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sens que la petite archère. L'’ouver- £ FiG. 10. — Meurtrières de la petite Grotte
ture placée dans l’axe semble seule primitive, les deux autres ayant sans doute été percées après coup pour augmenter le champ de la défense. Leurs directions sont disposées de façon à ne pas laisser subsister de point mort, procédé qui devint fréquent au XV°* siècle. Le front sud n'était pas défendu à cet étage. Dans l'angle sud-ouest, une archère, tout à fait semblable à celle de l'angle sud-est, commandait l'entrée de la porte Baudet. Elle n’était pas double, mais portait aussi dans son ébrasement une ouverture carrée; sa direction était légèrement oblique dans le sens du sud-ouest. Si nous voulons résumer le système de défense des deux étages inférieurs de la tour, nous constatons que le point le plus important, celui qui commande la porte, était défendu aux deux étages par des archères très rapprochées de l’angle extérieur. Les fronts sud et est ne sont défendus chacun qu'à un étage, l’un dans la grande Grotte, l’autre dans la petite au-dessus, chaque fois sur deux points. |
Le deuxième étage où se trouve la grande salle, ne sert plus à la défense ; il ne présente pas de meurtrières, mais des fenêtres beaucoup plus grandes qu’aux
1 Ces ouvertures, comme d’ailleurs les fenêtres de la face est, ont toutes des encadrements en molasse ; nous ignorons pourquoi.
étages inférieurs. Des deux côtés de l’angle sud-ouest, elles sont à croisées, avec encadrements chanfreinés, s'appuyant sur une tablette moulurée. Les autres fenêtres, vers l’angle sud, n’ont que la partie supérieure de la croisée, mais conservent le meneau vertical”. Le dernier étage de la tour Baudet est entièrement construit en brique. Bien que cette matière ne soit mentionnée dans aucun compte ni dans aucun passage des registres du Conseil, 1l n’est pas douteux que la tour n'ait été achevée au moment de la construction de la salle du deuxième étage.
Au-dessus et au-dessous de cet étage court une frise, dont l’assise supérieure est formée de briques posées en biais, laissant ainsi à l'extérieur une série de petits angles vides. Les assises inférieures font saillie, en silhouettant sur le mur une succession de petits zigzags fig. 11). Cette décoration, ici parfaitement bien conservée, est très fréquente dans la Suisse romande et même à Genève’; nous reviendrons plus loin sur son origine. Entre les deux frises sont percées les fenêtres, agrandies et augmentées en nombre à l’époque moderne. Sur la face ouest, on voit encore, à gauche de la fenêtre du milieu,une petite arcade murée, fermée par un arc surbaissé (pl. IT). C'est là, croyons-nous, l’unique reste des anciennes ouvertures‘; celles-ci devaient occuper l'emplacement des fenêtres actuelles, car les trumeaux et les angles n'ont pas été modifiés et ne présentent aucun vestige de fenêtres. [l y eut donc probablement quatre ouvertures sur la face sud et deux ou trois sur les autres. On remarquera que les fenêtres sont éloignées des angles et qu'elles sont groupées au milieu des faces.
Une question intéressante se pose à ce sujet; y a-t-1l toujours eu des fenêtres à l'étage supérieur, ou la tour fut-elle au début couronnée de merlons et de créneaux ? On sait en effet que la plupart des constructions en brique de la Suisse romandé furent primitivement surmontées de créneaux et de merlons en double
quart de cercle. Lorsqu'on voulutles couvrir d’un toit, on plaça d’abord dans l’angle
1 Avant 1901, la fenêtre est était bouchée ; la petite fenêtre sud avait été agrandie en 1894. Toutes les fenêtres étaient dépourvues de meneaux. Ceux-ci purent ètre rétahlis, grâce à la présence de gonds et scellements de gonds dans les anciens montants. Les chanfreins étaient encore visibles, mais leur amortissement, au-dessus de la tablette, n’est qu'une restitution probable.
? Sur les trois faces de la tour, à la hauteur de ces fenêtres, on voit des traces de cadrans solaires. Celui de l’est a été restauré ou placé en 1857. |
3 [] y avait au XV* siècle à Genève une tuilière, située aux Pâquis (R. C., vol. 10, f° 115, 18 janvier 1485).
+ La restauration faite en 1894 n’est pas la première qu’ait subi la tour. Les fenêtres avaient déjà été agrandies auparavant; on s’est contenté d’en percer une de plus au milieu de la face ouest. Avant la restauration, on voyait sur la face est la trace d’une petite fenêtre semblable à celle de la face ouest. (Renseignements de M. G. Dériaz, architecte.)
des merlons des poutres, sur lesquelles reposèrent les sablières du toit. Plus tard, on ferma le créneau par un arc qui ne suivait pas la courbe des merlons ; en dernier lieu, l’on continua la courbe du merlon dans l’arc qui fermait le créneau’. Dans ce cas, l'arc fait saillie et est appareillé différemment du reste de la construction. De toute facon, le double merlon qui occupe les deux côtés de l’angle d’une tour n’est pas plus large que les créneaux voisins. Le peu qui subsiste du couronnement de la tour Baudet ne montre aucun reste d’un arc saillant destiné à fermer des créneaux. La position des ouvertures
nous semble aussi rendre impossible l’exis-
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tence primitive d’un système de défense quelconque au haut de la tour. Les merlons
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trop considérable par rapport aux ouvertures. La date tardive’ de la construction de cet étage en brique et le fait que le toit fut prévu dès l'origine nous engagent à conclure que
le couronnement de la tour Baudet a été
muni dès le début de fenêtres et non pas FIG, 14,
Couronnement de la tour Baudet
signalé ; à l'exception de deux ou trois tou- ”
de créneaux. Le cas est rare et mérite d’être
relles d’escalier* dans des maisons privées à Genève, nous n’en connaissons pas d'autre exemple en Suisse.
Le toit de la tour Baudet a certainement dû être modifié bien des fois depuis le XV: siècle. Plusieurs détails nous font supposer qu'il ne doit sa structure actuelle qu'à des réparations, exécutées peut-être déjà dans la seconde moitié du X VIS siècle, peut-être plus tard. L'étage en brique‘ est surmonté d’une grosse
1 C’est le cas au château de Vufflens.
* Les édifices similaires de la Suisse romande et de l'Italie du nord sont tous antérieurs : Château de Vufflens, 1390-1435. Château de Lausanne, 1397-1431. Château d'Annecy, tour Saint-Pierre, 1430. Château de Turin, 1#16. Evéché de Genève, 1430-1446. Eglise Saint-Gervais à Genève, vers 1440.
? Voir Anciennes maisons de Genève, ? série, n°* 15, 16 et 67 ; Bruchet, Chdteau d'Annecy, fig. 9.
“ L'intérieur de cet étage a été complètement transformé à l’époque moderne. Pendant très longtemps, ce ne fut qu'un grenier (voir Inventaires 1666-1678 : « Grenier dessus la chambre du