I-: CIM.'IK l>i: VICTOR HUGO
la raillerie et projeté la satire avec infiniment plus de j^randcur écrasante que N'oltaire, mais seulement au service des grandes causes désintéressées, belles et tendres ; qui a aimé et défendu soit par les actes, soit par les paroles, son pays menacé, comme Jeanne Darc, comme (îambella ; qui a excité comme \'incent de Paul les hommes à l'amour les uns des autres, les riches à avoir honte de leurs richesses tant qu'il y aura des pauvres, et les privilégiés à se courber en larmes vers les faibles ; enfin qui , dans ses instants de loisir, s'est diverti à faire travail d'artisan comme les Plantin ; et dans son œuvre s'est montré évocateur , peintre aussi prestigieux et somptueux que Durer et que Rembrandt.
Ah ! il n'y a plus de ridicule maintenant à tenter, à entasser, de tels rapprochements ! Naguère ils auraient excité les moqueries de tous les petits journaux. Mais aujourd'hui l'instinct admirable quia-sait si extraordinairement dominé la foule lors des obsèques de Victor Hugo l'a reprise à tout jamais et s'est changé en une émotion, un enthousiasme et un respect contre lesquels plus rien ne prévaudra. La preuve en a été donnée en février et mars 1902, lors des fêtes du centenaire de la naissance,
sur cette place même et aux pieds de la maison que voici faite musée.
MAQLETTE DF. LA STATLE DE VICTOR HIGO, PAR MARQUESTE.
i8 LA MAISON DF VICTOR IIIT.O.
Ce musée, cette maison, vont devenir, avec les temps, de plus en plus vénérables. Ils seront de plus en plus sacrés à la France et au monde, à mesure que les grandes idées de beauté, de liberté et de bonté dont il fut le plus grand défenseur en son siècle seront, comme elles commencent déjà de Fètrc, plus accessibles et plus lumineuses à tous les êtres humains.
Aussi peut-on dire que, si intense qu'ait été sa gloire, si admirée qu'ait été la création de son esprit, cette gloire ne fait que commencer, et cet esprit semble de nouveau se lever à rhorizon.
Elle est modeste en apparence, la porte de cette Maison de Victor Hugo qui contient tous ces souvenirs et tous ces espoirs. Mais elle est. en réalité, l'arc triomphal par lequel on pénètre dans le temple immense de ses œuvres.