CLASSIKICATION DES DESSINS DE VICTOR HUGO. LES CROQUIS DE VOYAGES
LES GRANDS DESSINS SUR DES THÈMES DE VOYAGE ET DE SOUVENIR. LE BURG A LA CROIX. — SAISISSANTES LÉGENDES MÊLÉES AUX DESSINS.
LES TROIS manières de victor hugo. — les marines.
LES paysages. — LES FIGURES. — LES CARICATURES ET FANTAISIES.
COMME on distingue dans les dessins de Victor Hugo des « manières » différentes, on peut aussi les rapporter à certaines idées dominantes, reprises de mainte façon, ainsi que des hantises tragiques ou éclatantes, de superbes obsessions.
N'est-ce point là encore un phénomène parallèle à celui qui se produit dans ses vers ? Certains thèmes, motifs, personnages ou idées y reviennent plus dune fois, mais toujours modifiés soit par untravail différent, soit par une émotion nouvelle. L'artiste est comme un orfèvre passionné, un puissant forgeron, qui, d'un certain nombre d'éléments coulés dans un métal très beau, très simple et très pur, les assemble, les compose, les reforge en mille arrangements toujours éblouissants de surprise.
C'est une des plus saisissantes, et sans doute une des plus belles caractéristiques de Tart moderne à proprement parler. Vous la retrouverez dans l'œuvre des artistes les plus divers, mais surtout les plus grands : le nombre relativement restreint des objets, mais leurs combinaisons innombrables. Cette étude peut être faite chez Rembrandt comme chez Watteau, chez
i58 LA MAISON DE VICTOR HUGO.
Victor Hugo comme chez Wagner. L'analogie entre ces deux derniers tempéraments pourrait se constater dans plus d'une façon de procéder, dans plus d'une prédilection pour la magnificence des images et des harmonies, dans plus d'un contraste entre les ombres et les rayons, la tendresse, la gaîté et le pathétique, le terrible! Seulement, ce que Wagner fit par système', ce qu'il produisit après mûre réflexion et grand labeur, et non peutêtre sans en avoir reçu l'influence de toute l'école romantique française, et, par suite, de Victor Hugo lui-même, sans s'en douter, Victor Hugo le créa, le pratiqua, avec un instinct grandiose, une espèce de colossale inconscience, et nullement en partant de la théorie pour arriver à l'exécution. En cela, outre le grand penseur et le grand poète qu'il est, on doit voir en lui un des plus grands innovateurs de l'expression moderne dans les arts. Son influence, même sur ceux qui ont cherché à réagir contre elle, est incalculable.
Nous allons en prendre des exemples dans ses œuvres dessinées, qui, p<uir avoir une portée moins universelle que ses œuvres d'écrivain, n'en sont pas moins précieuses, en ce sens qu'elles en sont l'écho et le reflet.
Une des premières parmi ces intenses obsessions, c'est celle de la vie des anciens édifices et des vieilles villes. Nous en avons eu déjà quelque idée tout à l'heure. Victor Hugo leur prête (ou, plus exactement, voit en eux avec sa sensibilité plus qu'humaine) les palpitations, et comme les sentiments des êtres animés, des êtres humains eux-mêmes. Il découvre et interroge en eux « l'âme effrayante des choses ». Ame pas toujours effrayante toutefois; souvent capricieuse, fine, tendre, pleine de fantaisie et d'esprit, mais en somme le plus souvent troublante pour qui
I. Cette filiation n'est nullement paradoxale: Victor Hugo dans le Rhin, Michelet dans les Légendes du Nord, Gérard de Nerval et bien d'autres ont révélé l'Allerrlagne à elle-même.
CROQUIS DF. VOYAGKS.
se met en communication avec elle. NOilà pourquoi, dans ses voyages, il note a\cc cette rapidité, cette sûreté et ce relief, un coin d'architecture, un bout de cl(jchcr, une maison branlante toute refouillée de détails, une rue, une .siliiouette de ville entière.
Les croquis et dessins de voyages sont le point de départ de toute son œuvre dessinée. Ils seront la matière première, le répertoire de motifs de tous ses autres dessins, même les plus fantastiques, les plus rêvés. Aussi sont-ils nets, précis, comme les études les plus serrées que font les peintres en vue de leurs peintures les plus libres. Tout cela est d'une parfaite logique d'art.
Victor Hugo prend le plus grand plaisir à
copier, en les interprétant àpeine, les curiosités architecturales que lui présentent ses voyages sur les bords du Rhin, en Espagne et dans les pays flamands. C'est dans ces trois contrées que se trouvent exécutés ses dessins les plus réussis de cette catégorie. Pasages, Pampelune; Zurich, Lucerne, Bacharach, Bingen, Rheinfelden, Ypres, Furnes, Arras, Tournai: voilà quelques-uns des thèmes que l'on retrouve, entre 1834 et 1889, étudiés avec un