‹ La maison de ville de Genève (volume 2)Chapitre 2 sur 61 · PRÉFACE | IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE | IX

La Réforme, qui n'a pas favorisé le développement de l'art, ne l'a pas arrêté autant qu'on pourrait le croire. Les réfugiés de France et d'Italie apportérent à Genëéve les industries et les arts de ces pays ct la prospérité publique en fut augmentée. C'est dans les années qui suivirent l'adoption de la Réforme que furent élevés plusieurs édifices publics dont quelques-uns ont été conservés. Le bâtiment du Collège, la rampe de la Maison de ville, l'ancienne Halle au blé, aujourd'hui l’Arsenal, sont des exemples d’une architecture sinon somptueuse, du moins élégante. Aux XVIIe et XVIII siècles, de riches particuliers se firent construire des hôtels de proportions assez vastes, plus remarquables à tous égards que les édifices publics de la même époque.

Si Genève ne fut jamais un centre d'art, elle,ne resta pas cependart en dehors de l’activité artistique de la contrée. I] nous a paru intéressant de rechercher comment eten quelle mesure elle y participa. Nul monument ne pourra nous le montrer mieux que sa Maison de ville, car elle nous fait connaître l'architecture genevoise à diverses époques. Quatre siècles en effet ont laissé leur empreinte sur la maison commune genevoise. Plusieurs fois la petite cité commença — et même dans de grandes proportions — l'édifice qui devait être le symbole de son indépendance, toujours elle dut renvoyer à des temps meilleurs l'achèvement de l'œuvre entreprise. Les différentes étapes de la construction correspondent aux diverses phases de l'histoire du peuple qui contribua à l'élever. La Maison de ville est l'expression visible du développement de ses institutions. Les premières constructions, soit l'aile où se trouve la salle des Pas Perdus et la tour Baudet, datent du XVE siècle. C'est au XVI: siècle que fut élevée la grande rampe pavée. Les façades principales, commencées au XVII: siécle, ne furent achevées qu'au siécle suivant, avec le dernier corps du bâtiment, au sud.

L'édifice où siègent, depuis près de cinq siècles, les conseils de Genève a déjà été l'objet de plusieurs monographies. En 1859, le chancelier Viridet présentait à la Société d'histoire de la Suisse romande des Notes sur l'Hôtel de ville de Genève. Quelques années plus tard, paraissait la Description historique et monumentale de C. Fontaine-Borgel, suivie peu après de la Nouvelle description, plus étendue que la première. Ces travaux manquent en général de critique et enregistrent souvent, à côté de faits exacts, des allégations absolument erronées. Ils ont, en outre, le grave défaut de noffrir aucune illustration, expliquant et complétant le texte. Ces diverses raisons nous ont engagé à traiter encore une fois le sujet abordé par nos devanciers, en exami-

nant de plus près l'édifice lui-même et en étudiant à nouveau les documents d'archives qui font mieux connaître son histoire. À vrai dire, nos recherches n'ont pas toujours été couronnces de succès. Bien des points sont restés obscurs, bien des problèmes concernant l'histoire de l'art à Genève n'ont pu être résolus. Faute de points de comparaison assez nombreux, nous n'avons fait qu'effleurer la question des influences qui s'eéxercèrent sur l'architecture genevoise au XVIe et au XVII: siècle. Plus d'un artiste ou artisan ayant travaillé à l'édifice demeure encore inconnu. [l nous à été en effet impossible de consulter toutes les pièces d'archives qui nous auraient renseigné sur l'histoire de la Maison de ville de Genève, de son origine à son achèvement, soit pendant près de trois siècles. Ces documents étant dispersés dans des collections très diverses, il faudrait, pour les parcourir tous, faire un sacrifice de temps qui ne serait pas en rapport avec le but à atteindre. Nous nous sommes donc borné à dépouiller les recueils principaux et plus d'un détail intéressant a pu de cette façon nous échapper.

Par le fait que notre étude avait pour objet un bâtiment entièrement habité et partiellement transformé, toute exploration archéologique était à peu prés impossible. Nous n'avons mème pas eu la chance d’être témoin des travaux de restauration exécutés à plusieurs reprises. Notre canton ne possédant aucune organisation officielle ou privée, chargée de recueillir les observations faites dans des circonstances semblables, nous avons dû avoir recours à la mémoire trés obligeante de ceux qui y avaient participé.

Le plan de cet ouvrage était indiqué par l’histoire même de Genève. Avant la Réforme, la Maison de ville est le siège d’un pouvoir communal limité, plus ou moins dépendant du seigneur de la cité, c'est-à-dire de l’évêque. Après la Réforme, elle est devenue le siège des autorités d'une République souveraine, entièrement indépendante. Il faut donc distinguer deux périodes dans l’histoire du principal édifice genevois. La première, la plus courte, s'étend des premicres années du XVE siècle jusqu’à 1535. La seconde, qui commence à la Réforme, se poursuit en réalité jusqu'à nos jours. Nous avons arrêté cette étude à la Révolution parce que, à partir de cette époque, la Maison de ville ne s'agrandit plus; elle se transforme, et pas toujours à son avantage. Son histoire se confond désormais avec celle du fonctionnarisme, dont le développement continuel nécessite chaque année de nouveaux changements dans la distribution intérieure de l’édifice. |

Pour donner plus de clarté et d'unité à ce travail, nous n'avons pas séparé, comme on le fait souvent, la partie historique de la partie descriptive.

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