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LA SALLE DU CONSEIL RESTAURÉE EN IQ

LA TOUR BAUDET

grande Grotte. Il n’a jamais été continué plus bas, car son noyau se termine par une base nettement indiquée. La voûte ne présente la trace d’aucune reprise qui aurait été motivée par la suppression de la partie inférieure d’un escalier. Il nous semble qu’on a voulu éviter au contraire de relier directement les sous-sols de la Maison de ville au reste de l’édifice, vu leur situation exposée, car c’est au milieu du XVIe siècle seulement, que le front sud de la Maison de ville fut protégé par l’enceinte à boulevards. La petite Grotte n’est donc accessible que du second étage *, au moyen d’un escalier placé à l’angle nord-ouest de la tour, dans le local même, et non pas dans l’épaisseur du mur. Cette salle, couverte d’une poutraison en bois 2 avec entrevous en plâtre, est éclairée par quatre petites fenêtres dont les niches ne s’ouvrent pas jusqu’au sol, mais s’arrêtent à hauteur d’appui. Le sol, qui se relève légèrement contre le mur, est formé d’un bétonnage recouvert de mortier.

La petite Grotte servit aussi au XVIe siècle de dépôt d’archives. En i5q3, l’on fait accoustrer la petite seconde crotte prest les degrés, pour retirer les drops de la ville1. Elle a servi à cet usage jusqu’à nos jours; actuellement elle est réservée plus particulièrement aux archives de la chancellerie d’Etat.

L’escalier par lequel on monte de ce local au second étage et au sommet de la tour est entièrement construit en béton, selon un usage fréquent en Savoie. Il est éclairé à l’ouest par une petite fenêtre étroite et allongée qui parait avoir été agrandie, sinon créée, après coup. Le palier sur lequel il aboutit au second étage sert de communication entre deux salles; l’une, au nord, est la salle des Pas Perdus, que nous avons déjà décrite, l’autre, au sud, est la salle actuelle du Conseil d’Etat.

Salle du Conseil. — Il est bien certain que la grande salle du second étage ne fut pas aménagée dans la tour avant la création des fenêtres (1488). Cette constatation est très intéressante, car elle nous prouve une fois de plus que la salle du Conseil agrandie en 1473-1474 n’était pas dans la tour4. La salle qui sert maintenant aux séances du Conseil d’Etat fut donc installée à la fin du XVe ou au commencement du XVIe siècle ; il est difficile de préciser la date. L’inventaire de 1 507 5 ne

1 Elle ne put avoir de porte dans le mur nord, car son niveau ne correspond à aucun des niveaux d’étage de la Maison de ville (voir pl. XXIII-XXIV).

2 Le sommier et les trois poteaux qui la supportent ont été placés en 1866.

3 R. C., vol. 37, f° 274 et v° (16 novembre).

* D’ailleurs, dans une délibération au sujet de la tour, le registre parle de cet édifice comme d’une turris huic domui continua. Les conseillers siégeaient donc alors dans un local voisin de la tour, mais extérieur à celle-ci (Ibid., vol. 11, I” 108, 7 novembre 1488).

5 Pièces justif. , n° 111.

mentionne qu’une salle pouvant servir aux délibérations du Conseil. Elle est décorée, cela est à noter, de vingt et un petits écussons placés le long des parois. En 1 534% un conseiller sortant du Conseil, entre dans la salle voisine (aalam anteriorem) et, dans un moment de colère, abat des armoiries ( arma et insignia) suspendues à la muraille et les jette au feu. Il semble donc qu’entre ces deux dates le Conseil s’est transporté dans la tour, et que la salle primitive du Conseil est devenue une antichambre ayant conservé sa même décoration. En ibqi, le Conseil siège certainement dans la tour 1 2 3 *, car on décide de mettre le feu à un nouveau fourneau par le vyret entrant dans la dite sale.

Quelles raisons purent engager la Communauté à créer une nouvelle salle, plutôt moins vaste que l’ancienne, alors surtout que celle-ci avait été réparée peu d’années auparavant ? Il serait intéressant de le savoir. Les peintures qui ornent le haut des parois de la nouvelle salle sont accompagnées, comme nous le verrons, de sentences ayant généralement trait à l’exercice de la justice. Le Conseil eut-il à un certain moment l’idée de tenir les assises criminelles dans un local spécialement destiné à cet usage? Cela est possible ; pourtant, en 1507 et en i 5 1 8, les sentences sont toujours prononcées devant la Maison de ville. D’autre part, ce n’est qu’en 1 527 que l’évêque abandonna aux citoyens la juridiction civile9; à cette date les peintures étaient certainement achevées. Le problème ne peut donc être résolu.

La salle créée après 1488 ne nous a pas été conservée telle qu’elle était au moment de sa construction. Elle a subi de nombreuses modifications au cours des siècles et ne doit son aspect actuel (pl. III) qu’à une habile et consciencieuse restauration, exécutée en 1901 et 1902 ‘. Cette vaste pièce, mesurant i2mX7m2o, est un peu moins haute que la salle voisine (4'n3o). Elle est éclairée, comme nous l’avons vu, par deux grandes fenêtres à croisée et deux plus petites. Dans les niches, fermées par des arcs surbaissés, sont ménagés de chaque côté de petits bancs de pierre5 *. Le fait que les deux niches des fenêtres voisines de l’angle sud-est s’arrê-

1 R. C., vol. 26, f° 185 v° (9 janvier).

2 Ibid., vol. 35, f° 385 v° (11 novembre).

3 En 1528, le Conseil ordonne au syndic Girardin de la Rive et à J. Coquet et C. Girardet conseillers, d’aller en la salle neuve faite pour ouïr les causes de paix (ut habeant ire ad aulam novam erectam pro audiendis causis pacis) (R. C., vol. 23. f° 46 v°, 30 avril).

* Les constatations faites pendant les travaux de 1901-1902 n’ont été consignées dans aucun document imprimé. Nous avons pensé bien faire en les résumant ici, suivant les notes qu’a bien voulu nous communiquer M. G. Brocher, architecte, qui dirigea la restauration.

5 L’existence des bancs primitifs, qui avaient été détruits, fut prouvée par l’absence du revê¬

tement en pierre de taille dans la partie inférieure de l’embrasure.

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tent à i 111 Qo au-dessus du sol, montre que très probablement les bancs du XVIe siècle ont remplacé des bancs plus anciens, placés de même le long des murs. Cette disposition fut sans doute prévue lors de la construction, peut-être à l’exemple de la première salle du Conseil \

Le sol est actuellement recouvert d’un carrelage moderne, rouge uni 2. Aucune indication n’a permis de rétablir avec certitude le pavement primitif de la salle.

Coupe A

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Coupe B

Le plafond (fig. i3) est très différent de celui de la salle des Pas Perdus3. Il est divisé en huit grands compartiments par quatre forts sommiers, dont trois sont placés dans le sens de la largeur et le quatrième dans le sens de la longueur. Toutes ces pièces de bois, qui ne sont pas moulurées, viennent s’assembler contre les murs dans des solives de même hauteur qui font le tour de la salle, et sous lesquelles court une petite moulure affleurant le filet supérieur des peintures. Chacun des huit compartiments du plafond est lui-même divisé en quatre par deux poutrelles moulurées, placées en croix, dont le profil se retourne autour du carré. C’est sur cette sorte d’ossature que sont posées les petites poutrelles simplement équarries qui suppor-

' Pièces justif., n” 111. Cet usage était fréquent en Savoie (voir Comptes du Château d’Annecy dans Bruchet, op. cil., p. 87 : ipsam aulatn munire de stagnis circumcirca) .

2 La poutraison, avec entrevous en plâtre, de la petite Grotte semble bien etre prévue pour recevoir un carrelage à l’étage supérieur.

« Avant 1901 , et probablement depuis le commencement du XVIIIe siècle (voir R. C. C., vol .110, un projet de transformation de la salle du Conseil), un plafond en plâtre sur poutres brutes avait remplacé l’ancienne poutraison. 11 ne subsistait de celle-ci que deux solives, contre les murs ouest et est,

tent le plancher de l’étage supérieur. Le plafond est entièrement peint d’un ton rouge uni, à l’exception des entretoises dont la couleur est verte.

On a toujours supposé jusqu’ici que ce plafond, reconstitué d’après des indications très certaines, datait de la même époque que l’installation de la salle, soit de la fin du XVe siècle. Cela nous paraît impossible. Nous avons déjà remarqué combien il diffère de celui de la salle des Pas Perdus. L’absence de moulures sur les sommiers et sur la plupart des poutrelles, les caractères des rares profils, la construction du faux sommier transversal en planches ajustées et la disposition générale du plafond indiquent une époque très postérieure. Seule la présence des poutrelles moulurées, placées en croix, qui divisent les compartiments, nous empêche de repousser la date de sa construction au début du XVIIe siècle. Deux passages du registre du Conseil de i58q nous donneront peut-être à ce sujet une indication. La sale du Conseil , est-il dit, a très besoin de couvert pour estre le plancher tout pourrv\ a esté arr esté quon le reface *. Si cette décision ne fut pas immédiatement exécutée, le travail dut cependant être fait a peu près à cette époque. Par conséquent, le plafond qui recouvre aujourd hui la salle du Conseil d’Etat n’est pas la reproduction du plafond primitif du XVe siècle, mais d’un plafond moins ancien, placé, selon toute

apparence, à la fin du XVIe siècle, ou tout au moins considérablement transformé à cette époque.

Deux portes donnent actuellement accès à la salle ; nous avons déjà mentionné celle qui s’ouvre sur le palier de l’escalier; l’autre, située à droite du poêle,

cachées par la corniche en plâtre. Ces solives portaient des entailles indiquant l’endroit où venait s’assembler le faux sommier en planches qui divisait en deux le plafond. Ces constatations n’auraient guère permis de reconstituer le plafond primitif, si l’on n’avait retrouvé dans le plancher de l’étage supérieur, modifié en 189'*, des fragments de poutrelles moulurées, utilisées lors de la réfection delà poutraison. Ces pièces de bois avaient conservé des traces d’assemblage, à l’endroit où elles s’emboîtaient les unes dans les autres. Un fragment de profil correspondait exactement à la dimension d’un compartiment, dont les mesures étaient données par la position du faux sommier et la présence, dans les murs, des trous où venaient se poser les sommiers transversaux. Les différentes pièces du plafond étaient recouvertes d’un enduit blanc, cachant le ton rouge primitif ; cet enduit manquant à certains endroits, les différents assemblages des poutres, ainsi que la disposition des parties moulurées purent être reconstitués. Grâce à ces données, le travail de restauration fut effectué, sinon sans peine, du moins avec une grande certitude. Des considérations d’ordre purement pratique empêchèrent l’architecte de conserver au plafond sa hauteur primitive. L’abaissement du sol de l’étage supérieur en 1901 avait diminué la hauteur des sommiers. Pour y remédier en quelque sorte, on ajouta une semelle par-dessous les sommiers ; la moulure inférieure dut par contre être diminuée, pour ne pas dépasser le filet supérieur des peintures. Les sommiers actuels sont formés d’un fer à T revêtu de plateaux. Pour donner au plafond une plus grande solidité, une poutrelle sur deux est composée d’une lame de tôle, enchâssée entre deux plateaux. Le plafond ne présentait pas d’autre trace de couleur que du rouge. Le ton vert, dans les entretoises, est une adjonction moderne.

1 1t. 0., vol. 79, f08 108 v° et 118 v° (4 et 31 août).

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conduit, par un petit couloir en zigzag, à un vestibule attenant à la salle du Grand Conseil. Les travaux de restauration ont révélé l’existence de plusieurs autres ouvertures, aujourd’hui murées. Une porte, bien construite en pierre de taille, munie de battues des deux côtés, et dont l’embrasure présente une rainure, sans doute destinée à recevoir un contre-poids, se trouvait au-dessous de la peinture des juges aux mains coupées, un peu à droite du milieu. On voit encore sa base sous le banc qui fait le tour de la salle, et mieux encore son embrasure et son issue dans le petit vestibule contigu (pl. Ia)1. Dans le même mur nord, derrière le poêle2, une autre porte s’ouvrait sur la salle des Pas Perdus. Enfin, le mur de l’escalier, également derrière le poêle, aurait pu aussi être percé d’une ouverture, car sa maçonnerie, formée de remplissages divers relativement modernes, montrait plusieurs traces de reprises. Avant d’examiner l’origine de ces différentes portes, il nous faut dire un mot des cheminées, dont la suppression a souvent permis la création de nouvelles entrées.

On a trouvé des traces de l’existence de cheminées en deux points de la salle. A peu près au milieu de la paroi nord, on a constaté sur le plancher la présence d’une enchevêtrure, dont l’une des poutres était carbonisée. Une cheminée avait non seulement été prévue, mais avait donc existé à cet endroit3. On a découvert aussi la trace d’une hotte de cheminée contre la cage de l’escalier, dans l’angle où se trouve le poêle actuel4. Son existence semblait avoir précédé celle des peintures, qui ne dépassaient pas cette ligne. Il nous est impossible de déterminer si ces deux moyens de chauffage se sont succédé et dans quel ordre, ou s’ils ont existé concurremment,

fait qui n’est pas sans exemple. Il est certain qu’en iSqi 6 une cheminée fut mise bas

et remplacée par un fornet. Celui-ci occupait l’emplacement du poêle actuel puisqu’on y mettait le feu par le vyret entrant dans ladite sale s. Si c’est la cheminée

• La décoration peinte qui encadre la porte date certainement du XVIIe siècle.

3 II y avait à cet endroit deux niches superposées ; la niche inférieure en plein cintre était relativement moderne et ne pouvait avoir servi que pour allumer le poêle. La niche supérieure, fermée par un arc surbaissé, pourrait être une ancienne porte.

3 La peinture des juges aux mains coupées a été exécutée un siècle environ après le reste de la décoration de la salle, précisément parce que la cheminée occupait auparavant une grande partie de la paroi nord.

4 L’existence d’une cheminée d’angle est confirmée par la présence de deux chanfreins, l’un à l’angle de l’escalier, l’autre à gauche de la porte du couloir en zigzag.

5 R. C., vol. 35, f° 222 (1er juin).

6 Ibid., f° 385 v° (11 novembre). En 1514, on songe à deux reprises à faire un poêle à la Maison de ville ( quod fiat stupba supra banc autant). Peut-être, comme ce fut souvent le cas, la proposition ne fut-elle pas acceptée (Ibid., vol. 17, U 181 et 231, 3 janvier et 29 août). Il semble que le premier fourneau de la salle du Conseil était revêtu de carrons (Ibid., vol. 35, fos 464v° et 482v°, 20 janvier et

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