‹ La maison de Socrate le sageChapitre 24 sur 36 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

MYRTHOÉ, LUTÉCIE, LE TABELLION.

LuïÉciEj ouvrant une des portes de l'appartement.

C'est le Tabellion, Madame, avec toute sa cérémonieuse gravité.

Qu'il entre.

Le Tabellion, à Myrthoé , d'un ton doucereux ^ après plusieurs révérences.

Vous allez être convaincue , Madame , que je puis , sans trop d'orgueil, m'allouer le titre d'honnête homme. J'aurois pu , comme c'est l'usage chez mes très-honorés confrères , traîner votre affaire en longueur justifial)Ie j mais comme vous désiriez que je me diligen-

tasse, j'ai fait en soi'te , à force de travail, de rendre votre acte parfait au possible, et je vous l'apj^orte au nom et comme la loi l'a voulu. Tenez , voyez , lisez et prononcez. '^Pendant que Myrthoé lit l'acte, il ajoute :) Vos intérêts y sont bien vus... encore mieux soutenus, clairement stipulés... Je mets cet acte au nombre des chefs-d'oeuvres qui sont sortis de mon élude , confectionnés par moi-même. ( // sejait un moment de silence pendant que Myrthoé lit. )

M y R T H O É j après avoir lu.

Je vous avoue, Monsieur, que je n'entends rien à tous ces calculs. Pour abréger, montrez-m'en, de grâce, le résultat.

Le Tabellion, s' inclinant.

Le résultat ? soit fait ainsi qu'il est requis. C'est donc la somme de la dot que vous me demandez ? Tournez , je vous prie , le feuillet... tournez encore... bon , la voici. Daignez lire a ces mots. ( // indique tes tnots açec les doigts. )

Myrthoé.

Laquelle dite comparante en personne a donné...

Le Tabellion.

'S ous y voila.

Myrthoé, Usant.

La somme...

Le Tabellion.

Fort bien,

Myrthoé, continuant.

D'un talent attique , deux cents drachmes. ..

Le Tabellion.

A merveille.

DESOCRATE. yS

M Y R T H O É , cessant de lire.

Mais, Monsieur, la somme que j'ai mise en dépôt chez vous, j'ai voulu el je veux, par cet écrit, la donner toute entière pour dot a la personne que j'ai choisie, et sans en rien retrancher...

Le Tabellion.

Madame , c'est bien aussi comme cela que je l'entends 3 mais je supplie très-humblement Madame d'observer qu'elle n'a chez moi précisément que celte somme-là.

M y R T H O É , avec émotion.

Monsieur , Monsieur ! il y aura sûrement ici quelqu'erreur de calcul... il y a au moins distraction. Le Tabellion,

Madame, j'aurai l'honneur de vous faire observer que dans notre profession, l'erreur ne peut jamais se supposer. J'ajouterai, avec votre permission, que toutes mes opérations sont toujours bien et dûment vérifiées et jusqu'au moindre ïota, ( Elevant un peu la voix. ) Apprenez aussi. Madame , que je jouis dans tout mon quartier , et de temps immémorial , d'une réputation intacte, et que je me garantis de toute distraction.

Eh ! je conviens de tout celaj mais convenez aussi que vous êtes dépositaire d'une somme de quatre talens remis entre vos mains par mon oncle qui me les

a légués.

Le Tabellion.

Aussi suis-je trop scrupuleux pour nier jamais la somme que j'ai reçue. C'est avec toute la candeur de mon âme que je reconnois devant vous, Madame,

( montrant Lutécie , ) et devant la personne ici préseuLe , la somme de trois , je veux dire de quatre talens; mais o])sen-ez, i°. qu'avant tout, pour la pleine exécution du legs de votre respectable parent , il a fallu que vous fissiez tous les frais nécessaires ; or , vous n'aviez rien j jiar zèle pour vous , moi , je les ai faits j je les retiens donc ici, c'est la loi. M Y R T H o É.

Hé quoi ! la simple garde d'un dépôt confié par un hojunie que vous appeliez votre ami ?...

Le Tabellion, l'interrompant.

Doucement, ma très-honorée dame... observez, a", que depuis long-temps je consei-ve vos espèces exactement renfermées... Or , sachez que pour être gardes-notes ^ nous ne sommes pas pour cela gardesdeniers 5 c'est bien assez de garder les nôtres... mais les vôtres... Eh! Madame, je me ferois honnir de tous mes confrères , si je les avois gardés sans toutes les précautions requises ; et d'ailleurs , n'ai-je pas couru le risque, pour cette somme qui étoit à vous, de me faire couper la gorge dans les temps orageux?... LuTÉciEjà part.

Certes , on n'auroit pas alors coupé le cou d'un honnête homme.

Le Tabellion.

Combien de fois , lorsqu'après les fatigues d'une journée laborieuse... combien de fois n'a-t-il pas fallu parer les coups... mais ces détails seroient trop nombreux, trop fâcheux, je vous fais grâce du prix qu'il en coûteroit,si je les exposois dans une requête à nos juges , qui sont aussi équitables que je suis probe... Je

me borne donc à vous demander, 3*^. de ne prélever sur votre somme que ce que rëqiiité la plus slricle... M Y R T II o î; , vivement.

Ainsi , Monsieur , d'après vos calculii , il ne me reste plus que... Vojoiîs.., il faut en finir... Le Tabellion.

De la modération, je vous prie ; 4°. avant de vous remettre votre dépôt, la coutume autorise de certains émolumens que la forme exige 5 or, ces émolumcns prélevés, il ne me reste de net, à vous, Madame, que la somme que j'ai arithmétiquement portée dans mon acte. C'est la loi... Consultez... voyez nos jurisconsultes...

Sur quatre talens , en perdre près de trois pour les

avoir mis en dépôt... Non , je ne comprends pas , je

vous l'avoue.

Le Tabellion.

Eh! oui, Madame, certainement vous ne pouvez pas entendre les affaires comme nous , c'est une science et qui a ses profondeurs. ( Il s' éloigne , régnent et dil.) Une observation , en outre , que je viens de faire , démontre , Madame , combien vous seriez injuste de vous plaindre; car si voti-e argent étoit tombé entre les mains de quelques-uns de mes voisins ou confrères qui l'eussent fait passer aMégare, le tout pour favoriser les projets de ceux qui conspirent contre la patrie !... Vous comprenez ? or , remerciez donc les Dieux et mon antique loyauté. ( Il sort après avoir fait plusieurs références. )

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