‹ La maison de Victor HugoChapitre 37 sur 92 · POINTE SECHE DE RODIN · texte numérisé non relu

POINTE SECHE DE RODIN

les plus réussies, celles qui apportent \raimcnt une idée ou gardent une marque d'art.

Les plus intéressantes, et celles qui présentent un cas très remarquable sont les lithographies de Daumier. Pendant une

grande partie de la carrière du poète, elles furent nettement satiriques. Une des premières et des plus célèbres est celle des Durgraves, représentant Victor Hugo « lorgnant les voûtes bleues » devant le Théâtre-Français et se demandant

Pourquoi les astres ont des queues Quand les Biir graves n'en ont pas.

Du moins Victor Hugo n'y est pas outrageusement caricaturé ; il y a même une réelle noblesse dans le dessin un peu comiquement exagéré. Daumier avait Fâme trop haute pour ne pas ressentir un respect instinctif pour le poète et ne pas s'arrêter aux nuances qui, au début surtout, séparaient ses opinions de celles du pair de France. Plus tard, vient la série, beaucoup plus chargée, du Congrès de la Paix. Elle est très bouftbnne et d'une franche revue comique. Le front démesuré, les gestes oratoires, tout cela n'est pas très respectueux, très généreux même, car il est plus beau de rêver la paix universelle que de railler ceux qui font ce rêve. Du moins les charges sont bonnes et nullement désavouables. Mais vient le coup d'Etat, la proscription, la longue absence, et Daumier, plus de vingt ans après, ne reprend son crayon relativement à Victor Hugo que pour lui rendre un hommage sublime : la lithographie représentant un aigle foudroyé par l'éclair de la nue, et en même temps écrasé par le livre des Châtiments.

Un autre caricaturiste, sous l'Empire, inférieur comme artiste au grand peintre Daumier, mais vraiment d'esprit français et de belle allure, André Gill, fut constamment fidèle au respect du poète. C'est de lui, cette superbe page qu'il y avait autant de courage que de noblesse à publier, et qui montrait émergeant à l'horizon de l'Océan, comme un soleil qui se lève, la tête de Victor Hugo, avec la barbe en éventail qui lui donnait depuis l'exil une physionomie si nouvelle et si différente du visage rasé gardé jusqu'alors. Cette image, qu'il était impossible de pour-

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