‹ La maison de Victor HugoChapitre 55 sur 92 · JERSEY · texte numérisé non relu

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Dessin de Victor Hugo.

soin extrême. Parmi les exemples les plus curieux sont le Pont de Lucerne, la maison du Concile à Constance, dessins à la plume très minutieux, et les mines de plomh de Bacharach que nous avons déjà citées, ainsi que celles du Hhcinfels, etc. Les dessins

du voyage en Belgique sont tout aussi fidèles, maisdéjàplus libres et d'un jet de plume plus riche et plus hardi. Le dessinateur a rendu avec un art très remarquable les beffrois compliqués, leshalles aux lourds piliers, aux vastes toits en pente, érigeant leur masse, comme un animal énorme qui se couche paresseusement au milieu de la place, dans un cercle de maisons aux capricieux pignons taillés en consoles ou en escaliers.

Plus tard, Victor Hugo fera un autre voyage! Vingt ans d'exil et l'année terrible auront passé là-dessus. Le grand poète romantique sera devenu l'apôtre de la liberté et de l'humanité, et, dans la ncnivelle série de dessins de ce voyageur, la même évolution se constate, parallèle, de la façon la plus saisissante. Le style s'est singulièrement élargi chez l'artiste comme chez l'écrivain. Il dessine maintenant sans s'appliquer, et il écrit de

DtSSIN A LA PLUME.

CROOIMS DR VOVACI':

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mciiic, se laissant cmpurtcr pai" tout rintcnsc bouillonnement de sa \ision el ^le sa pensée.

I.orsi|iie riuers vint JenianJei- à Victor Hui;o d'écrire l'ode poin- le Rcinur de rjùiipcrcin\ le poète, après avoir hésité ioni;iieiiient, el après avoir reiiNové le ministre à 'l'héophile Gautier uni ne Noiilut pas accepter d'écrire un ou\raiie oflert d'abord à son

DESSIN L)h VICTOR HUGO.

Maître, exécuta cette pièce d'un si beau style à réel labeur. Il n'y mit pas moins de trois semaines. Comparez avec les Châtiments écrits tout entiers en moins d'une année. Puis, faites la même comparaison entre les dessins de Lucerne et ceux de Vianden, dans le grand-duché de Luxembourg, après que Victor Hugo fut si indignement expulsé de Belgique. I.a différence est la même dans l'exécution : autant les dessins de Lucerne et de Constance sont burinés et d'un aspect maigre quoique fort jolis, autant ceux de Vianden sont amples, vigoureux, d'une couleur admirable. 11 s'y fait des mélanges étonnants d'encre noire et d'encre

violette d'un cllct somptueux; des rehauts jaunes dans les parties frappées par la lumière exaltent encore ces harmonies.

On dirait, on en a même la certitude au simple coup d'œil et aussi après avoir lu ce qui va suivre, que \'ictor Hugo a mis dans ces dessins de vieux burgs perchés, de ponts massifs et rugueux, de quais avec les robustes et candides demeures, une émotion toute particulière, et que ces œuvres d'art sont la transcription même de ces paroles : « J'aime ce pays de Vianden. Cette petite ville est une vraie figure du progrès; c'est un raccourci de toute histoire. La nature a commencé par la doter; elle a donné au hameau naissant un climat sain, une rivière vivifiante, des coteaux pour la vigne, des montagnes pour la forêt. Puis, ce que la nature avait donné, la féodalité l'a pris. La féodalité a pris la montagne et y a mis un donjon, elle a pris la forêt et y a mis des bandits, elle a pris la rivière et l'a barrée d'une chaîne, elle a pris la terre et a mangé la moisson, elle a pris la vigne et a bu le vin. Alors la révolution de France est venue.... La Révolution française a délivré Vianden. Comment? en tuant le donjon. Tant que le château a vécu, la ville a été morte. Le jour où le donjon est mort, le peuple est né. Aujourd'hui, dans son paysage splendide que viendra un jour visiter toute l'Europe, Vianden se compose de deux choses également consolantes et magnifiques, l'une sinistre, une ruine; l'autre riante, un peuple. »

Ainsi, dans Victor Hugo, les dessins deviennent un symbole de la pensée et ont une étroite correspondance avec l'œuvre. Une aquarelle de la même époque et de la même facture nous montre les Ruines de Thionville ; c'est une œuvre d'art très haute. On se rendra compte du sentiment qui a pu inspirer l'artiste en la faisant, lorsqu'on se rappellera que Thionville avait été défendue, en 181 5, avec un acharnement merveilleux, par le général Hugo, qui n'avait pas voulu rendre la place même après la défaite de Napoléon !

CROQIMS I)i: \()Y.\GE. 167

Ces symhdlcs. qui apparaissent de la sorte dans les dessins de vdvajies, xont se déi^aficr de plus en plus à mesure que nous avançons dans ceux où le sou\enir et le rè\-c deviennent les

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