‹ La maison de ville de Genève (volume 2)Chapitre 31 sur 61 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

Considérée du point de vue de l’histoire de l'art local, cet édifice est le premier exemple de l'emploi des formes Renaissance à Genève. Cela n’a, ilest vrai, qu'une importance archéologique; mais on ne saurait trop insister sur le réel mérite artistique de l’un de nos rares monuments du XVI° siècle. Tous ceux qui gravissent chaque jour sa rampe pavée ne peuvent manquer d'être frappés des aperçus pittoresques qu'offrent ces entrecroisements de piliers, d’arcs et de voûtes, et d’être charmés par les aspects variés que présente cette construction simple, mais hardie.. Il est intéressant, croyons-nous, de constater que, vingt ans environ après l'adoption de la Réforme, la République de Genève fit construire un édifice, qui ne peut sans doute être comparé aux superbes palais élevés à cette époque dans d'autres villes, mais qui, par ses vastes proportions, par le soin avec lequel il a été conçu et exécuté, témoigne, chez les magistrats qui en ont décidé la construction, de certaines préoccupations artistiques. Au XVI° siècle, la Maison de ville de Genève avait certes besoin d'un escalier, mais celui-ci aurait pu être moins spacieux, moins élevé, être construit d’une façon beaucoup plus simple. Si les Conseils de Genève ont voulu faire plus que ce qui était strictement nécessaire, c'est qu'ils désiraient affirmer l'importance de l'édifice gouvernemental en lui donnant, dans la mesure de leurs

moyens, une forme d'art.

Premiers projets présentés au XVIe siècle. Le travail n’est commencé qu’au XVITe siècle et achevé après une longue interruption, dans les premières années du XVIIIe siècle. — Description des façades nord et ouest; les portails d'entrée, huisserie de la porte principale; fenêtres et toiture. — Le portique, ses colonnes, ses voûtes et leurs clefs; date et auteurs des médaillons. — Faule Petitot est l'architecte des façades de la Maison de ville et probablement aussi de la maison Turrettini. — Style de ces édifices; influences italiennes et locales.

La construction de la rampe est à peine achevée qu’on songe à rebâtir les façades de la Maison de ville. Ce travail semble d’ailleurs urgent. Déjà en 1579, le logis où se tient le saultier s'en va en ruyne'; on l'appuie et advise au desseing de le reparer”. Ces mesures provisoires ne suffisant point, on fait les préparatifs ” nécessaires pour reconstruire tout l'édifice : on achète des pierres, on baille en tasche leur taille”, maître Nicolas Bogueret présente au Conseil un modelle à quatre tours, lequel est érouvé bien propre‘. Il semble que tout soit prêt pour commencer le travail ; les pierres déjà taillées sont serrées céans pres la grand crotte et à St-Avre”. Mais des travaux plus pressés se présentent ; il n’y a pas de pierres pour faire le front de la plateforme de Rive, on prend celles qu’on avait apresté pour la maison de la

1 R. C., vol. 74, fe 114 vo (25 juin).

3 Jhid., vol. 76, f° 110 ve (16 juin 1581).

3 Jbid., f° 192 (29 novembre 1581). |

# Ibid., vol. 71, f° 23 vo (9 février 1582); voir aussi Parcelles du trésorier général, soit compte des ouvriers de la Seigneurie. vol. 1 bis (1 janvier 1582) : 4 Jean ‘Bogueret pour 4 journées à lailler

le modele de la maison de ville — 3f.8 5.

SR. C., vol. 77, fo 55 (23 mars 1582).

r'ille*. Cependant la maison de ceans se démolit peu à peu*. La muraille regardant vers l’Arsenal fau couchant) doit être déchargée de son avant-toit". La pluye a percé jusques dans la chambre où sont les titres et papiers de la Seigneurie‘. Une visite des lieux montre gue le toict est appuyé foiblement et la muraille crevassée et faisant rentre de sorle qu'il est du tout necessaire de refaire ce cartier de la maison de ville. On commande un modèle au sculpteur" et l’on décide de commencer cest edifice par le costé d'occident”. Mais, de nouveau, la défense de la ville parait plus importante que son embellissemnent, et l’on trouve bon d'employer à la forteresse les deniers gu'on eust employé au basliment de cesle maison de rille, lequel on sursoye pour le present®. Le « conterolleur » se borne à le faire estançconner du côté du couchant ?. Cependant l’on ne cesse de proposer dans les Conseils de rebastir ceste maison de rille. Des discussions sans fin naissent au sujet de la forme à lui donner. On conclut finalement de suivre l'ancien modèle en carton dressé autrefois (celui de Bogueret ou celui de 16147) et de faire premièrement la façade vis-à-vis de l'arsenal, en commencant au coin r'ers la fontaine, pour tirer la muraille vers la porte Bodet'°. On prévoit, à l'angle, une tour où parillon qui sera toute de pierre de taille, sauf le fondement qui sera de roche. La muraille sera de même estoffe que celle de l'arsenal, assaroir les fondemens de roche, les fenestrages et les cordons de pierre de taille et le surplus de cailloux el massonnerie ". Plus tard, vu qu'il ne coûte pas beaucoup de donner ce contentement au peuple, le Conseil arrête de faireles façades de pierre de taille, sans cailloux "?.

En juillet 1617 %, on commence à démolir les murailles de la Chambre des comptes, vers la porte Baudet, et peu après les fondations du nouveau bâtiment

s'établissent. Déjà des plaintes s'élèvent; il y a, paraît-il, de la faule: on ne suyt pas

IR. C., vol, 77, fe 151 ve (27 Juillet 1582).

2 Ibid., Vol. TS, 9 # (15 Janvier 1983).

8 Jbid., {9 29 (19 février 1583).

4 Ibid, vol, 109, fe 224 vo (15 août 1612).

5 Jbid., Vol. T2, f° 67 et ve (9 mars 161#).

6 Jbid., {GT v° (9 mars 161%, apres diner).

5 bid., fs S9 ve et 00 (4 avril 161#).

8 Jbid., fo % (AT avril 161#).

’ KR. C. C., vol. 3, fe #17 (12 juillet 1615).

10 R, C., vol. 116, fe S5 et 86 (8 et 11 avril 1617).

M Jbid., fes OS vo et 9 (2 mai 1617). Cotte décision ne fut pas exécutée, car on ne voit aujourd'hui aucune trace de cette construction. : 2 Jbid., fe 211 (12 septenrbre 1617).

8 Jbid., f 166 (1 juillet).

Fi, AE,

Page 1