‹ La maison de Victor HugoChapitre 69 sur 92 · I.KS li()ISi;i(|i:S SCULPTKKS. .ii · texte numérisé non relu

I.KS li()ISi;i(|i:S SCULPTKKS. .ii

qui en a clc laite par Jcs liommcs dcxpcricncc cl Je ^oiit. I/im d'entre eux, célèbre japonisant, éprouva, lorsqu'on leN lui montra, tout i-l'abord un étonnement et un plaisir très vifs. « Cela, disait-il, ne ressemble en rien à l'art de l'I-ixtrême-Orient, mali^ré certains rapi"irochements qu'on en pourra taire et certains motifs même plus ou moins chinois. Mais c'est une des choses les plus personnelles que j'aie \ucs depuis longtemps. »

Les boiseries exécutées et les meubles combinés par lui ont été pour la plupart disposés dans la pièce qui, au second étage, sépare les dessins de la chambre mortuaire reconstituée.

Nous avons déjà vu, a\ec l'encadrement du grand Burg à la Croix^ un des spécimens de l'habileté décorative de \'ictor Hugo. Ici, a\ec une diversité surprenante, nous en retrouvons des preuves multiples. Il se fait à la lois ingénieur, architecte, inventeur, artisan. C'est pour lui, semble-t-il, comme un exercice de \olonté et une épreuve de ses facultés qu'il s'impose, en même temps qu'un divertissement qu'il se procure.

C'est ici que nous touchons à l'enseignement le plus haut que nous pouvons recueillir de tous ces travaux. Nenégligeons-nouspas mainte application des aptitudes de notre esprit, et ne peuventelles pas, si nous le voulons, se manifester dans les sens les plus divers, s'appliquer aux résultats les plus inattendus en apparence, en réalité les plus logiques? Les opérations de l'esprit ne peu- ^■ent-elles pas se ramener à une unité admirable ? Victor Hugo est un grand visionnaire : nous l'avons vu appliquer ce don extraordinaire à ses dessins comme il le faisait à ses vers. Il a, pour l'arrangement des mots, pour le mécanisme des vers, pour l'agencement des phrases, le rapprochement des idées, une puissante ingéniosité qui nous éblouit : celui qui est un si grand ingénieur de termes peut bien inventer un système de plafond en bois découpé. Il déploie, dans ses écrits, une splendeur de décoration incomparable : n'est-il pas naturel qu'avec un peu d'appli-

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cation il se découvre capable de décorer réellement la matière pour le plaisir des yeux avec des lignes, des couleurs, de la dorure ? Et ne nous émerveillons pas trop de tout cela, (^est, en somme, runivcrsalité dont les grands artistes d'autrefois nous donnaient Texemple, et peut-être nous donnaient-ils en même temps et surtout une leçon de volonté. Elle se résume en cet aphorisme bien connu, dont nous ne tenons pas assez compte, et sur lequel nous terminons ces réflexions : qui peut le plus, peut le moins.

La chambre aux sculptures est plafonnée par Victor Hugo : c'est un système de découpures plates, se reliant les unes aux autres pour encadrer des nattes chinoises, et se montant et remontantavec unegrande facilité. L'etfet en est amusant. Maisune invention plus curieuse et plus complexe se retrouve dans une série de bahuts et de meubles, au premier aspect gothiques ou de la Renaissance, et, à plus minutieux examen, d'un style inconnu et d'une architecture peu aisée à dérinir, — et pour cause.

A Hauteville House, Victor Hugoavait décoré toute une galerie, dite \a galène de chêne, avec tous les fragments de vieux meubles, panneaux sculptés d'armoires, de coffres, etc. , qu'il avait pu trouver dans l'île. Elle en était assez riche. Les habitants n'y tenaient pas autrement. Souvent, dans ses prcMiienades à travers Guernesey, le poète eut l'occasion de troquer un de ces vieux bahuts contre une belle armoire toute neuve. Les braves gens qui faisaient cette aflaire y trouvaient leur compte, et Victor Hugo aussi.

Les meubles qui sont ici ne furent pas tous de cette provenance. De tout temps Mme Drouet, pour lesquels ils furent exécutés, avait eu le goût des vieux objets, des vieux bois sculptés. Lorsqu'elle trouvait un panneau intéressant comme décor et comme matière, elle l'achetait, puis devenait perplexe sur l'usage qu'on en pourrait faire.

Avec son grand air de courtoisie. \'ictor Hugo s'inclinait devant elle et la rassurait.

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