TOME III
moulure en quart de rond, en molasse, sur laquelle reposent les chevrons très saillants du toit (fig. 11). Ce fait est sans exemple dans les autres constructions en brique. Généralement, trois assises de brique, faisant saillie les unes sur les autres, jouent le rôle de corniche, et le toit qui couronne l'édifice a une saillie minime. C'est bien probablement à une influence bernoise, qui s'est manifestée après la conquête du Pays de Vaud, que nous devons cette modification du couronnement et du toit de la tour. |
GRANDE GROTTE. — Intérieurement, la tour Baudet est divisée en quatre étages de hauteur très différente. Lorsqu'on pénètre au rez-de-chaussée dans la grande Grotte, on reconnaît, cette fois sans aucune hésitation, que cette construction ne peut être antérieure au XV° siècle. La salle, dont les murs n'ont pas une épaisseur supérieure à qm 90 (1" 50 du côté de l’inté-
rieur), a deux travées voütées en croisée d’ogives et séparées parun
arc doubleau. Les nervures, d’un profil simple mais lourd (fig. 12),
+ + sont caractéristiques pour le XV: siècle dans nos contrées. Ekes FiG. 12.
retombent aux quatre angles et au milieu des parois longitudinales Profil de la nervure q 8 P 8 3
des voûtes de la avec l’arc doubleau, sur des consoles moulurées, fort peu élevées
ande Grotte à - - 5 au-dessus du sol. Les clefs de voûte, de forme circulaire, font
légèrement saillie au-dessous des nervures; l’une porte un écusson genevois de date plus récente que la salle, l’autre est dépourvue de tout ornement!,
Les niches à arc surbaissé des fenêtres et des archères sont construites en bel appareil de molasse. Les unes s'ouvrent à quelques centimètres au-dessous de l’intrados de la voûte et s'arrêtent à hauteur d'homme, les autres ont de larges embrasures à niveau du sol. Le dallage ou pavement primitif de la salle est caché par un plancher moderne.
Dans la paroi nord, du côté ouest, se trouve l’unique porte donnant accès à
Conseil »), relié à la salle du Conseil par un escalier d’angle, aujourd’hui fermé. On y déposait les papiers de la Seigneurie. Plus tard, ce local (voir pièces justif. n° X) fut divisé en plusieurs salles qui ont servi jusqu’à ce Jour de bureaux. Ces salles sont couvertes de plafonds à poutrelles apparentes, aujourd’hui cachées par le plafond en plâtre. (Renseignements de M. G. Dériaz, architecte.)
1 C’est le cas au château de Vufflens. Voir aussi Anciennes maisons de Genève, ® série, n° 15, et la tour Baudet dans la gravure de Chastillon (fig. 5).
32 Des tiges de fer, placées sur deux rangs, et auxquelles sont fixées des boucles, sont suspendues à la voüte. Chaque paire de boucles supportait sans doute une traverse de bois. Au palais de l'Isle, à Annecy, des boucles semblables auraient servi à retenir des traverses supportant des rayons d'archives (Revue Savoisienne, 1904, p. 158).
la Grotte. Il ne paraît pas y en avoir jamais eu d’autres’. Celle-là a un linteau, des jambages et une embrasure entièrement en roche. Ce fait a son importance, comme nous le verrons, car toutes les autres ouvertures sont revêtues intérieurement de molasse. Cette entrée, large de deux mètres, est fermée à l’intérieur et à l'extérieur par d'épais vantaux doublés de fer*. Elle s'ouvre actuellement sur un palier, élevé de trois marches au-dessus du sol de la Grotte. De là, un petit escalier monte à la salle des Archives d'Etat et quelques marches descendent au niveau de la salle Papon. L’escalier conduisant actuellement aux Archives n'a pas existé avant la fin du XVIII< siècle, cela est certain. Il n’y eut donc, avant cette époque, qu’un moyen possible d'arriver à la porte de la Grotte inférieure, c'était de traverser la salle Papon qui avait une porte sur la rue de la Treille et qui était reliée au premier étage de la Maison de ville par l’escalier* situé dans l'angle sud-ouest (voir fig. 6); un couloir ou allée, pratiqué le long de la muraille, dans la partie sud de la même salle‘, conduisait de l'escalier à la porte de la Grotte. Il serait très naturel que le bas de l'enceinte fût resté dégagé, pour en mieux assurer la défense. Cela expliquerait également la présence de la roche dans l’encadrement de la porte de la Grotte, et les précautions prises pour bien assurer sa fermeture. C'était une porte s’ouvrant presque directement sur l'extérieur. |
Comment peut-on concilier cette manière de voir avec ce que nous savons de l'utilisation du local occupant le bas de la tour Baudet avant la Réforme et même plus tard? Selon les uns, la grande Grotte située au pied de la tour a servi de tout temps de dépôt d'archives ; selon les autres, elle abrita dès 1504° la chapelle de Saint-Michel, construite à cette époque dans la Maison de ville. Ni l’une ni l’autre de ces attributions ne sont exactes. La Grotte servit, dès sa construction, à la fois de défense — les archères et meurtrières en sont le témoignage — et de chambre d’artil-
1 L’escalier qui relie entre eux les étages supérieurs de la tour n’est jamais descendu jusqu’à la grande Grotte.
? Il existe aux archives un compte de serrurier, qui parait concerner cette porte : Mémoire de l'ouvrage que moy Sermet ‘Bronge ay faict pour la ville par le commandement de Messieurs de l'an 1561 et le sezième jour de novembre. Premièrement une grosse clefz pour le grand crote de la maïson de la ville vaillant : 1. fl. 35 s. (C. M. et Q., vol. 8, 16 novembre 1561).
3 Cet escalier, tel que nous le connaissons grâce au plan de la collection Bastard (fig. 6), fut, il est vrai, construit seulement au XVII: siècle, lors de la réfection des faces ouest et nord, mais il remplaça très probablement un escalier antérieur.
+ [l y avait, avons-nous vu, près de la porte Baudet, un four commun, qui subsista certainement jusqu'au milieu du XVI° siècle. Il se trouvait sans doute sur l'emplacement de la salle Papon, mais n’occupait pas nécessairement le même espace que celle-ci. Le passage dont nous avons parlé pouvait très bien exister entre le four et les murailles.
5 R. C., vol. 15, f°: 110 v° et 171 (19 mars et 9 septembre).
lerie. C’est là que furent déposées les premières armes à feu que possèda la Communauté, et ce n’est qu'après la Réforme qu’on songea à y établir des archives. Aucun texte ne prouve que la chapelle ait été installée au bas de la tour. On ne se représente pas bien d’ailleurs la célébration de la messe au milieu des canons et des couleuvrines, dans un local mal éclairé, où l’on ne peut distinguer aujourd'hui aucun caractère propre à un édifice religieux. Au contraire, on voit dans un inventaire de 1507! que les pièces d'artillerie occupent le bas de la tour, tandis que d’autres objets sont mentionnés dans la chapelle, local absolument distinct. Cette chapelle fut peut-être érigée dans une cour ou placée dans une chambre quelconque aménagée à cet usage; elle eut en tout cas une existence éphémère, puisque la messe fut abolie à Genève en 1535. |
La Grotte, au bas de la tour, servit donc de dépôt d'armes jusqu’après la Réforme. En 1557, le Conseil acheta la maison de Saint-Aspre* pour en faire un arsenal. Dès lors, sans doute, la Maison de ville n’eut plus sa chambre d'artillerie. Le local affecté à ce but étant devenu libre, on y placa les archives. Tant que la Grotte servit de dépôt d'artillerie, il était naturel qu’elle fût accessible seulement de l’extérieur ; mais lorsqu'elle recut les archives, elle aurait dû, semble-t-il, être mise en communication plus directe avec l’intérieur de l'édifice. Ce ne fut pourtant pas le cas. Jusqu'au moment où le cafetier Papon fut congédié (1822), on dut, pour arriver de l’intérieur de l'édifice à la Grotte, soit par l'escalier de l'angle sud-ouest aujourd'hui supprimé, soit plus tard par le petit escalier actuel, traverser un local affecté successivement à divers usagest. Cette difficulté d'accès s'explique d’ailleurs, si l’on songe combien l'on avait rarement recours aux pièces d'archives avant le
XIX° siècle.
PETITE GROTTE. — La grande Grotte, dont nous venons d’étudier les accès, est surmontée de la petite Grotte, beaucoup plus basse et non voûtée (hauteur 2" 50, épaisseur des murs 1" 10). On a prétendu qu'elles avaient dû être reliées jadis au moyen d’un escalier d'angle. Nous ne le croyons pas. Le « viret », qui conduit de la
petite Grotte aux étages supérieurs de la tour, s'arrête sur l’extrados de la voûte de la
1 Pièces justif., n° HI.
? À l’ouest de la porte Baudet (voir Galiffe, Genève hist. et archéol., t. T, p. 135 et 136).
5R.C., vol. 40, f 153 v° et vol. 44, f° 64 (18 juin 1545 et 8 avril 4549). C. M.et Q., vol. 8 (16 novembre 1:61).
# Sans doute, lors de létablissement du café, l’escalier fut isolé d’une façon ou d'une autre du reste de la grande salle du sous-sol.
“III 3 ‘+-UI 1128 ‘9 "QG A
zOG6I Na AAYNAVLSAY TIASNON9 AG 411VS VI