I.KS .MAKINKS
Une \;irictc d'cflcts, de nimiKcs, inexprimable, se rencontre dans les dessins i.|iii traduisent cette préoccupation du Maître. Les grands dessins isolés ou les marginalia des Travailleurs de la Mer ■>on\. tout un cycle, toute une oeuvre qui illustrerait la carrière d'un ]K'intre. Ici, c'est un vaisseau tout enveloppé des brumes les i->lus délicates et les plus subtilement rendues. Là, c'est un coup de soleil qui vient frapper la mer calme, mais assombrie partout ailleurs qu'en cette flaque lumineuse. Ailleurs, ce sont les vagues tragiques qui balaient les épaves de leur volute immense et font, de bâtiments altiers et vaillants, de nouvelles épaves pour les nouvelles vagues.
Oh ! comme tout devient terrible sur la mer!
Ces noirs chanteurs chantant sans cesse le même air,
Les flots dressent leur blanche crête ; Et la nuée accourt soufflant sur l'eau qui fuit Toute l'horreur du gouff"re et tout ce que la nuit
Contient de haine et de tempête.
Certains sont rapides et violents comme cette strophe :
La mer n'est plus qu'épouvante ; Le ciel s'eff'are; on dirait Que la nature vivante Devient songe et disparaît ; Tout prend l'aspect et la forme D'une horrible ébauche énorme Ou d'un grand rêve détruit ; Les ténèbres en décombres Emplissent de leurs blocs sombres L'antre immense de la nuit.
Dans cette nuit éclatent des lueurs mystérieuses : un des beaux dessins, non pas un des plus grands, montre un vapeur trouant de son panache incendié les opaques ténèbres. Ce sont des trouvailles de vrai peintre.
Un autre dessin, le chef-d'œuvre peut-être de la collection des paysages, est cette marine admirable, Saint-Pierre-Port. Un
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LA MAISON DE VICTOR IIlK'jO.
boulevard, vu de haut, bordé d'habitations, lont^c obliquement, au premier plan, la mer. Le jour est menaçant; plus le regard s'enfonce, plus le ciel et l'Océan deviennent noirs. A l'horizon ils se conTondent et se pénètrent avec une sorte de fureur. L'exécution de ce dessin est d'une telle force, d'une telle science, d'une telle sin-eté que, cette fois, on oublie presque 'Victor Hugo et que l'on se demanderait inslincti\X'mcnt quel est le très grand artiste qui a rendu ce spectacle, et par quels movens mystérieux il y a réussi.
L'artiste? C'est celui qui, commentant une de ses visions vraies et dramatiquement fantastiques (Jersey, i856i, écrivait ces lignes : « Au revers de ce carton, j'ai barbouillé ma propre destinée — un bateau battu de la tempête au beau milieu du monstrueux Océan, à peu près désemparé, exalté par tous les ouragans et par toutes les écumes, et n'ayant qu'un peu de fumée, qu'on appelle la gloire, que le vent arrache, — et qui est sa force. » Dans ce poème dessiné de l'Océan, de ses magies et de ses fureurs, il faut encore mettre à part une chose superbe et sinistre : Le brise-lames de Giiertiesey. Hérissement confus de poutres rongées, distortes, estropiées et rageuses, passives et résistantes, barrière presque plus terrible à voir que l'ennemi