DES
SU PPORTS
M. D. G., série in-4°, t. III.
le dernier modelle ‘. Des experts et des maçons, consultés par le Conseil, déclarent unanimément que le commencement est bien proportionné*. Le travail peut donc se poursuivre. Îl serait fastidieux de narrer par le menu toutes les discussions qui surgirent en Conseil pendant la construction, et de raconter en détail les disputes qui éclataient sans cesse entre les différents conducteurs des travaux. Quoiqu'’elles remplissent bien des pages des registres du Conseil, elles sont sans intérêt pour l’histoire de l'édifice Le 21 août 1618, le « conterolleur » baille ex tasche le second cours restant de ceste maison’. À la fin de l'année, on posait les fenêtres du troisième étage ‘. En 1610, le bâtiment est couvert de tuiles f et le toit pourvu de chéneaux en cuivre$. Durant cette année”, on poursuit l'aménagement intérieur de l'aile nouvelle qui ne fut utilisée qu'en 1620 *.
Avant même que la facade du couchant füt achevée, on parlait de démolir le devant de la Maison de ville”. En janvier 1619, les fondements du portique de l'entrée sont jetés. Les piliers doivent être en roche, de forme ronde ", et la voûte de même forme que celle de l'escalier, mais avec enrichissement en plâtre, au lieu de pierre de taille‘. Les tâches des trois galeries superposées sont données au commencement de 1620". L'année suivante, le bätiment n’est pas achevé. Il est remontré au Conseil que c'est une chose difforme et qui tourne au deshonneur de la ville de voir ceste ruine et ces masures. Attendu qu'on arreste de batir le derant ainsi qu'il est commencé *. Cette décision ne fut pas exécutée, pas même lorsque. en 1632 ";, une commission eut été nommée pour frourer des expediens de faire acherer le
bastimen de la maison de rille. L'édifice resta inachevé jusqu’à la fin du siècle. Jusq
IR. C., vol. 116, fo 2238 ve (3 octobre 1617).
? Ibid., fe 229 et ve (5 octobre 1617).
3 Jbid., vol. 117, f" 198 (21 août 1618).
+ Jbid., for 280 ve et 281 (28 décembre 1618).
3 JIbid., vol. 118, fe 135 vo (20 juillet 1619).
6 Jhbid., f° 190 ve (9 octobre 1619).
7 Ibid., fes 129 et 190 (7 juillet et 8 octobre 1619). 8 Jbid., vol. 119, fo 122 ve (24 juin 1620).
8 [bid., vol. 117, fe 275 vo (16 décembre 161$).
10 R. C. C., vol. 3, f» 506 (13 janvier 1619).
IR. C., vol. 118, fe 1# ve (15 janvier 1619).
12 Jbid.. f» 196 vo (21 octobre 1619).
18 KR. C.C., vol. 3, fe 52%; vol. #, fe 2 et # (II janvier, 7 février et 7 mars 1620). 4 R.C., vol. 120, fe 237 vo (1# septembre 1621). 18 Jhid., vol. 131, fo 20 (3 février 1632).
Ce n'est qu'après 1700 qu'il fut terminé’. Lors de la construction de la nouvelle salle du Deux Cents (salle du Grand Conseil), on prend des mesures pour que ce nouveau travail n'empêche point le parachèvement de la maison de ville, qui n'est faite qu'en partie”. La seconde moitié de la façade sur la rue de l'Hôtel de ville, l'escalier, le corps de bâtiment contigu et l’aile sud de la Maison de ville furent construits pendant les années 1701 et 1702 ; la dernière pierre de l'édifice communal fut posée plus d'un siècle après que les premiers projets de la construction eurent été présentés.
On ne peut savoir si, dès le début, l’idée d’un bâtiment de plan carré, avec cour intérieure, fut mise en avant. Cela semble probable puisque, en 1582, le projet de Bogueret prévoyait déjà un édifice flanqué de quatres tourelles d'angle’. Quoiqu'il en soit, ce n'est pas avant la fin du XVI ou le commencement du XVII: siècle qu'on peut parler du type spécial de la Maison de ville de Genève. Auparavant, le gouvernement n'avait fait qu'adapter tant bien que mal à son usage de simples maisons particulières, ou qu'adjoindre à l'édifice primitif une tour ou d’autres constructions, sans suivre un plan d'ensemble. Maintenant le Conseil a un certain type de bâtiment en vue et cherche à réaliser son idée, tout en conservant les principales parties existantes. Ce type est celui d’un édifice carré avec cour centrale et portique à deux nefs, fermé sur l’extérieur, le long de la façade principale, au nord. Au noyau primitif, voisin de la porte Baudet, vient s'ajouter l'aile ouest, puis l'aile nord; le plan ne fut complété qu’au XVIII: siècle, lorsque les ailes est et sud vinrent fermer définitivement le quadrilatère.
Bien que la construction des façades nord et ouest de la Maison de ville ait duré près d’un siècle, leur style est uniforme, trop uniforme peut-être. La même ordonnance, adoptée au début pour l'aile voisine de la porte de la Treille, a été simplement reproduite tout le tour de l'édifice. Seuls les portails interrompent cette architecture un peu monotone. Des corniches, toutes également profilées, correspondent aux niveaux des étages et affirment nettement la division horizontale de la
facade ; les fenêtres à meneaux sont partout identiques. L'architecte ne s’est même
1! Au point de vue strictement chronologique, l’achèvement de cette aile de la Maison de ville devrait être traité au chapitre suivant, en même temps que la construction de la salle du Deux Cents. L'architecture des façades extérieures étant absolument uniforme, il est plus logique d’étudier celles-ci dans leur ensemble.
? R. C., vol. 200, fo 228 et 229 (5 août 1700). La construction de la partie orientale de la façade nord réunit à la Maison de ville la maison des secrétaires restée jusqu'ici indépendante et la maison de « D’ Turretin », achetée par la Seigneurie en 1700 (voir ci-dessous fig. 18).
3 KR. C., vol. 77, fe 23 vo (9 février 1582).
pas préoccupé de les grouper de façon à produire un effet architectural quelconque. Sur la face nord, la travée qui surmonte le portail principal montre, il est vrai, une certaine recherche de symétrie, mais les autres fenêtres, à l’est du portail, se suivent trop rapprochées, et à des distances variées les unes des autres. Sur la face ouest les fenêtres sont plus espacées, mais l'ordonnance générale ne trahit pas un grand souci de la composition. Nous ne pouvons guère, il est vrai, nous représenter aujourd’hui l'effet qu'a voulu produire l'architecte du XVII: siècle. L'étage supérieur en attique, surmonté d’un comble très aigu (comme le prouvent d'anciennes gravures et une coupe faite en 1826 avant la surélévation de la facade), a été remplacé par une série de banales fenêtres modernes, couronnées d’un toit fort peu incliné qui n’a plus aucun caractère. On ne peut donc plus juger de la valeur réelle de l’œuvre primitive, mais ses défauts n’en restent pas moins évidents. L'absence de toute ornementation, le trop grand développement des façades, donnent une impression de sécheresse et de monotonie.
La façade sur la rue de l'Hôtel de ville a trois étages nettement séparés par des corniches (pl. XXV-XXVI). Au rez-de-chaussée, le mur qui s'étend entre les deux portails n'est percé d'aucune ouverture. À gauche du portail principal (ouest), une inscription gravée sur marbre fut placée le 31 décembre 1892, pour rappeler les noms des citoyens qui formèrent le gouvernement provisoire le 31 décembre 1813!.
Elle est ainsi conçue :
‘ Auparavant, et jusqu’en 181#, une plaque de bronze également ornée d'une inscription, occupait cet emplacement. Elle avait été posée en 1558 (R. C., vol. 54, f° 28%, 13 septembre — Pièces justif., n° VIT) en mémoire de la délivrance de l’an 1535, sur la façade de l’ancienne Maison de ville, audessus du collier soit carcan (transporté en 1562 sous la Halle) ; après la reconstruction des façades au XVII: siècle, ce tableau fut replacé au mesme lieu où il estoit auparavant, pres du portail de la maison de ville (R. C., vol. 118, fo: 66 et 75 vo, 23 mars et 9 avril 1619). N'étant plus de mise depuis que la République de Genève est devenue un canton de religion mixte en 1815, il fut déposé un temps à la Bibliothèque publique, puis, vers 1853, transporté à la cathédrale de Saint-Pierre ; on peut le voir encore aujourd'hui contre le mur du bas-côté nord. Il est figuré à sa place primitive sur les anciennes vues de la Maison de ville et particulièrement sur celles d’'Escuyer (voir en tête de la préface). Le texte de l'inscription est reproduit aux pièces justif., n° IV.
Le 19 octobre 1584 (R. C., vol. 79, f° 137), on avait placé sur la façade de la Maison de ville un tableau en bois portant une inscription composée par Théodore de Bèze « en souvenance des alliances avec Zurich et Berne », jurées la veille. Cette inscription, surmontée des armairies des trois villes fut probablement peinte par Jean Magnin Cartier (R. C., vol. 79, fes 137 ve, 139 voet 179 ve, 12 et 16 octobre et 18 décembre 1584). Ce monument, dépourvu de valeur artistique, fut transporté au X VIT" siècle à la salle des Pas Perdus (voir inventaire aux pièces justif., n° X); il est actuellement conservé au Musée archéologique. Le texte de l'inscription a été publié par Fontaine-Borgel, dans la Description de l'Hôtel de ville, 2° édition, p. 33.
Nous ignorons ce qu'est le tableau peint par P. Fresal, œuvre ‘assez remarquable pour que son auteur fut reçu B. G. gratuitement, le 31 décembre 1635 (Rigaud, op. cit., p. 82, note 1). D'après les