bordeaux, d'étayer les mai-

sons qui de toutes parts croulaient autour de lui, Charles Caverley avait lesté de dix canons un trois-mâts de six cents tonneaux. Parti par un gros temps avec un équipage résolu, et emmenant avec lui son ills unique, à peine âgé de dix-huit ans, il avait pu passer à travers la croisière anglaise ; poursuivi par une frégate qui le gagnait visiblement, il l'avait attendue à portée de boulet, lui avait lâché sa bordée et fracassé son grand mât de hune : quelques mois après, il revenait aussi heureusement qu'il était allé, et rentrait chargé des produits de l'Inde hollandaise. Ce galant homme était mort vers la fin de 1813, laissant son fils ruattre, à vingt et un ans, d'une fortune qu'on évaluait, en dehors des affaires de sa maison, à deux cent mille livres de rente : chiffre modeste aujourd'hui que les millions croissent et multiplient à vue d'œil sur le fumier des spéculations équivoques, mais qu'on tenait p our imposant alors, quand il représentait le travail de dix générations sans reproche. Il y a presque toujours, dans la vie des familles, un être m qui se résument toutes les vertus ou tous les vices de sa race ; il

£34 LA MAISOïf DE PENARVAIf.

semblait qu'Henri Caveiiey fût le rayonnement et Vé^ panouissemenidela sienne. Intrëpide, vaillant, généreux, l'honneur et la loyauté même, fier au besoin comme un gentilhomme, doux comme un enfant avec les faibles et les humbles, aux qualité? qu'il avait dans le sang, Henri joignait tout le charme des âmes tendres. Ce n'était pas un Grandkon : on arait parlé de ses duels et de ses maîtresses; mais il avait porté dans toutes ses équipées une élégance, une dignité qu'on pourrait offrir en exemple à la jeunesse dorée d'à présent. En 4817, dans l'espoir de tromper le vide et l'ennui de son cœur, peut-être aussi pour échapper au «pectacie des réactions sanglantes dont la France était le théûtre, il avait armé splendidement un de ses navires, et, comme un prince, était allé chasser le tigre et l'éléphant dans l'Inde. Les dernières lettres qu'on avait reçues annonçaient son prochain retour; on l'attendait, quand on apprit que son bâtiment s'était perdu sur la côte d'Afrique et avast péri corps et biens.

La nouvelle de ce désastre avait mis tout Bordeaux «n deuil ; eiie n'avait jeté nulte part plus de désolation

qu'à la préfecture. Charles Caverley avait sauvé en 93 les jours et les biens de M. de Grandchamp. La reconnaissance est le culte des belles âmes : il n*est pas ' moins doux de la ressentir que de Tinspirer. Après la mort du père, M"® de Soleyre avait reporté sa gratitude sur le fils, qu'elle avait connu encore adolescent: Henri avait trouvé dans Tafifection presque maternelle de cette aimable femme une consolation d*abord, puis en mainte occasion un guide, un conseil, une direction salutaire. Mieux que personne, elle avait été à même 4e l'apprécier; elle savait mieux que personne combien il méritait d'être aimé. Elle le pleurait : dans ses entretiens avec Paule, elle ne parlait plus que de lui, si bien que Paule en était arrivée à le regretter, elle aussi. €e qu'eHe entendait raconter des prodigalités de ce jeune homme, de sa bravoure, de son audace, de sa ' magnificence, ne la touchait guère; mais les traits de bonté, 43 charité discrète, une misère soulagée dans Tombre, de pauvres petits enlevés un insjant et rendus à leur mère, chaudement vêtus et rapportant chez «ux la joie et le bien-être, voilà ce qui là remuait, ce

qui l'attendrissait jusqu*aux larmes : voilà ce que Paule ne se lassait pas d'écouter. Elle y revenait constamment, y ramenait sans cesse M"*® de Soleyre : c'était devenu chez elle une obsession de tous les instants, une préoccupation involontaire qui se trahissait ju? que dans ses lettres à Tabbé.

« Mous sommes dans la tristesse, dans une grandt tristesse, mon abbé. Figurez-vous qu'il y avait à Bordeaux un jeune homme si bon, si bon que tout le monde le chérissait. Il était parti, voilà plus d'un an, pour un voyage de long cours ; on vient d'apprendre qu'il a péri dans un naufrage, et tout le monde ici le pleure. C'est une consternation dont vous ne pouvez pas vous faire une idée. Je suis sortie hier avec M"® de Soleyre; nous avons vu partout, sur les places, jusque dans iès rues, des rassemblements de personnes qui avaient l'air bien affligé, et qui ne s'entretenaient que de M. Henri Caverley : on aurait dit d'un malheur public. Si vous saviez tout ce qu'on raconte de lui 1 Que d'infortunes secourues I que de familles sauvées de la honte et du désespoir I que de malheureux dont il était

!a providence I Et penser qu'il est mort ! 11 y a des instants ou je m'imagine que peut-être ce n'est pas vrai, et alors je prie Dieu pour lui, comme s'il était seulement en péril. »

— C'est étrange, dit-elle un matin à M"« de Soleyre, qui entrait dans sa chambre : j'ai rêvé cette nuit de M. Henri. Je l'ai vu vivant et tel absolument que vous me l'avez dépeint : grand, élancé, les cheveux noirs et les yeux bleus, le teint pâle, l'air résolu, le regard fier, intrépide et plein de bonté. Il venait à moi et tenait à la main une fleur qui se balançait sur sa tige : nous étions je ne sais où, mais dans un pays enchanté. — Prenez-la, dit-il en me l'offrant, je l'ai cueillie tout exprès pour vous sur les bords du Gange. — Je pris la fleur, et comme j'allais en respirer le parfum, je m'aperçus qu'elle était de diamants, d'émeraudes et de perles fines. Je voulais la lui rendre, mais il ajouta : — Non, gardez-la, ce sera pour vos pauvres. — Et je me réveillai.

À quelques jours de là, on jouait au théâtre un des premiers ouvrages de Boïeldieu. W^^ de Soleyre assis-

tait à cette représentatM» a?ec M"« de Peaarvan. t)epuis la soirée oA die ayait été prés^tée au prince^ c'était la première fois qu^ Paule paraissait en public. Là, comme au bal, elle avait, en entrant, attiré,. chamié les regards : jamais loge n'avait encadré un visage si suave, des traits si fins, un front si pur, unc^ beauté si délicate. On donnait la Fête du Village voisin. La salle tout entière écoutait dans le ravissement cette jolie musique, fraîche encore aujourd'hui, et qui était alors en sa fleur. Paule oe perdait pas une mélodie, quand tout à coup, comme si elle eût oédé à une pression invisible, à une attraction mystérie'^se, elle tourna la tête, et dans une loge, demeurée vide jusque-là . et qui faisait faoe à celle de la préfecture» elle aperçut un jeune homme qui la regardait. Elle tressailKt , saisit vivement la main de M"® de Soleyre, et, sans détacher les yeux du visage qui la fasanait :

— Ah 1 mon Dieu, voyez donc ! dlt«elle.

M"* de S^teyre fit un mouvement, son regard «ulvit la âîreotion de celui cte Paule, et, dans un tran»-

LA MAISON DE PENAUVaN. 23»

port de joie que la surprise ne lui permit pas de maîtriser, elle s'écria : — C'est Caverley '

 ce nom prononeé assez baut pour être entendu, et qui, répété de proche en proche, avait couru comme une traînée de poudre, et en moins de quelques secondes éclaté dans la salle, tout le parterre, tout Tor-^ chestre s'étaient levés. Il y eut là un moment d'êniotion qui dut enivrer le cœur de celui qui en était la cause. Henri s'était levé de son c6té, et saluait de la main avec effusion les amis, les compagnons de sa jeunesse, qui applddiâissaient son retour.

— C'est vous l lai dit M°* de Soleyre quand il se présenta après la chute du rideaci. Henri, Henri f quel chagrin vous mras avez fait I M"* de Penarvaû pourrait vous le dire. Mécbai&t enfant I vous n'êtes donc pas mort? ajouta-t-eHe gaiement.

—Et j'en SUIS bien heureux, madame, dit Caverley d'un ton pénétré en lui baisant la main, car je n'avais jamais senti comme à cette heure tout le prix de ta vie.

Et il sïndina devant la jeune personne, qu'il m

connaissait pas, qui l'avait pourtant signalé la première. 11 ne resta qu'un instant : ses amis assiégeaient la porte de la loge. A la sortie du Ihéûtre, tous les bras l'enlaçaient, toutes les mains se disputaient les siennes. — Ah ! disait-il avec attendrissement, je ne me savais pas si riche. — Et, pressé, harcelé de questions, il racontait la perte de son navire, par quel miracle il avait échappé, lui et son équipage, à la mort qui les serrait de près. Avant de monter en voiture, M"® de Soleyre et Paule avaient été témoins de cette fête. Paule rentra plus troublée qu'elle n'osait le laisser voir ni se l'avouer à elle-même. Elle se déshabilla lentement, se coucha, ne s'endormit qu'au jour. Rôva-i-elle de M. Henri? On ne sait; à partir de cette soirée, Paule ne raconta plus ses rêves.

Il n'était pas besoin de consulter les astres pour tirer l'horoscope de ces deux jeunes cœurs ; on pouvait prédire à coup sûr qu'ils seraient irrésistiblement attirés Vun vers l'autre. Dès le lendemain de son arrivée, Henri s'était présenté à l'hôtel de la préfecture il y était retourné tes jours suivants; il y dînait Irc

quemmeat; il y passait presque toutes ses soirées. Henri n'en usait guère aulremeut avant son départ : dans la joie qu'elle éprouvait de son retour, M"* de Soleyre n'avait vu d'abord dans ses assiduités rien que de simple et de naturel. Cependant, au bout de quelques semaines, une vague inquiétude l'agilait déjà. Paule, en moins d'un mois, avait achevé de se transfigurer. L'espèce de brume qui voilait encore ses traits s'était dissipée : son visage avait l'éclat et la fraîcheur d'une matinée de printemps. Il y a des contrées du nord où il suffit de quelques soleils pour fondre les dernières neiges et couvrir les champs de moissons : il s'était fait quelque chose d'approchant chez Paule ; c'avait été moins un épanouissement qu'une explosion de la jeunesse. Ce n'est pas tout. Paule était devenue moins sauvage; le monde ne l'effarouchait plus; sans qu'il fût nécessaire de l'en prier bien fort, elle descendait au salon ; elle s'ennuyait dans sa chambre, et , à certaines heures se tenait de préférence dans celle où M"* de Soleyre recevait habituellement ses amis. Elle y avait porté ses menus ouvrages, écheveaux, pe-

lotoQs de fil ou de laine, broderies et tapisseries. Elle parlait peu, mais paraissait se plaire à tout ce qu'on disait, surtout lorsqu'Henri était là et qu'il racontait ses voyages : Henri ne causait jamais si volontiers que lorsque M"« de Penarvan Técoutait. Parfois, le soir, on dansait au piano ; Paule dansait avec Henri : elle avait la grâce et la légèreté d'une nymphe. S'ils ne se voyaient pas à la préfecture, ils se rencontraient au théâtre ; quand Paule sortait de la ville en voiture avec M"® de Soleyre, Henri les accompagnait à cheval et galopait près de la portière. M"" de Soleyre s'était abandonnée sans défiance au charme d'avoir à toute heure ces deux enfants â'ses côtés. Leur beauté, leur jeunesse, l'afTection qu'ils lui témoignaient l'un et l'autre, réjouissaient son cœur et ses yeux. Elle vit enfin le danger : l'amour, qui, chez Paule, s'ignorait encore lui-môme et ne se trahissait que par le resplendissement du bonheur, se manifestait si ouvertement chez Henri, que, pour ne pas en être frappé, il aurait fallu être aveugle. Caverley se taisait ; mais, ainsi qu« son âme, son regard était d'or, et ce regard loyal,

LA MAJSbN DE PENARYAN. 243

sans feinte ni mystère, ne taissail rien à deviner aloEs ju'il s'attachait sur Paule. M"^ de Soleyre fut saisie Je tristesse et d'efiroi. Un joue Henri était seul avec elle ; il ne 1 entretenait que de M'^ de Penarvan : elle rintesroopil brusquement en lui prenant les mains^ et le considéra quelque temps en ailenceu

— ^nri?... demandd-t-ette enfin aivec une inflexion de Toix plus éloquente et plus explicite que tout ce qu'elle aurait pu ajouter.

— Oui, madame, c'est vrai, répliquai simplement Caverley ; j'étais venu pour vous k dire.

— Écoutez-moi, mon enfeol, reprit M°^ de Soleyre, et quand vous m'aurez entendue, vous déciderez vous* même ; j'ai foi en votre honneur, en votre loyauté.

Sans autre préambule, elle partit de là pour lui expliquer d'abord ce que c'était que cette famille de Penarvan, dont il ne connaissait qu'imparfûtemeAt rillustrationi et la grandeur ; elle en déroula rapidement la gloire et les infortunes récentes; puis, arrivant h la marquisev elle la montra d^out, froide et superi)e;, sur les naines de sa maison. Elle retraça

•/ • . ■ ^ • • ^ ^^Tr.

Si4 LA MAISON DE PENARVAN.

fidèlement sa vie, que Torgueil de race résumait tout entière ; elle insista, elle appuya sur cet orgueil, que rien n*avait pu ni dompter ni fléchir, légitime dans son principe, respectable dans son excès. Enfin elle raconta Thistoire de Paule, dans quelles conditions cette enfant était née et avait grandi, sa jeunesse opprimée, sa destinée rivée au nom de ses aïeux, à moins qu'il ne se rencontrât par hasard, dans les rangs éclaircis de la vieille noblesse, un gentilhomme de sang assez pur pour oser prétendre à sa main.

— Maintenant, vous savez tout, Henri. Je ne vous parle pas de moi, des embarras affreux que vous me susciteriez, des reproches sanglants et mérités que la marquise serait en droit de m'adresser. Je ne pense qu'à vous, à vous seul. Vous venez de mesurer la distance qui vous sépare de M"® de Penarvan : qu'attendez-vous et qu'espérez-vous?

Jamais ce jeune homme ne laissa mieux voir qu'en cette circonstance la droiture de son cœur et de son esprit. Il ne s'emporta pas contre les préjugés de caste, il ne se révolta pas contre l'orgueil des races patri-

ciennes, il ne fit sonner ni les vertus ni l'opulence de ses pères, il n'aborda aucun des lieux-communs que la médiocrité, la sottise et l'envie ont de tout temps débités contre la noblesse. Il tombait de haut ; mais, si profonde, si terrible qu'eût été sa chute, il n'en ressentait ni colère ni humiliation.

— Vous avez raison, madame, dit-il tristement et sans amertume : M'^ de Penarvan est trop au-dessus de moi pour que je puisse m'élever jusqu'à elle. Oui, vous avez raison. Rien ne m'eût coûté pour la mériter ; mais je ne saurais m'anoblir.

Il se leva et tendit une main que M"® de Soleyre prit et garda entre les siennes.

— Vous ne m'en voulez pas, Henri ? Je ne suis pas la mère de Paule : si ma fille eût vécu, je vous l'aurais donnée.

— Tous êtes un ange de bonté, dit Henri.

— Que comptez-vous faire, mon enfant? Vous n'allez pas retourner aux Indes T

— Non, madame, mais j'irais plus loin encore, s'il le fallait, pour vous épargner un chagrin.

r>ir;

Il se retira, Pair si calme, si résigné, que M"*"" de Soleyre en éprouva un grand allégement. Une fois chez lui, dans son hôtel, au milieu du luxe et des richesses q.u*avaient entassées dix générationa successives, il se jeta sur un divan et il éclata en sanglots. Il aimait Paule depuis un. mois seulement ; mais Tamour n*a pas d!ftge, il lui suffît d*une* heure pour envahir la vie. Dès le soir où il Tavait aperçue au théâtre, Henri s*était senti subjugué par ce charme, par cette grâce qui ne ressemblait k rien de ce qp*il avait rencontré jusqu'alors : il s'était demandé en souriant si, pendant son absence, le rêve, de sa jeunesse, vainement poursuivi, était venu s'abattre près de M°* de Soleyre et attendre là son retour. Il l'avait revue, il l'avait aimée avec l'entraînement d'un, cœur ardent et fier, sans songer un seul instant à l'obstacle qui les séparait; il ne réfléchissait pas, il aimait. Il savait que Paule était pauvre, qu'elle habitait avec sa mère un vieux castel, et il caressait en secret la pensée de répan r l'injustice du sort, de venger cette enfant des rigui urs de la fortune : pour la première fois.

il s^applaudissait de son opulence. €ne barrière infranchissable s'était dtessée tout à coup entre sa main et le bonheur. Que devenir? M"" de Soleyre, en le désespérant, lui a;vait rendu P^ule encore plus cliëie'; Faute était malheureuse, et il ne pouvait rien pour elle l Avec quelle joie n'eûl-il pas donné, pour un litre de* noblesse, tout ce luxe, toutes ces richesses au sein desquelles il avait grandi I Ca^erley joignait à une âBM'tendre un>caractére ferme et décidé : il quitta Bocdeaux le jour môme pour aller enfouir, (}ans une maisc» de campagne qn*U avait aux environs, son chagria iA m ve&etB.

L'hlvèr touchait à sa fin. Depuis plus d*un mots qu*il SLVàii quitté la ville, Henri n'y était pas retourné

une seule fois. Il vivait triste, solitaire, et n'avait pas même la consolation de se savoir aimé ; il sentait sa vie enchaînée au souvenir de Paule, et se disait que, dans la vie de cette enfant, il aurait passé comme un étranger. Il n'avait goût à rien, ne se plaisait que dans sa tristesse et ne souhaitait pas d'en guérir.

Un matin qu'il se promenait autour d'une ancienne abbaye, située à quelques portées de fusil de son habitation, il aperçut, errant à travers les décombres, un personnage d'une tournure si excentrique, d'une physionomie si étrange, qu'il s'arrêta pour l'examiner avec curiosité. C'était un homme qui en avait fini depuis longtemps avec la jeunesse, chaussé de gros souliers lacés, vêtu d'une lévite élimée qui tombait jusqu'à ses talons, et laissait voir, quand la bise en entr'ouvrait les pans, deux jambes d'une maigreur et d'une longueur incroyables ; le corps ressemblait i une gaule de bois mort ; la face ascétique et blême était comme ensevelie dans l'ombre d'un nez plein de majesté ; avec cela, un air si doux, si bon, qu'Henri ne put s'empêcher d'en être touché, et se sentit pé-

fer*

riêtré (l*une sympathie quHI ne devait pas tarder h s'expliquer.

— Monsieur, demanda l'homme à la lévite , seriezyous assez obligeant pour m'indiquer l'abbaye de Sainte-Salaberge?

— Vous 7 êtes, monsieur, répondit Caverley.

Le long étranger promena autour de lui un regard navré, et poussa un soupir qui résonna comme un tuyau d'orgue sous les arceaux ruinés.

— Vous paraissez contrarié, monsieur?

— Hélas ! monsieur, on le serait à moins. C'est la quatrième abbaye que j'explore depuis dix jours que je suis à Bordeaux. J'espérais recueillir dans l'une ou dans l'autre des documents pour mon grand ouvrage, et, au lieu des chroniques, des manuscrits que je cherchais, je n'ai trouvé partout que des murs écroulés, des orties, des ronces et des couleuvres. Ah I malheureux prélat 1 murmura-t-il en se frappant le froîil; que de tourments, que de déboires il m'aura coulés!

— Monsieur est archéologue?

— Non, monsieur, non.

— Antiquaire?

— Pas davantage.

— Inspecteur des monuments peut-être ?

— Historiographe, monsieur, historiographe de la maison de Penarvan I

C'était lui, c'était notre abbé I L'hiver s'achevait , et Paule ne revenait pas : muni des pouvoirs de la marqjuise , il était parti pour aller la chercher lui-même. Depuis longtemps déjià, U. était inquiet, agité, et, pour tout dire, après six mois de neige passés en téte-à-téte avec la grande Aenée, il éprouvait le besoin de revoir sa petite Paule. Saisi d'épouvante en la voyant si belle, il avait voulu l'emmener dès le lendemain de son arrivée. Vainement elle avait objecté qu'il ne pouvait quitter Bordeaux sans avoir visité les monuments, les curiosités : enlever sa ûUe, son trésor, aux séductions du monde, aux pompes de Satan, rattraper la colombe envolée et la remettre en cage, telle était l'unique pensée. Tunique souci de l'abbé. Toutefois, quand Paule s'était avisée de lui signaler quelques abbayes , riches en vieux manuscrits, disait-elle, alléché pacon char-

mant espoir, il avait ajourné son départ, et depuis plus d'une semaine battait le pays à dix lieues à la ronde, bravant le& giboulées de mars , Cherchant partout la trace de son prélat, et ne découvrant que des ruines. Sainte-Salaberge venait (Je lui porter le dernier coup. Caveriey avait entendu parler plus d^une fois, soit par M™' deSoleyre, soit par Paùle elle-même, deThistoriographe de la maison de Penarvan ; plus d'une fois le nom de l'abbé avait été prononcé devant lui. Henri savait que ce bon être avait élevé l'enfant qu'il aimait, qu'il avait été tout à la Pois et son précepteur et sa mère : il fut tenté de Tenibrasser.

— Eh quoi! monsieur, s'écria-Wl, est-ce l'abbé Pyrmil que j'ai le bonheur de rencontrer ici ?

— Lui-môme, monsieur, répondit l'abbé rougissant de plaisir ; j'étais loin de me douter qu'un nom si obscur eût pénétré jusqu'en ces contrées

— Vous êtes trop modeste, monsieur ; il n'est personne, connaissant la maison de Penarvan, qui ne connaisse aussi l'abbé Pyrmil : vous faites partie de la lamifle.

»52 l.i MAISON DE PENABVAIV.

Un sourire de Matitude écîaira la face de Tabbë.

— Ma demeure est ici tout proche, syouta Caverley ;

me ferez-vous bien l'amitié de venir vous reposer chez

moi?

L'abbé ne résista pas à tant de cordialité : la bonne

mine d*Henri, son air franc et ouvert, sa poli jôsse de grand seigneur, mieux encore les paroles de miel qui coulaient de ses lèvres, avaient déjà gagné le cœur du bon Pyrmil.

— Volontiers, monsieur, volontiers i mais à mon tour ne saurai-je point le nom du gentilhomme qui m'olTre une hospitalité si gracieuse?

— Je ne suis pas gentilhomme, monsieur, et pli: ! à Dieu que je le fusse I Vous voyez en moi un simple négociant de Bordeaux : on me nomme Henri Caverley.

— Henri Caverley I s'écria l'abbé reculant de trois pas ; celui qui a péri si malheureusement dans un naufrage?

— ^Précisément, répondit Henn, qui n'avait pu s^eriipécher de rire.

Après vingt minutes de marche^ ils arrivaient, tout

en causant, à la porte de la villa. L'habitation était, à Textérieur, d'un style simple et sans orneinents ; tout respirait au dedans la magnificence. L'abbé ouvrait de grands yeux : il se croyait transporté dans un palais des Mille et une Nuits, chez le calife Haroun-al-Raschid. C'était Theure du déjeuner ; Tami Pyrmil , qui comptait se régaler d'une croûte de pain et de quelques radis qu'il avait dans sa poche , attaqua vivement un pâté de venaison. Les vins du cnl achevèrent de développer son humeur expansive et tendre : au dessert, Henri et l'abbé se connaissaient depuis vingt ans. SM fut question des Penarvan, il ne faut pas le demander ; dans sa joie d'avoir mis le grappin sur deux oreilles complaisantes et toutes fraîches, notre historiographe ne tarissait pas. Souriant et résigné, Henri espérait que ce diable d'homme en viendrait enfin à lui parler dePaule.

— Eh bien 1 monsieur Caverley, dit tout & coup l'abbé attachant sur son hôte un regard affectueux, quand je vous ai rencontré, je vous croyais mort, et cependant, toute réflexion faite, je ne suis pas surpris

SM LA MAISON DC PBlfARVAlf.

que vous soyez en vie : yoos dévies. éofaapper au danger que vous avez oouru.

— Commenl cela» monsieur?

— Un ange priait pour vous^ r^paortit VabM d'un accent convaincu.

— UAangel

— Oui, monsiair, lUi ange dfei ciel, im ange an bon Dieu : M'^ de PenarviMi.

— M"* dePenairvaB priait pour moi-i. sf écria^ Btnri d'une voix émue ; serait-il paasibleit rnoosieHr ?'...

— Possible I ^t Tabbé tirant de la^sodke die sa lévite un portefeuille en loques ;. voici une ptâce die ctmvw^ lion que vous ne rtaiserez pasL

Caierley avait pris d*iine Bain toemUanie-Ia teOrv quebti tendait Tabbé : en fat Usant aveckntav, comnie s*il en eM épelé cbaçoo mot, il la lenaiit ai prâs de son visage , qu*il paraissait la parcourir des lèvre» plutôt que des yeux.

^ «^Yoim 8VBElav«»banetaKmsieiir7 deautodab d«ux Pyrmii avac inténfit. Ifloiv j-ai des yeux de lyaoL <— Je vous tu fus bieft mo» oompliiaeDl,

Et la bouche d Henri effleura udaa âernièie fois les caractëros que Paule avait traeés.

~ Ce D*est pas la seule où W^^ de Pe&arvu m^ait pudi de YGm , dit Tabbé reai^ta&t la lettfe ôik pofld* feuille; j*en ai une autre oà elle: raooQtoi que ^ùm lui êtes apparu daas uu rêve» tenant k la vmn je ne sais quelle fleur qiie vous lui rappottieft de Tlnde. Ab I quel style, monsieur 1 que de grèce 1 C*est moi qui lui ai enseigné sa langue. Ce qui m*étonne, c'est qu'après m'avoir entretenu tant de fois de vous quand vous étiez mort, elle ne m*ail point bit part de votre résurfeetion. Il y a 1& une marque d'indifËrence», je dtrai môme d'insensibilité, que ja ne m'eifUqwe pasi, car c'est un aimable cœur. Peuirètre Ignore-t^lla ^ue vqus ^\es revenu des Srombres borda 7

— J'ai eu rhonnetur d'aparcevuir qufliqiififQîa W* de Penanan à l'faâtel de la prgfeftitfei^ dit C&mkf «ni buvaii^ à langa taûta tes cmfidâAûia do VniM ; tim une pei^^Qnne cbarnMiQtfi,

^Gmlmm 416v«; imw^ monaieitr» ^mm V9mz fiafr Tvaii «M. airaataf e. C'«s( }Mm% dan$ nps coîneh

qu'elle était charmante en effet, grelotiant au milieu des fleurs que i*avais plantées autour d'elle, et tâchant de réchaufier au soleil ses pauvres petits membres glacés. On me Ta bien g&tée , monsieur ! Elle n^est plus reconnaissable. £nfin , si grand que soit le mai, il peut encore se réparer. Nous partons demain...

— Vous partez demain ! s'écria Henri. Et vous emmenez M"* de Penarvan ?

— Si je remmène I Je ne suis pas venu à d'autres fins. Oui, Dieu soit loué! oui, nous partons: la belle M^'^de Soleyre en sera pour ses frais. Je m'entends, monsieur, je m'entends. La chère dame avait enlevé notre fille à l'unique intention de la marier : j'ai pénétré ses secrets desseins. S'ils ont échoué, vous pouvez croire que ce n'a pas été faute de prétendants. Depuis dix jours que je suis à Bordeaux, il s'en est présenté plusieurs, et des mieux tournés, et des mieux titrés, tous ayant nom en ae^ et comtes au plus bas. Eh bien l H"* de Penarvan les a tous refusés. Et voulez-vous savoir ce qu'elle a répondu , pas plus tard qu'hier, à cette aimable M** de

Soleyre, qui la pressait de faire un choix ? Qu'elle ne voulait point se marier, et ne se marierait jamais.

— M"« de Penarvan a répondu cela ?

— Oui, monsieur, et avec une fermeté de résolution qui m'a surpris moi-même, bien que je dusse y voir le fruit de mes enseignements. Celte enfant a compris qu'elle ne serait nulle part si heureuse qu'entre son admirable mère et son vieux précepteur : elle ne veut pas nous quitter. Voilà le résultat d'une éducation religieuse I ajouta l'excellent Pyrmil plongeant avec onction deux doigts dans sa tabatière.

Tout en l'écoutant, sans perdre une seule de ses paroles, Henri entendait une autre voix plus jeune et plus fraîche qui lui disait tout bas : Elle t'aime ! tu es aimé I tu es sa vie , comme elle est la tienne 1 — Cependant, si l'abbé ne voulait pas coucher en route, il devait songer à prendre congé. Henri avait insisté vainepient pour qu'il se laissât reconduire en voiture ; le bon Pyrmil aurait cru manquer de gratitude envers la Providence en négligeant une occasion de se servir des jambes qu'elle lui avait si libéralement octroyées.

9S8 LA Ni^ISON D£ PflNARVAN.

«—Adieu, monsieur, p^lieul diMl en secouant le»

mains de Gaverley : d'une déconvenm vous avez fait

une bonne fortune, et, gràœ à n^iis, je garderai tin

précieux souv^r des mBiiQsmts de Sainte*Salaberge.

-^ Et moi, monsieur, je a'ovbliemi de ma vie les

« heures trop courtes que je viens de passer avec vous :

je vous le dis en toute sinoériié, j'en m rsrraaent compté

de si chantantes.

L'abbé s'éloigna, encftamté^le son lidlie, et fort satis^ fait de sa petite eiqiéâition. QaelC[ues*heui«s plus tard^ à la nuit tombante, Henri se jetait sur «m obeval, brûlait la route, arrivait à Bordeaux, et se présentait à l'hôtel de la préfecture. Ge ^ ramenait, il ne le savait pas lui-même. Il aimait, il se ^tentait aimé ; Faute partait le lendemain : il n'avait pas (résisté au désir de la voir une dernière fois.

L'abbé nous a rais li peu fMTès au coumnt de ce qii s'était passé, depuis le départ d'Henm, à l'iiôtei de la préfecture. L'intimité de Faute 'et de M™ de Sc^eyre^ sans se refroidir, s'était sensiblement attristée. L'absence d'Henri n'avait rassuré qu'à -demi M*® de So*

LA MAlS^OiN ©K PENARVAN. 259

Icyre. Paale neqpaflladtrplusifeikû, c'étaiit^donc qu-elle pensait à M «sans ^œsse ; «lie nefufiart lobstinémen tous les partis qui se prfisenlaieirt ; bob visage disait assoz la prôoccnpailioii Se Boai àiae. iLa J)onae Marie Tobservait avec une inquiétude ioujeoirs croissaniie ; effrayée de la Fespeansabililé ((pA pesait sur elle, nésolue à ne point pro^roquer on»e confidânoe qiui n-eût été qn*tm danger de plus, die songeait Bériousement à la ramener cbez sa mère, et ne savait 'comment s^y prendre pour Ty préparer, quand rabbé;était arrivé juste à point pour la tirer d'embarras. Paule avait épuisé la liste des abbayes : elle était à la veille de son départ.

Lorsque Henri entra au «alon., ;il s'y trouvait quelques personses. Tatde était fseule aur lun canapé prés de ia dieminée ; dans l-eroirrasure d'une fenêtre, M°^® de Soleyre cantsaiit ^avec un ipeFscmnage : Officiel fr«itohement:arrivé de Paria. Caverley (ii quelques pas et pencontra le regard de iPaule. Il 7 avait i dîms ce regard linéique ichose de si profondément i triste, quelque chose qui appelait si visiblement la ] protection, qu'il crut oom|vendre que M"* dePenar- ■]

van lui confiait sa destinée. Il n^hésita pas. Après avoir salué M"»« de Soleyre, il alla s'incliner devant Pauie, s'assit résolument près d'elle, et lui dit :

— Mademoiselle, je sais qu'il m'est interdit de m'élever jusqu'à vous ; je sais que quand bien même votre cœur daignerait descendre jusqu'à moi, la marquise de Penarvan me repousserait avec colère, avec dédain ; je sais que sa volonté inflexible serait toujours entre vous et moi. Je sais tout cela, mais je vous aime. Quoi qu'il arrive, disposez de moi dans l'avenir comme d'une chose qui vous appartient : je vous donne ici ma vie.

En achevant ces mots, il se leva.

— Adieu, mademoiselle, dit-il d'une voix grave.

— Adieu, Henri, répondit Paule à demi-voix avec l'enivrement de l'amour partagé.

Le lendemain, quand M"« de Soleyre, encore toute troublée du retour inattendu d'Henri, entra dans la chambre de Paule, elle la trouva triste, mais résolue, efse disposant à partir.

— Chère enfant, dit-elle en la prenant entre ses

bras, j'espérais que votre séjour auprès de moi aurait un dénoûment meilleur ; je cherchais le bonheur pouï vous, et ne l'ai pas trouvé, ma Paule I

— • Ne dites pas cela, madame, vous m'avez guérie, vous m'avez consolée. Comme un oiseau tombé de son nid, vous m'avez recueillie et réchauffée. Je me sens forte, courageuse : rien ne peut plus m'atteindre, je puis tout supporter.

La pauvre enfant était de bonne foi ; elle partait, mais elle était aimée, et l'amour, même sans espoir, suffisait à remplir son existence tout entière. Vingt fois elle avait été sur le point d'ouvrir son cœur à M"® de Soleyre ; la crainte d'alarmer cette excellente femme, de la placer vis-à-vis de sa mère dans une situation dont elle comprenait toute la gravité, l'en avait toujours empêchée. L'amour avait développé déjà chez cette frôle créature quelque chose del'éner- \

gie et de la fermeté de sa race : elle emporta son secret avec elle.

Paule et Tabbé étaient partis par la diligence de

Bordeaux à Nantes ; ils occupaient seuls le coupé. Il

2(^2 LA MAtSON DE PeNAKVAN.

y a dans les premiers désespoirs de la jeunesse me âpre volupté qui exalte le cœur et Feirivre. Patrie, jusqu'au moment du départ, était restée t^tme et n^avait point faibli ; mais une fois hors de la vîBe, quand elle s'était vue emportée au galop des chevaux, quand dlê avait compris bien nettement que tout était fini pour elle, que chaque tour de roue TentraSiraît loin de lui et les séparait à jamais, sentant ses tbrces défoiltir^ son courage l'abandonner, elle s'était jetée flans un coin de la voiture, et avait appuyé son muuchoir sur sa bouche pour étouffer ses cris et ses sanglots. Quant à l'abbé, il était radieux : il avait ressaisi sa proie. Jamais le bon Pyrmil n'avait été si gai, si loquace, si expansif. Assis auprès de Paule, il se confondait en adoration, lui prenait les mains, et l'eirtretenait d^une voix câline, comme si elle avait encore dix ans. — îb bien 1 disait-n , nous allons donc retrouver ndtre bonne petite vie d'autrefois, nos fleurs, nos (nseaux, nos lézards frétillant le long des vieux murs I — ^Paule^ abtmée dans sa douleur, se taisait et dévorait ses lar* mes : elle pensait au bonheur entrevu et perdu, à

Page 1