DESSIN A LA PLUME DE VICTOR HUGO
Collection Droiiel.
Ces dessins demeurent d'ailleurs assez exceptionnels dans l'œuvre, et avec eux se terminera ce que nous a\ions à dire d'essentiel de la première manière.
Lorsque le travail va s'élargissant, la main étant devenue plus souple et plus audacieuse, les tours de force véritables font leur entrée. Le document pur apparaît bien encore de loin en loin,
,44 LA MAISON DE VICTOR IllGO.
mais il est le plus souvent interprété, transforme. Le dessinateur lutte véritablement avec Tccrivain. Je n'en veux pour preuve que certains beaux dessins du Rhiu. et surtout je me garderai bien de chercher à en faire d'autre commentaire que de citer Victor Hugo lui-môme. Aussi bien, ce sera peut-être le meilleur exercice pour le spectateur qui voudra mieux comprendre le sens, ainsi que la valeur artistique de ces dessins. « On dirait qu'un géant, marchand de bric-à-brac, voulant tenir boutique sur le Rhin, a pris une montagne pour ctagcre, et y a disposé du haut en bas, avec son goût de géant, un tas de curiosités énormes. Cela commence dans le Rhin même. Il y a là, à fleur deau, un rocher volcanique selon les uns, un pculven celtique selon les autres, un autel romain selon les derniers, qu'on appelle VAra Bacchi. Puis, au bord du fleuve, deux ou trois vieilles coques de navires vermoulues, coupées en deux et plantées debout en terre, qui servent de cahutes à des pêcheurs : puis, derrière les cahutes, une enceinte jadis crénelée, contre-butée par quatre tours carrées les plus ébréchées, les plus mitraillées, les plus croulantes qu'il y ait. Puis, contre l'enceinte même, où les maisons se sont percées de fenêtres et de galeries, et au delà, sur le pied de la montagne, un indescriptible pêle-mêle d'édifices amusants, masures, bijoux, tourelles fantasques, façades bossues, pignons impossibles dont le double escalier porte un clocheton poussé comme une asperge sur chacun de ses degrés, lourdes poutres dessinant sur des cabanes de délicates arabesques, greniers en volutes, balcons à jour, cheminées figurant des tiares et des couronnes philosophiquement pleines de fumée, girouettes extravagantes, lesquelles ne sont plus des girouettes mais des lettres majuscules de vieux manuscrits découpées dans la tôle à Temporte-pièce, qui grincent au vent.... Dans cet admirable fouillis, une place, une place tortue, faite par des blocs de maisons tombés du ciel au hasard, qui a plus de baies,