ALCIBIADE
MYRTHOÉ, élève de Socrate.
LUTECIE , Gauloise , esclave de Myrthoe',
TJn Tabellion.
Un Officier de l'Aréopage.
Un Esclave d'Alcibiade.
La Scène est à Athènes , dans la maison du Socrate.
Xaï intitulé cette pièce la Maison de SocRATE LE Sage , parce qu'il y a eu plusieurs Socrates. Socrate Achéeu , capitaine de Cyrus le jeune ; Socrate , roi de Bithynie ; Socrate y un des capitaines d'Alexandre; enfin , Socrate le scolastique , qui naquit à Constantinople , vers l'an 38o.
Je devois à mes Lecteurs ce petit trait d'érudition pour payer mon tribut académique : et de plus, j'ai en porte-feuille un Socrate le roi , en trois actes , assez divertissant. Il étoit bon de distinguer tous ces Socrates^ car le Socrate , un des capitaines cV Alexandre , quelque poète dramatique aura peut-être un jour la fantaisie de le mettre en scène , rien, selon moi, qu'à cause du contraste.
Le roi de Bithynie , les deux capitaines , et le scolâtre qui naquit à Constantinople, ne sont plus dans la mémoire des hommes ; Socrate le sage y vit encore.
Ouvrez les Œuvres de Rollin , vous trouverez dans V Histoire ancienne tous les faits dont j'ai formé une action principale : mais je ne veux pas copier ici le docte Rollin. Il se-
roit inutile ensuite de dissimuler que je me suis pcriius bon nombre d'anachronismes : je dirai pour excuse , que l'optique des siècles rassemble ces personnages anciens sous un seul et même point de vue ; que la fable en devient plus pleine , plus agréable , et comporte un plus vif intérêt.
« Dans les sujets tirés de IHistoire , dit Fontenelle , il ne faut rien changer à ce qui est extrêmement connu ; on doit respecter le gros de Févénement; mais la manière dont il s'est passé , les motifs qui font produit, les circonstances qui font accompagné , tout cela est cibandonné au poète. Rien n a si bonne grâce qu'une pièce où il à conservé tout ce qui étoit historique , en y ajoutant des choses qui lui convinssent. Il semble qu'il n'ait fait que remplir les vides de l'Histoire , et nous l'apprendre mieux que nous ne la savions. »
Gomment ne pas se complaire à mettre sur la scène un personnage tel que Socrate? Je préfère douze de ses paroles à toutes ces vieilleries homériques si chères aux cerveaux collégiens. Quelle admiration insensée ! Quel malheureux génie a jeté sur la terre ce poème monstrueux , fait pour alimenter les horreurs
de la gueiTe et toutes les héroïques extravag;ances qui en perpétuent l'appareil ! Que me dit V Iliade ? Le sang humain y ruisselle toujours. Toute la Grèce est debout pour une femme adultère.
Loin de moi chants brutaux où l'on nous parle encor De la lance d'Achile et du glaive d'Hector.
Et que me fait a moi CeUe Troje où tu cours !
J'avouerai , si l'on veut , qu'elles sont admirables les tragédies puisées dans cette Iliade tapageuse. En effet, n ont-elles pas le singulier mérite dassembler tout un peuple et de lui parler sans hu rien dire ?
On a souv^ent comparé les Français aux Athéniens; le grand prophète a dit dans fan 2440 : qu'Athènes deviendroit un jour fun des faubourgs de la capitale de France. \'oici une pièce de théâtre toute préparée, qui , comme Ton dit , sera bien à l'ordre du jour.
Dès long-temps composée , elle a eu de bizarres destinées ; elle a subi diverses métamorphoses ; elle a été reçue sur quelques
tliëâtres et point représentée. Des lecteurs habiles l'ont fait valoir dans les sociétés. L'art que je cultive et que j'idolâtre a un côté dégoûtant , c'est V article de la représentation : oh ! ne passons point , amis , derrière la toile j là, tout est désenchanté ; quant à moi : je ne veux plus goûter de mon bel art que le charme de la composition : il me suflSt ; mon cabinet est mon ciel.
S 6 C il A T E.