L’ACHÈVEMENT UE LA MAISON UE VILLE
au sud, sur l’emplacement de la salle des « arnets» et du second corps de la maison Turretin. Au nord, la maison des secrétaires et le premier corps de la maison Turretin1 devaient être englobés dans l’aile principale sur la rue de l’Hôtel de ville, laquelle put ainsi être terminée.
Avant de prendre une décision définitive, le Conseil charge des experts de lever un plan de la Maison de ville en l’estât quelle est, et de donner un dessin pour le bâtiment nouveau. Ces experts sont M. de Vennes, réfugié en cette ville, le sieur Rabbi, ingénieur, et Mtre Ducommun, tailleur de pierres et architecte2. Seuls Vennes et Ducommun présentent leurs plans et, le 5 août 1 700, le Deux Cents décrète la construction de la nouvelle salle*. On traite avec la «D110 Turretin », qui, après de longues tractations, consent à vendre sa maison pour le prix de vingt et un mille florins4. On adopte le devis de la construction de la salle et du petit bâtiment en retour, à l’est de la cours. Le travail est commencé en décembre 1700. 11 était en tout cas terminé le ier janvier 1703, caria première séance du Magnifique Conseil fut tenue ce jour-là dans la nouvelle salle. L’achèvement de la façade sur rue et la construction de l’escalier traînèrent, semble-t-il, en longueur8, à cause de difficultés avec la « Dame Miqueli » qui refuse l’espace nécessaire pour la construction de la montée1. L’affaire n’est définitivement réglée qu’en 1705, quand le Conseil consent à payer à la dame trois mille cinq cents florins ®.
Nous avons déjà décrit plus haut cette façade sur rue ; l’escalier contigu, situé à l’angle nord-est de la cour, est de plan carré; ses paliers formant loge, avec deux arcades à chaque étage, reproduisent la même architecture que les galeries de la face opposée, adossées à la rampe. L’escalier et les paliers ne sont pas voûtés mais des dalles sont posées sur les arcs doubleaux et les colonnes. L’escalier est compris dans une sorte de tour, dont les trois étages d’arcades sont couronnés d’un toit en pointe (pl. XIX).
1 R. C., vol. 200, fos 215 et 216 (23 juillet).
2 R. C. C., vol. 110 (3 juillet 1700).
3 R. C., vol. 200, f°8 228 et 229.
* R. C. C., vol. 10, f° 212 et v° (6 août 1700).
5 Minutes du notaire J. de Harsu,vol. 16, fus 90-94. — R. C., vol. 200, f08 407 et 408(25 décembre 1700).
6 Les médaillons des clefs de voûte des travées est de la colonnade ne furent sculptés qu’en 1707. La même année, on frappa deux médailles à l’occasion de l’achèvement de la construction de la Maison de ville. Voir Blavignac, ^Armorial genevois, essai historique sur les armoiries, les sceaux, les bannières et les monnaies de Genève depuis l’époque la plus ancienne jusqu’ à nos jours, Genève, 1849, in-8°, p. 11.
7 R. C., vol. 202, fos 45, 46, 114 et 115 (16 janvier et 18 février 1702).
s Ibid., vol. 205, f° 12 (7 janvier).
Si une partie des constructions élevées au début du XVIIIe siècle reproduit le style de l’édifice du XVIIe siècle, les nouvelles ailes, au sud et à l’est de la cour introduisent dans l’architecture de la Maison de ville un style nouveau. Ces bâtiments1 n’ont qu’un étage sur rez-de-chaussée2. La façade sur cour est revêtue de bossages lisses en molasse, dans lesquels sont simplement percées les ouvertures des portes et des fenêtres, dépourvues d’encadrements (pl. VII). La façade méridionale présente à l’est un saillant, dont les angles sont revêtus de chaînages en roche,
Fig. 18. — Plan de la Maison de ville au XVIIIe s., d’après les Anciens plans de la ville.
et à l’ouest l’amorce d’un autre décrochement qui vient buter contre la tour Baudet3. Les encadrements des ouvertures en roche n’offrent aucune moulure. Cette architecture est encore plus simple que celle de la façade sur la cour.
1 Le devis détaillé de cette construction est conservé aux Archives (minutes du notaire J. de Harsu, vol. 16, fus 90-94). Il est trop long et trop peu intéressant pour que nous le transcrivions ici.
- Le deuxième étage de la petite aile, à l’est de la cour, est une adjonction du XIXe siècle. Il est contemporain de la surélévation des façades principales. La pl. XIX reproduit l’état primitif de cette partie de l’édifice.
3 L’amorce du décrochement ouest avait été prévue par les magistrats du XVIII' siècle, afin de permettre à leurs successeurs de terminer convenablement la façade sur la Treille. L’un des conseillers disait même en 1700 qu’il ne fallait pas hésiter à démolir la tour Baudet, qui ôte à ce bâtiment la symétrie qu’il doit avoir du côté de 1a. Treille. Son avis ne fut pas écouté et personne, heureusement, n’a songé jusqu’à présent à suivre l’indication donnée il y a deux siècles. Voir R.C., vol. 200, fos 407 et 408; vol. 201, fue 343, 344, 349 et 350 (25 décembre 1700, 8 et 13 août 1701).