LES ACTEURS PRÉCÉDENS, LE TABELLION
Le TabellioNj d'un ton doucereux.
Je reviens dans ces lieux, Madame, au sujet d'un écrit signé de votre nom , et où, du ton enchanteur de la plus touchante amitié , qu'une pudeur non moins céleste accompagne , vous accordez votre main au mortel heureux qui sera nanti dudit écrit. MyRTHOÉ,à Sacrale.
Oh Ciel! le billet que je vous ai remis se seroit-il
égaré, ou en auroit-on abusé avec une perfide in-
teution ?
SoCRATE, souriant.
J'ai lieu , ma chère Myrthoé, d'espérer tout le contraire. ( ^ par't-) Je vois qu'Alcibiade touche au moment de l'en faire convenir.
M Y R T H O É , cz/ Tabellion.
Mais dites-moi donc , Monsieur, par quelle étrange aventure mon billet se trouve-t-il entre yos mains ? Le Tabellion, s' inclinant.
Madame , le secret dans notre profession n'est pas moins indispensable que la probité.
L u T É C I E , vii-'ement.
D'aprèslapreuve que vous en avez donnée tantôt dans vos très-singuliers calculs , on peut douter de la nécessité du secrel que vous vous dites obligé de garder.
Le
DESOCRATE. 97
Le Tabellion, à MyvtJioê.
Madame, quand une affaire est terminée, je l'oublie totalement , d'autres me pressent j ainsi , sans m'occuper de celle dont on veut me parler , et dont il n'est plus question , je vous enjoins de me déclarer formellement et en présence de témoins , si l'écrit que voici est de vous, ou n'est pas de vous ?
Il est de ma main ; mais comme il devient inutile j
j'exige que vous me le rendiez
Le Tabellion.
Inutile ! Jamais , je vous proteste , il n'a été plus nécessaire qu'a cette heure. Le consentement qu'il renferme et l'aveu qu'il contient, valident le contrat que je viens de dresser , et que j'ai ordre d'aller déposer dans le greffe de l'Aréopage.
Xantippe, ai^ec émotion.
Un contrat!... Quel contrat!... avecqui?...(ài'ocra/e.) Monstre ! seroit-ce le tien ? Aurois-tu , infâme , réussi dans ton projet ?
SoCRATE, souriant.
Dans mon projet , à moi? eh ! mais je commence à
le croire.
Xantippe.
Misérable ! c'est donc en vain que , pour me venger du refus que ta pupille fait d'épouser Alcibiade, j'aurai dénoncé la Mégarienne qu'on cherche jjartout pour la traîner au supplice. . . . Dieux ! que vois-je , c'est elle \ Le Tabellion.
Je cours me conformer aux ordres suprêmes du Sénat.
gS L A M A I S O N