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vingt-deux sols six deniers pour chasque sienne journée, pendant qu’il travaillera pour la Seigneurie et le Sr Turretin *. Dentan semble être un maçon très ordinaire, tandis que Pattac, reçu bourgeois gratuitement en 1621 1 2, originaire de Montélimar, est qualifié de maître architecte. Il reçut en 1623 3 seulement la charge officielle qu’occupait jusque-là Dentan, mais il mourut la même année.
Il semble à première vue que Pattac ait été l’auteur de la maison Turrettini, et que Petitot, à n’en croire que les documents, ne s’en soit pas occupé. Cela nous paraît cependant impossible. Nous avons signalé les analogies frappantes qui existent entre l’architecture de la maison Turrettini et celle de la Maison de ville, l’édifice privé paraissant même être le type plus élégant et mieux proportionné qui servit de modèle à l’édifice public, plus simple et beaucoup moins soigné dans ses détails. Petitot fit certainement, nous l’avons établi, les plans des façades de la Maison de ville et Pattac exécuta les travaux sous ses ordres. Il est donc très peu probable que ce dernier eût consenti à remplir cette besogne inférieure, s’il avait été capable de faire lui-même le projet de la maison Turrettini. Il est plus vraisemblable d’admettre qu’il n’en fut pas l’auteur, et qu’il eut seulement à diriger l’exécution des travaux, comme à la Maison de ville4. Ce que nous savons de la vie et de la réputation de Petitot nous autorise à conclure que c’est lui, et non pas un troisième personnage, qui fut l’auteur de la maison Turrettini.
Une seule chose nous étonne. C’est l’infériorité de la maison communale, non seulement au point de vue de l’ordonnance générale et de la décoration, mais surtout en ce qui concerne les détails. Si la construction de la maison Turrettini avait de beaucoup précédé celle de la Maison de ville, nous pourrions supposer que celle-ci n’est qu’une copie mal comprise de l’autre. Mais, ayant été commencées toutes deux la même année et achevées en même temps, c’est par leurs plans seulement qu’elles ont pu s’influencer l’une l’autre. Un artiste tel que Petitot n’aurait certainement pas emprunté le dessin d’un de ses confrères pour le copier assez maladroitement. Les deux édifices ont donc bien été conçus par la même personne, et les inégalités d’exécution qu’ils présentent peuvent s’expliquer, bien que ce soit le même maçon, Pattac, qui ait dirigé la construction des deux maisons,
1 R. C., vol. 117, fos 87 v° et 88 (31 mars).
2 Ibid., vol. 120, f° 129 (5 mai).
3 Ibid., vol. 122, f° 152 (2 septembre).
4 Si Pattac est qualifié de maître architecte, cela n’indique pas nécessairement qu’il eut les mêmes attributions qu’un architecte moderne. O11 sait combien le sens de ce terme a varié jusqu’à nos jours. Il est synonyme ici, croyons-nous, de maître maçon.
LA RÉFECTION DES FAÇADES
pou i 1 une, il est vrai, avec la collaboration de Dentan. Il est probable que la maison Tunettini, bâtie poui un seul propriétaire, d’origine italienne, et par conséquent intelligent des choses artistiques, lut exécutée d’une façon plus conforme à son projet primitif que la Maison de ville, édifiée sous la direction d’un conseil nombreux, où bien des influences diverses — peut-être pas toujours très heureuses v inrent dénatuiei le plan de 1 artiste. C’est la seule explication que nous puissions donner aux inégalités dexécution que l’on constate entre ces deux édifices.
Dans tous les guides de voyageurs, et même dans les livres plus sérieux qui ont mentionné ces constructions, la Maison de ville de Genève et la maison Turlettini sont qualifiées d édifices de style florentin. On répète encore aujourd’hui cette assertion, sans prendre garde qu’elle fut émise pour la première fois à l’époque où tout édifice qui n’était plus gothique était italien, et où tout ce qui venait d’Italie était nécessairement florentin. Qu’en est-il en réalité ?
Il faut avant tout s’entendre sur la manière dont les édifices italiens ont été imités dans les pays du nord. Nous sommes assez bien renseignés pour savoir comment le cas se présenta à Genève. L’auteur du modèle et des plans des façades de la Maison de ville n était pas un Italien,' c’est à Lyon qu’il reçut les premières notions d’art; plus tard, il voyagea en Italie et séjourna plusieurs années à Rome. Aux influences qui s’exercèrent sur lui lors de son apprentissage en France, vinrent donc s’ajouter les enseignements fournis par l’étude des édifices romains. Une fois établi à Genève, Petitot fut invité en 1614 par la Seigneurie à donner son avis sur la reconstruction des façades de la Maison de ville. A cette époque, l’ancien modèle, fait autiefois par Bogueret, existait encore1; il semble même qu’on s’inspire de ses grandes lignes dans la plupart des projets présentés au Conseil jusqu’en 1617 2, puisqu’on mentionne toujours les quatre tours ou pavillons qui en font partie. En outre, avant de consulter Petitot pour la première fois, on avait décidé de faire la façade du couchant semblable à celle de l’arsenal3, situé vis à vis4. Plus tard, en 1619, on décidait de donner aux voûtes de la colonnade 5 la mesme forme qu’a celle de l'escalier. On voit donc que l’influence italienne, d’ailleurs incontestable, ne s’est manifestée qu’au travers de bien des déformations. L’artiste français, qui l’a introduite à Genève et qui fut l’auteur du modèle définitif adopté par le Conseil’, dut
1 R. C., vol. 112, f° 67 et v° (9 mars).
s Ibid., vol. 116, fos 85, 86, 98 v° et 99 (8 et 11 avril, et 2 mai).
3 Rebâti ou restauré en 1568 (voir Rigaud, op. cit., p. 75).
4 R. C., vol. 112, f° 67 et v° (9 mars 1614).
s Ibid., vol. 118, f° 196 v° (21 octobre).
en tout
I oo
cas adapter son plan à des exigences locales et s’inspirer même des projets de l’un de ses prédécesseurs. C’est à ce mélange d’influences diverses , peut-être difficiles à concilier, que nous devons sans doute les défectuosités de l’architecture de la façade, signalées plus haut. C’est certainement à cette cause qu’il faut attribuer la présence, dans cet édifice, de caractères très divers. D’une part, les divisions horizontales nettement marquées de la façade, l’absence de tout saillant, et le caractère général des portails sont bien italiens, de l’autre, la présence de fenêtres à meneaux, de voûtes à nervures dans la colonnade, et surtout l’exécution des détails trahissent des influences locales ou peut-être l’origine lyonnaise de Petitot.
Jusqu’ici, il ne nous a pas été possible de retrouver un type défini d’édifice italien, qui ait pu inspirer directement l’œuvre de Petitot, ni de rencontrer dans une école d’architecture locale ces détails particuliers qui caractérisent la Maison de ville de Genève. Ce n’est sans doute pas à Florence, mais à Rome, où Petitot séjourna plusieurs années, dans cette ville devenue au XVP siècle une école d’art international, que l’on doit chercher l’origine de l’architecture de l’édifice genevois.
Faute de documents assez nombreux et assez probants, nous n’avons pu qu’indiquer par quelles influences régionales le type original fut transformé. La construction des façades de la Maison de ville et de la maison Turrettini ne fut pas sans exercer une influence sur l’architecture genevoise. Jusqu’alors les maisons privées avaient conservé le type usité au moyen âge : façades étroites et hautes, percées de nombreuses fenêtres et manquant de divisions horizontales bien marquées. Avant 1620, les formes de l’architecture de la Renaissance, comme nous l’avons vu, ne s’étaient manifestées que dans un ou deux édifices publics (rampe de la Maison de ville, Collège). Après cette date, on se mit, dit Leti : « à construire dans le style moderne1». Des familles riches achetèrent deux ou trois petits immeubles pour les démolir et les remplacer par des bâtiments à façades plus développées, présentant des divisions horizontales très accentuées. Ces constructions très sobres, où seul un portail plus ou moins richement décoré interrompt les lignes de la façade, sont caractéristiques du XVIIe siècle pour notre ville, et se sont conservées en assez grand nombre 2.
1 Op. cit., p. 59.
2 Ce sont les immeubles situés à la rue de l’Hôtel de ville, n° 4, Grand’Rue, n° 15, Cité, nos 8 et 20 et à la rue des Granges n° 10, le petit bâtiment à l’ouest de la cour, lequel présente une grande analogie avec le portique et la façade de la Maison de ville.