SUPPORTS DES NERVURES DES VOUTES DE LA RAMPE
M. D. G., série t. III
LA CONSTRUCTION DE LA RAMPE
cour. Le principe des maîtres gothiques d’affirmer toute nécessité est encore une fois mis en pratique. D autre part, l’escalier à vis, employé si fréquemment à l’époque gothique, et dans des proportions très diverses, est remplacé par l’escalier sur plan carré. Ses faces extérieures sont percées de larges baies, et le noyau central est devenu une cage également très ouverte et de construction hardie.
La rampe, qui remplace a Genève les marches d’escalier, est d’un usage assez peu fiéquent pour donner a 1 édifice genevois une importance particulière1. Le plan incliné était déjà connu au moyen âge j il fut employé à la Giralda, tour mauiesque de la cathédrale de Séville, et au campanile de Venise (13-29). Il semble que l’invention des pièces d’artillerie sur affûts roulants ait rendu ce mode de construction plus usuel au début du XVIe siècle. On put ainsi amener plus facilement les canons au sommet des tours et des bastions. Une tour de 1 enceinte de Langres, dite tour de Navarre, possède une rampe permettant de monter jusqu’au sommet des charges pesantes. Elle date de i5i5 environ. Celle du Munoth de Schafthouse est un peu postérieure (1564-1 585). Au château de Monmort (Hte-Marne), un escalier, également du XVIe siècle, rendait la plate-forme d’une tour accessible même aux cavaliers. De 1 architecture militaire ce procédé a pu passer dans 1 architecture civile. Bramante l’a employé dans le grand escalier en spirale du Belvédère et dans la rampe droite du palais public de Bologne. En France, le plus bel exemple est celui du Château d’Amboise, bâti par Charles VIII 5 il présente une grande vis avec plan incliné en spirale. L’évêché de Meaux possède une rampe à noyau plein du XVIe siècle, avec paliers intermédiaires pour diminuer les difficultés de construction qu’offrent les plans inclinés aux angles des escaliers de plan carré. Ces difficultés sont également évitées dans les rampes en spirales. A Genève, on a su les vaincre et adapter le système du plan incliné sans palier à un escalier de plan carré. C’est en ceci un exemple de construction assez rare, témoignant en faveur de la capacité du maître qui en a établi le projet et l’a exécuté2.
1 Voici ce qu’écrit à ce sujet, en 1685, Leti (Storia genevrina, traduction libre de Du Bois-Melly dans le Bulletin de l’Institut national genevois , t. XXXI, p. 21) : « A l’intérieur [de la Maison de ville], il y a une sorte de montée, comme il en est probablement fort peu dans toute l’Europe. C’est une rampe pavée et faite de façon que deux personnes, parties à cheval de leur logis, peuvent monter côte à côte jusqu’au sommet de l’édifice, sans mettre pied à terre, et peuvent s’en retourner de la même façon. C’est une chose fort commode pour les goutteux et j’ai vu maintes fois le seigneur syndic Andrion aller à cheval depuis chez lui jusqu’à la porte du Conseil, dont la salle est au premier étage. »
2 Dans une maison de campagne des environs de Genève, le Château des bois (Commune de Satigny), on pouvait voir jusqu’en 1844 un escalier à rampe, construit dans la première moitié du XVIIe siècle. Il fut probablement créé à l’imitation de celui de la Maison de ville.