LAC DE GENEVE
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FicG. 1. — Plan de Genève au moyen âge
a. Maison de ville. — b. Château des Comtes. — c. Tour de Buel.
portes, à l’est et à l’ouest. L'existence d’une porte dans le flanc méridional de la ville n'aurait eu de raison d’être que s'il y avait eu au centre de la cité un édifice important, chäâteau ou palais, auquel il aurait fallu avoir un accès direct. Or nous ne savons rien d’un fait semblable. Les deux points les mieux fortifiés de la ville étaient le Bourg-de-Four et la Tour de Buel, où, d’après Bonivard, il y eut de tout temps des maisons fortes pour défendre les entrées de la ville. C’est au XVITT: siècle seulement que des historiens, persuadés que la cité du moyen âge occupait l'emplacement même de la ville romaine, ont voulu retrouver les deux voies d’un
castrum, d’une part dans la rue de l'Hôtel de ville et la Grand’rue, de l’autre dans les
1’ Sur les enceintes de Genève dans leur ensemble, voir Galiffe, Genève hist. et archéol., et les auteurs cités ci-dessous.
rues de la Treille et du Puits Saint-Pierre, et ses quatre portes dans les portes de la Cité, du Bourg-de-Four, du Perron et de la Treille.
Si la position de la ville romaine n'était pas exactement la même que celle de la cité du moyen âge, l'hypothèse des savants du XVIII siècle perd toute sa valeur. Ceux-ci n'ont pas, il est vrai, appuyé leur supposition sur ces seules considérations générales. Ils l'avaient aussi fondée sur les affirmations cependant très peu catégoriques de certains chroniqueurs. Bonivard’' ne mentionne pas de porte du côté de Plainpalais, il ne parle pas davantage des tours. Au XVIT: siècle, Savyon’ après avoir nommé les principales portes de la ville, ajoute : y ayant aparence que la porte de la maison de ville estoit lors pour descendre du costé du Plain Palaix. Après lui, Spon, La Corbière, Senebier, le général Dufour, Pictet de Sergy, le colonel Massé et enfin Galiffe ont répété de confiance que cette porte devait ou paraissait avoir existé ?. Personne n'a donc jamais prouvé qu’il y eut dans l'enceinte burgonde une porte et une tour du côté sud. Nous avons indiqué les raisons fournies par l’examen des lieux qui rendent leur existence peu probable à cette époque.
Passons maintenant à l'enceinte du XIV® siècle dite de Marcosséy, qui, du côté sud, conserva le même tracé que la précédente. Il est évident que les auteurs cités plus haut, persuadés de l’existence de la porte de la Treille dès le haut moyen âge, n’ont pas eu besoin de démontrer sa présence au XIV° siècle. Pour eux, le problème était déjà résolu. La question de l'origine de la tour leur semblant moins claire, ils l'ont étudiée de plus près. Senebier“, qui avait connaissance, semble-t-il, d'une transaction passée entre le comte de Savoie, le clergé et la Communauté de Genève et mentionnant la construction de vingt-deux tours en 1376°, cherche à les retrouver, soit sur place, soit sur de vieilles estampes et sur un tableau appartenant à M. Tronchin. La plus ancienne gravure connue, dont l'unique exemplaire se trouve à la Bibliothèque publique de Genève, n’est pas datée, mais elle n’est en tout cas pas antérieure aux dernières années du XVI® siècle $. Senebier se sert donc d’un
1 Chroniques de Genève, édit. Dunant, Genève, 1831, in-&e.
* Annales de la cité de Genève, édit. Fick, Genève 1858, in-8”, p. 8.
* Ces différents auteurs s'appuyent en outre sur un traité manuscrit de Jean Goulart copié par Godefroy en 1626 et intitulé : Antiquitates Genevenses. Bien que Blavignac le cite encore (M. D. G., t. Y, p. 88, note 2, et Etudes sur Genève depuis l'antiquité jusqu’à nos jours, Genève, 1872-1874, in-8, t. II, p.91) et dise qu’il est annexé à plusieurs copies des chroniques de Roset, nous n'avons pu le retrouver.
4 Essai sur Genève, [Genève] s. d., in #, autographié, p. 6.
M. D.G.,t. XVIII, p. 334. |
° Cette gravure est signée : Claud. Chastillon delineavit C. I. Visscher excudebat ; le texte qui l’accom-
pagne porte la mention: En Amsterdam, chez Claes Jansz Visscher, en la Calver-strate, à l'enseigne en Pesscheur. Elle mesure 0" 59 X 2* 03 et est accompagnée d'un texte en troislangues. La fig. 5 en reproduit un fragment.
document de deux siècles au moins postérieur à la construction de l'enceinte qu’il décrit, pour prouver — c’est le seul point qui nous intéresse ici — l'existence de la tour Baudet au XIV° siècle. Cette démonstration est à nos yeux d'autant plus insuffisante que des documents assez précis la contredisent, et que les sources principales de l'archéologie genevoise au moyen âge, les registres du Conseil et les comptes de la Communauté, ne font, avant le milieu du XVE® siècle, aucune mention de la porte ni de la tour Baudet, n1 d'aucun édifice portant un autre nom, qui aurait pu occuper leur emplacement. En revanche, un compte assez complet des travaux exécutés aux murailles de la ville en 1377 ° nous a été conservé. Les «täches» de maçons sont divisées en sections et distribuées à différentes personnes. Entre la porte du Puits (Saint-Léger) et celle du Marché (Tertasse), il y a cinq sections, limitées généralement par des tours ou portes importantes. Aucune mention n'y est faite de la tour ni de la porte Baudet. Les sections les plus voisines de leur emplacement s'arrêtent d’un côté au jardin de Saint-Aspre* et de l’autre à une tour Copponex {tornaleta Coppunay), située, d'après le toisage des murs, devant la maison Turrettini* actuelle. Il serait pour le moins étrange qu'une tour et une porte importantes n’eussent pas été choisies, si elles avaient existé alors, comme point final ou initial de l’une des tâches, ainsi qu'on le fit pour toutes les autres tours et portes de l’enceinte.
L'existence de la tour et de la porte Baudet en 1377 paraît donc bien problématique *. Elle le paraît bien plus encore quand on sait que la tour Baudet est mentionnée pour la première fois en 1455 dans un document, à propos des paiements faits aux ouvriers qui ont creusé ses fondations. Elle est appelée alors edifficium novum quod construjtur ante portam Baudet* ou furris noviter edifficata vocaia turris
Baudet”. De même, en 1457, les registres du Conseil nous font connaître pour la
* Les expressions de porte de Palais (porta Palacii), porte du Marché (porta de Marchez), et mème porta nova que respicit versus Arvam, s'appliquent à une seule et-méme porte, celle dite de la Tertasse. Voir Galiffe, Genëève hist. et archéol., t. 1, p. #7, note.
3 M. D. G.,t. XVIII, p. 350,
3 Aujourd’hui, n° 16 de la rue des Granges.
* Rue de l'Hôtel de ville, n° 8.
5 Pourquoi d’ailleurs aurait-on construit une tour de fortification aussi importante à un endroit où il n'y avait dans la muraille aucun saillant et où la configuration même du terrain formait déjà une défense naturelle ?
6 C.M.et Q., vol. 1 (3 juin).
7 Ibid. (10 juin).
première fois la porte Baudet, appelée nova porta Baudet'. Tout porte donc à croire que c'est à cette époque seulement que la porte Baudet fut créée.
Ce que nous avons dit plus haut de l'installation de la maison communale entre 1440 et 1450 dans une maison particulière explique parfaitement cette création. Lorsqu'un édifice important occupa le milieu du front sud de la ville, on voulut y
avoir accès d’une facon plus directe de l'extérieur. La porte fut percée et dut être
défendue. On construisit alors la tour”, qui permit en même temps à la première Maison de ville de s'étendre et de s'installer plus commodément*. C’est donc bien, comme nous l'avons dit en commencant, l'emplacement des assises criminelles qui a seul déterminé la position de la première Maison de ville, et non pas la
tour Baudet qui à été le point de départ du premier édifice communal. Cette tour
est une sorte de beffroi ajouté au bâtiment primitif et servant aussi à la défense de la porte voisine. Avant d'examiner cette construction dans ses détails, il faut
donc étudier rapidement la première Maison de ville qui l’a précédée.
UR.C.,t. 1, publ. par Rivoire, p. 179 et 201 (5 avril et 19 juin).
2 On pourrait nous objecter que les vues du XVIIe siècle indiquent deux tours à côté de la porte Baudet et que les textes cités pourraient donc s'appliquer à la tour occidentale. Nous ferons remarquer à ce sujet qu’en 1457 ({bid., p. 179 et 182, 5 et 12 avril), la tour Baudet est qualifiée de furris consilii civitatis, dénomination qui, à notre avis, ne peut s'appliquer qu’à une tour contiguë à la Maison de ville et non à une tour voisine d’un édifice particulier. Ce n’est en effet qu'en 1557 que la maison Saint- Aspre, à l’ouest de la porte Baudet, fut achetée par la Communauté pour y mettre un arsenal. C'est peut-être seulement à cette époque que la tour occidentale fut construite pour le défendre. Ce n'est en tout cas pas la vue de Genève citée plus haut (p. 10, note 6) qui pourrait nous renseigner exactement sur la plus ou moins grande antiquité de cette tour.
3 L'examen de Pédifice lui-même ne pourra que confirmer les données fournies par les documents (voir chap. IT).
+ On cite pendant la construction de la tour Baudet une tour située derrière une maison achetée par la Communauté; on y placa en 1#55 deux petites banderolles (banderotæ) (C. M. et Q., vol. 1 16 juin et 18 novembre). Ces textes montrent avec evidence que la tour Baudet ne remplaça pas cette tour, qui devait avoir une importance minime. On ne sait d’ailleurs si elle était située derrière la maison commune proprement dite ou derrière une maison quelconque achetée par la Communauté.
Sa situation et sa superficie par rapport à l'Hôtel de ville actuel. — Enumération des principaux locaux. — Suppositions sur l'emplacement des portes. — La salle des Pas Perdus est la première salle du Conseil, agrandie en 1473-1474. — Description de cette salle; son plafond et sa décoration. — Les autres salles et l'apparence extérieure de la première Maison de ville.
Quelles étaient avant 1450 l'étendue et la position de l'édifice communal par rapport à l'Hôtel de ville actuel? Nous pouvons nous faire une idée assez exacte du quartier de la Maison de ville à l'aide du recensement des immeubles de Genève fait en 1475. Ce document suit l'ordre des rues, qui sont désignées le plus souvent par leur point initial et leur point final, mais dont la direction peut varier au cours du trajet. La rue qui nous occupe est dite tendant de la porte Baudet (près de la Maison de ville) à la porte Recluse (porte Saint-Léger). Chaque maison étant orientée par rapport à celle qui la précède, on peut se rendre compte de tous les changements de direction de la rue. La première maison mentionnée, celle qui est le plus près de la porte, en est cependant séparée par la Maison de ville, contre laquelle elle s'appuie au midi; puis vient une deuxième maison au nord de la précédente, limitée elle-même au nord par un troisième immeuble. Celui-ci, son
orientation nous le prouve, est situé à l'angle de la rue; il est borné à l’ouest par
1M. D. G.,t. VIII, p. 289 ss. Ce document est, il est vrai, postérieur à la construction de la tour Baudet et à l'ouverture de la porte. Il permet cependant de déterminer avec une grande certitude la situation de la première Maison de ville, qui ne fut jamais déplacée, mais seulement agrandie.
la voie publique et à l’est par la Maison de ville. La maison qui suit est limitée à l’ouest par la Maison de ville, qui la sépare de la précédente (fig. 2). En
Promenade de la d'autres termes, la rue tendant de la porte ee Treille
va Baudet à la porte Recluse subissait comme our Baudel:
aujourd’hui un changement de direction dans
sa partie occidentale. En 1475, la rue de la Treille existait de fait, sinon de nom. La Maison de ville en était séparée dans sa plus grande longueur par trois maisons particulières (1, 2, 3) dont la Communauté cherchera à faire l'acquisition, comme nous le verrons plus tard, au XVI° siècle. A l’est, deux immeubles privés (4 et 5) occupaient l'emplacement que la Maison de ville ne s’annexa qu’au XVIIT°
siècle, lors de la construction de la salle du
FiG. 2. — Plan schématique de la première Maison de ville Deux Cents (aujourd’hui salle du Grand Conseil) et de l'achèvement de la façade nord. La surface de {a Treille ie) l'édifice communal du XV* siècle se trouvait donc réduite æ I &-!
à l’étroite bande de terrain s'étendant au nord de la tour Baudet jusqu’à la rue, et dont la largeur ne dépassait pas celle | de la tour elle-même. La petite parcelle voisine de la porte Baudet faisait partie de la Maison de ville en 1475, mais ne lui avait été adjointe que peu d'années auparavant.
Si nous avons pu déterminer avec une certaine exactitude la superficie et la situation de la maison commune, nous aurons plus de peine à retracer sa disposition générale.
Quelques indices nous font penser qu’elle devait être conforme
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à celle des autres maisons du quartier (fig. 3). Celles-ci n’eu-
rent primitivement' qu’un corps de logis sur rue a), devant
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lequel s’étendait au midi, jusqu'aux murailles, un jardin. A
l'extrémité sud de ce jardin s'éleva plus tard un deuxième
corps de logis b), relié au premier au moyen d'une galerie Fr pe | | Fic. 3 — Plan d’anciennes qui s’appuyait contre l'escalier à vis, selon un type très fré- maisons genevoises
On connait, grâce au plan Billon, conservé aux Archives d'Etat, la disposition des maisons du XV* siècle, sur l'emplacement desquels s’éleva l'immeuble du Cercle de la Terrrasse, rue de l'Hôtel de ville, n° 6 (fig. 3).
quent à Genève. La première Maison de ville dut être bâtie d’après ce modèle, et la première salle du Conseil, située selon nous dans la salle actuélle des Pas Perdus, dut occuper précisément le second corps de logis d’une maison séparée par une cour du corps principal sur rue. Plusieurs textes’ mentionnent, outre la salle du Conseil, une chambre sur le devant {aula seu camera anterior), dont l'existence semble bien confirmer notre hypothèse. Il serait oiseux de chercher à décrire plus exactement les dispositions d’un édifice dont il ne reste presque plus rien, puisque la construction de la rampe, au XVI siècle, et la réfection complète des façades, au XVIT°, ont détruit tout vestige de la partie nord de la première Maison de ville.
Nous pouvons cependant, à l’aide de quelques rares documents’ du milieu du XV° siècle, énumérer les principaux locaux que devait contenir la Maison de ville à cette époque. Ce sont : la grande salle du Conseil /aula magna), une petite salle /aula minor) et une chambre sur le devant {camera a parte anteriori); puis le lieu où l’on tient les assises’, probablement à l'intérieur et non plus au dehors de l'édifice, puisqu'il est pavé de carrons en 1455 (pels de l'assise?); la chambre de l'artillerie, également pavée de carrons, nouvellement « plätrie », pourvue de trois perches de sapins «en les bocles », couverte d’une nouvelle poutraison avec linteaux peints par Me Hans le peintre, et dont les portes, les fenêtres et les loges furent « repareillées» en 1456. Devant et derrière la salle du Conseil se trouvaient des « loges »*, dans l'une desquelles se tenaient les guets. Un four commun était également situé au Vieux-Mézel; il semble avoir été placé près de la porte Baudet, à côté de la maison Du Bochet', mentionnée la première, dans le recensement de 1475, dans la rue tendant de la porte Baudet à la porte Recluse ; il aurait ainsi occupé la petite parcelle à l’ouest de la parcelle principale (fig. 2). Ce four‘ et les deux loge-
1 Pap. Le Fort, portef. 152. Voir aussi pièces justif., n° I et [IT.
? Peut-être un local ouvert, mais couvert, une sorte de halle. Voir pièces justif., n° I,
3 On décida en 1460 de ne plus tenir les guets dans les loges (lubiis), mais au pied du « viret » de la Maison de ville (R. C., t. I, publ. par Rivoire, p. 393, 12 et 15 février). On appelle loge un palier couvert, autrement dit une pièce dont la partie extérieure est complètement ouverte. Ces sortes de gale-
ries peuvent étre situées au rez-de-chaussée, mais s'ouvrent le plus souvent aux étages supérieurs. Elles desservent des appartements ou servent de vestibules. Il y avait également des loges le long des murailles des villes fortifiées. |
+ Pap. Le Fort, portef. 152.
5 R. C., vol. 5, f° 132 (13 août 1462).
8 Pro firma furni dicte communitatis et duarum alarum et logie exislentis supra furnum. Pap. Le Fort, portef. 52. Le four réparé en 1459 (R. C., t. I, publ. par Rivoire, p. 331 et 356, 18 septembre, 27 novembre, & décembre) dut être déplacé en 1473-1474, lors de l'agrandissement de la salle du Conseil (R. C., vol. 6, {6 vo, 72, 96 et 98, 23 mars 1#73, %5 janvier, 22 février et 8 mars 1#7+#) ; il fut peut-être surmonté comme précédemment d’un étage, le terme tfrabatura supra furnum pouvant signifier aussi bien l'étage que la pou-
ments qui se trouvaient au-dessus étaient affermés chaque année à un fournier. Dans la cour de la Maison de ville il y avait un puits. C’est à la Maison de ville que les personnes arrêtées pendant la nuit sont détenues" ; il existe donc au XV® siècle un cachot, qui sera plus tard le «croton ». Un des guets habitait déjà en :1461° la maison communale, dont il était le gardien ; au XVI° siècle on l'appela Île sautier.
Une porte d’entrée de la Maison de ville se trouvait à l’ouest, vers la porte Baudet, à côté de la maison Du Bochet*. Il y avait aussi de ce côté-là un escalier” (viretus furni); peut-être ne conduisait-il qu’aux chambres du fournier, au-dessus du four. On ne peut affirmer avec certitude qu’il existät une autre entrée et un autre escalier du côté nord de la Maison de ville. Cette brève description ne nous donne pas une idée bien nette de l'apparence de la première Maison de ville; elle confirme cependant notre idée de la disposition de cet édifice. Deux corps de logis étaient certainement nécessaires pour contenir les différentes salles et chambres dont nous avons prouvé l'existence ‘.
Reste-t-il aujourd’hui quelque chose de la maison où la Communauté s'établit au milieu du XV° siècle’? Peut-être quelques fragments de murs utilisés dans les constructions futures, peut-être quelques vestiges de peintures que nous aurons l’occasion de signaler tout à l'heure, en tout cas rien d’essentiel. Dans l'Hôtel de ville actuel, les parties qui datent d'avant la Réforme sont le résultat de transformations accomplies dans le dernier quart du XV° siècle. Etudions-les maintenant
de plus près. En 1473, le Conseil décide de réparer la salle du Conseil’. Un seul mem:-
traison située au-dessus du four. En 1525, on mentionne encore le fornerius furni porte Baudet (R. C., vol. 21, fo 22, 21 mars). En 153#, on décide d'’ôter le bois déposé au-dessous de la salle commune et d'ôter le four. aussi vite que faire se pourra (Jbid., vol. 27, f° 160, 29 décembre).
1 C. C., vol. 6, f° 166 ve (juillet 1#59).
* Jbid., fo 46 v° (26 janvier 1#58); R. C., t. I, publ. par Rivoire, p. 403 (21 mars 1460).
# Vigil et custos domus communitatis (C. C., vol. 6, f° 215 vo, 9 janvier).
# R. C., vol. 5, f° 139 (31 août 1462).
5 Jbid., vol. 6, fes 98 et 115 (8 mars et 24 mai 1474).
6 Cela est d'autant plus probable qu’au XV° siècle les maisons n’avaient pas plus de deux étages sur rez-de-chaussée.
7 Onfit déjà en 1455-1457 des réparations à la Maison de ville, où le Conseil s'était installé avant 1#45 (C. M. et Q., vol. 1, 3 juin 1455). La pièce justificative n° II reproduit un compte de 1456, écrit en patois, lequel présente des détails très intéressants sur les locaux de la Maison de ville et sur les travaux qui y ont été exécutés. En 1457 encore, on plaçait une serrure à la porte de l'escalier (C. C., vol 6, f° 35, * avril) et l’on réparait le toit couvert de tuiles (Jbid., f» 42, 98 juillet).
8 Fuit expositum de aula domus communis crescenda el reparanda et ordinatum quod fiat reparacio ipsius aule bene et ydonee (R. C., vol. 6, f» 3 vo, 9 mars).
bre combat cette résolution, disant que le travail projeté détruit le four et le bâtiment qui se trouve au-dessus’. On passa outre, et la salle fut installée au printemps 1474. Pendant les réparations, du 13 juillet 1473 au 28 juin 1474, le Conseil se réunit presque toujours dans la maison d'Antoine l’'Hôte?; la Maison de ville ne possédait donc pas à cette époque d’autre local assez vaste pour recevoir tous les conseillers, et la salle précédemment occupée par le Conseil fut sans doute englobée dans la nouvelle. Cette transformation nous est décrite dans un document* assez étendu. La salle où se tenait jusqu'ici le Conseil était, paraît-il, « s2 estroite, que a paine le Conseil ordinaire y poroit demourer, qui estoit chose honteuse el vergoigneuse a eulx el aultres qui ont eu le régime, gouvernement et administration de la chose publicque de ainsi la laisser ». La nouvelle salle fut non seulement agrandie, mais ornée de verrières; ses loges furent peintes, ainsi que ses vingt «carres» , aux frais du syndic Montyon. Où se trouvait cette nouvelle salle et par conséquent celle qui l'avait précédée? Le syndic Rigaud‘ ne doute pas que ce ne soit celle où siège encore aujourd’hui le Conseil d'Etat, dans la tour. Galiffe® n’en est point aussi sûr et s'étonne avec raison que l’on ait pu faire tant de dépenses dans un bâtiment achevé ou reconstruit, comme nous le verrons, peu d'années après‘.
Si la salle ne se trouvait pas dans la tour, elle ne pouvait être située que sur l’étroite bande de terrain qui sépare la tour de la rue de l'Hôtel de ville au nord, soit dans le corps de logis placé au sud de la cour, soit dans le bâtiment sur
rue. Celui-ci a été entièrement détruit au XVII: siècle; mais il existe encore immé-
1 quod ipsa reparacio destruet furnum et membrum subtus (R. C., vol. 6, f° 6 v°, 23 mars 1473).
# En 1460, le Conseil songe à faire l'acquisition de la maison d’Antoine l'Hôte pour y établir une maison communale. Il fut aussi question alors de l'achat de la maison Tavel. Aucun de ces projets, semble-t-il, ne fut réalisé (R. C., t. I, publ. par Rivoire, p. 406, 409 et #10, 1, 8 et 15 avril).
Une maison ayant appartenu à Antoine l’Hôte était Située, d’après le recensement de 1475, entre la place de la Taconnerie et celle de la Maison de ville. Elle est taxée 500 f1., les autres maisons de la rue 100 et 200 fl., la maison Tavel 500 f1. (M. D. G., t. VIII, p. 322 et 342).
3 Mss. hist., vol. 62, f» 60 bis et v°, publié dans Rigaud, Beaux-Arts à Genève, p. 52, note 1. Les R. C. sont comme de coutume très sobres au sujet de ces travaux. Ils furent dirigés, semble-t-il, par le maître Pierre Mastoct (R. C., vol.6, for 37, 63, 6%, Go, 68, 69, 74 et 103, 10 août, 16 et 21 décembre 1#73, 8 et 11 janvier, 1° février et 22 mars 1#7#). Il avait sous ses ordres des maçons (lathomi), des charpentiers (carpentatores) et des plàtriers (greatores). (Ibid., f° 105, 29 mars 1#7+#).
# Beaux-Arts à Genève, p.525.
5 Genève hist. et archéol., p. 2+9.
6 KR. C., vol. 11, f 88 (18 juin 1#88). La tour Baudet existait cependant dès 1#55, mais elle n’était pas encore utilisable, puisque les fenêtres de la grande salle du 2e étage ne furent établies qu’en 1488 (voir ci-dessous ch. IT).