‹ La maison de Victor HugoChapitre 64 sur 92 · TEMPETE · texte numérisé non relu

TEMPETE

Dessin à la Plume et au Lavis.

Ta longuement regardé, avant de le peindre avec cette fougue, et qu'il a étudié l'énigme de ces forces, de ces résistances, de ces brisements sans cesse recommençants. L'encre a bavé, par places le papier s'est embu, et ces sortes de violentes gaucheries de la technique ne font qu'accroître l'oppression du spectacle.

Enfin, deux dessins vraiment capitaux, représentant des phares, combinent de la façon la plus grandiose l'idée de la mer et les rêves architecturaux dont nous avons parlé.

L'un est le « simple vieux phare barbare » des Casquets, la « chandelle du sépulcre », qui consiste en un bûcher flambant sous un treillis de fer au haut d'un rocher, « une braise derrière une «rille et une chevelure de flamme dans le vent ».

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LA MAISON DE VICTOR IirOO.

L'autre, qui, par sa complication inlinie, forme un contraste surprenant avec ce phare moyen âge, est le phare du xvn" siècle, « une sorte de panache de la terre au bord de la mer.... On y prodiguait les balcons, les balustres, les tourelles, les logettes, les glo-

riettes, les girouettes.

Ce n'étaient que mascarons, statues, rinceaux, volutes, rondes bosses, figures et figurines, cartouches avec inscriptions. Pax in bello^ disait le phare d'Eddystone.... Ces bâtisses excessives donnaient de toute part prise à la bourrasque, comme ces généraux trop chamarrés qui, dans la bataille, attirent les coups. Outre les fantaisies de pierre, il y avait les fantaisies de fer, de cuivre, de bois; les serrureries faisaient relief, les charpentes faisaient saillie. Partout sur le profil du phare débordaient, scellés au mur parmi les arabesques, des engins de toute espèce, utiles et inutiles, treuils, palans, poulies, contrepoids, échelles, grues de chargement, grappins de sauvetage. Sur le faîte, autour du foyer, de délicates serrureries ouvragées portaient de gros chandeliers de fer où Ton plantait des tronçons de câble noyés de résine, mèches brûlant opiniâtrement et (ju'aucun verjt n'éteignait. Et du haut en bas, la tour était

PHOTOGRAPHIE DE VICTOR HIGO PARMI LES ROCHERS DE GlERNESEY.

Photographie par Charles Hugo.

LES MAKINKS.

compliquée d'étendards de mer, de banderoles, de bannières, de drapeaux, de pennons, de pavillons, qui montaient de hampe en hampe, d'étage en étage, amalgamant toutes les couleurs, toutes les formes, tous les blasons, tous les signaux, toutes les turbulences.

GAVOLLAGOl LE.

Dessin de Victor Hugo.

jusqu'à la cage à rayons du phare, et faisaient dans la tempête une joyeuse émeute de guenilles autour de ce flamboiement. Cette effronterie de lumière au bord du gouffre ressemblait à un défi et mettait en verve d'audace les naufragés ». Une pareille description était irréalisable par le dessin... et nous voyons une fois de plus que Victor Hugo l'a réalisée.

Nous avons ainsi étudié les principales et les plus belles catégories des dessins de 'Victor Hugo, mais la revue n'en est pas encore complète. Dans les derniers qui nous ont passé sous les yeux, les rêves et les paysages de mer, intervient un élément

LA MAISON DK VICIUR 111 (iO.

absent de la plupart des autres, la présence de Fètre humain. Saut le dessin : Non liber monet, non gladius servat, les grandes vues de villes, les ruines, les édifices, sont presque tous déserts. L'homme ne s'y atteste que par des vestiges. Les paysages eux-mêmes sont

des solitudes. Dans beaucoup de marines, le vaisseau battu par les vagues fait aussitôt penser à la lutte, c'est-à-dire à la vie. Toutefois la ligure humaine n'y apparaît pas souvent elle-même. Mais nous allons voir qu'elle n'est pas exceptionnelle dans l'œuvre dessinée de \'ictor Hugo.

Seulement, elle n'en est pas le drame.

Au contraire, presque absolument, elle en est la fantaisie, voire la gaîté. Dans le grand poète, dans le grave penseur, dans l'homme tour à tour si pathétique, si attendri, ou si véhément, apparaît par éclairs un merveilleux rieur. Le rire de Victor Hugo est varié comme son génie. Tantôt il s'amuse sans plus d'arrière-pensée qu'un enfant heureux ; tantôt il raille et cingle de haut, comme un des plus beaux satiriques qui aient jamais été. C'est pourquoi l'on ne sera pas surpris de rencontrer parmi ses dessins des fantaisies plaisantes, et jusqu'à des charges débridées.

BUSTE FEMTNIN.

Dessin à l' Encre.

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Va c'est là surtout qu'intcrx icni la J''ii;iirc. (iar les objets, les cdil'iccs, les arbres, les rocs ne sont |ias gais, et la seule source de comique Jaiis l'iuiixers est rhumanité. Ce n'est pas à dire qu'il n'y ail pas. dans ces feuillets, des dessins

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