I.KS PoinUAIIS 1)1 POK'I'K
ph()l(>ç;rapliics, les portmits des jinirnaux, la célèbre tèle d'André (îill, à mesure que s'acharna r()piM)sition au i,'Ouvernement impérial, a quelque chose de très caractéristique, qu'il n'est pas puéril d'analyser, car les arrani^ements du visat^e sont le commentaire, tout comme les modes, comme le style, comme l'art, de l'histoire d'im personnai;e ou dune époque. Or, il est certain que cette barbe de \'ictor Hul;o convient très bien aux jours de lutte, de c a m p e m e n t qui allaient commencer et dont les heures les plus tragiques sonnèrent en 1870. Cette barbe , analogue à celles de Garibaldi, de Blanqui, et de tant d autres adversaires
de l'Empire, définit et différencie très nettement un parti, une façon d'être, de penser, de combattre; et cela apparaît d'autant plus évident lorsqu'on met en parallèle les favoris, les « colliers », les moustaches roulées au petit fer, ou bien la triple pointe des physionomies de courtisans, de ministres ou de généraux du parti opposé. C'est ainsi que la barbe carrée de 1870-71 a plus de signification qu'un simple caprice de mode ou de commodité personnelle : c'est une date et un état d'esprit. Va cela est tellement vrai que }ilus tard, bien qu'il eût conservé toute la barbe, la
VICTOR m GO ET PALL MF.I HICK \ VEl.LES.
LA MAISON I)K NICTOR IIIOO.
physionomie du poète se modifia encore, mais en expression, et non en coupe générale. Dans les années qui précédèrent et celles qui suivirent immédiatement la chute de TlCmpire, la barbe i^risonnanle et carrée de \'ictor Hugo donnait à son visage
quelque chose d'àpre et de rudement songeur ; elle conserve quelque chose de la rudesse des bises et des embruns de rOcéan ; la bouche qu'elle dissimule a déclamé les orageuses et caustic]ues strophes des Châtiments. Mais, plus tard, ces souvenirs s'éloignant; et
CHAULES ET FRANÇOIS-VICTOR HTGO.
comme elle est devenue toute blanche, ce n'est plus que les neiges qu'illumine le grandiose et tendre visage de l'aïeul. Les mèches en sont plus souples, moins en bataille ; elles ont quelque chose de plus vénérablement fantaisiste. Le visage est maintenant celui d'un apôtre de la fraternité humaine, de la beauté sous toutes ses formes, et c'est alors qu'entre les deux physionomies de \'ictor Hugo s'affirment les plus étonnantes et les plus profondes différences.
De même que tous les portraits de la première physionomie ont pour centre et synthèse le buste de David d'Angers, ceux de la seconde physionomie sont résutnés dans celui, non moins beau, de Rodin. Le premier présente l'image d'un homme lumineux et admirable, le second évoque l'apparition d'un vieillard extraordinaire et mvstérieux.