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LA MAISON DE VILLE AVANT LA RÉFORME

LES ORIGINES DE LA MAISON DE VILLE

Gouvernement de Genève avant la Réforme. — Premier lieu de réunion des Conseils, premières archives de la Communauté. — Sentences criminelles rendues par les syndics au Vieux-Mézel. — Achat par le Conseil d’une maison située près de cet emplacement; cet édifice est le premier noyau de la maison communale. — La tour Baudet n’est pas la partie la plus ancienne de la Maison de ville ; origine de cette tour, première mention de son existence au XVe siècle.

Depuis la réunion du royaume de Bourgogne à l’empire germanique, l’évêque de Genève était non seulement le chef spirituel de son diocèse, mais il exerçait encore la suzeraineté temporelle sur la ville de Genève et son territoire. Il avait dû naturellement déléguer ses attributions étrangères au culte à un magistrat laïque, le vidomne*. Celui-ci exerçait la juridiction civile et pénale, il avait un pouvoir de police et certaines compétences administratives. A côté de l’évêque, le Chapitre des chanoines de la cathédrale était un corps assez indépendant, qui participait parfois à l’administration de la ville; il était en outre seigneur de certains territoires (les terres de Chapitre), sur lesquels l’évêque n’exerçait aucune juridiction*.

1 Le vidomne jugeait seul les maléfices mineurs (correctionnel). Dans le cas de maléfices majeurs (criminel), il instruisait pour ainsi dire le procès et remplissait le rôle d’accusateur public, mais il ne participait pas au jugement. Celui-ci une fois prononcé, il avait à en surveiller l’exécution. Nous devons spécialement insister sur ce fait, car plus tard la principale attribution judiciaire des premiers magistrats municipaux consista précisément à rendre les sentences criminelles, et le lieu où ces sentences furent prononcées détermina l’emplacement de la première Maison de ville (voir ci-dessous p. 6).

2 Les couvents, les églises et les chapelles possédaient aussi de nombreux fiefs dans la ville et aux environs. Les plus importants dépendaient du prieuré de Saint-Victor ; ce sont eux qui formèrent au XVIe siècle une grande partie du territoire rural de la République de Genève.

C’est à la fin du XIIIe siècle qu’aux dépens du pouvoir épiscopal on voit se manifester pour la première fois une puissance nouvelle, celle des citoyens. Ceux-ci possèdent déjà à cette époque certains droits ayant trait à leur existence économique et privée, mais ils ne sont pas régulièrement organisés. La commune est née d’une révolution populaire des citoyens contre le pouvoir épiscopal, révolution favorisée par le comte de Savoie, qui cherche à disputer au prélat la souveraineté de la ville. A plusieurs reprises, l’évêque veut restreindre et même dissoudre ce pouvoir nouveau qui grandit. Les transactions et les arbitrages conclus en 1293 et i3oq entre l’évêque et les citoyens montrent que ceux-ci, malgré les limitations imposées par le souverain, conservèrent toujours quelques droits. Ces prérogatives s’accrurent sans doute pendant tout le cours du XIVe siècle. Le 14 janvier i36q, une assemblée de citoyens, réunie au cloître de la cathédrale de Saint-Pierre, nomme quatre syndics ou procureurs et leur adjoint un certain nombre de coadjuteurs et de conseillers. A ce s magistrats municipaux sont reconnus certains droits. Nous ne relèverons que les principaux : recevoir des bourgeois, construire et entretenir les bâtiments publics, les tours, murs, fossés et fortifications, lever des impôts. A partir de i3C>4, les syndics prononcent les sentences criminelles; en 1372, et peut-être auparavant, ils exercent seuls la police de la ville pendant la nuit.

Le premier acte écrit qui consacre officiellement les droits des citoyens de Genève est la charte accordée en 1387 par l’évêque Adhémar Fabri. La date relativement tardive de ce document ne peut nous étonner, car nous savons qu’il n’est que le résumé et la confirmation de coutumes bien antérieures. Les « Franchises » d’Adhémar Fabri ne mentionnent que la magistrature syndicale. Le Conseil Général, formé de la réunion de tous les citoyens, existait cependant, puisqu’il élisait ses représentants. Le Conseil Ordinaire n’était probablement alors qu’un corps consultatif, convoqué par les syndics dans des circonstances spéciales. Au début du XVe siècle, il est régulièrement constitué et forme le rouage essentiel de l’administration communale. Ses actes sont contrôlés par le Conseil Général, qui doit être consulté dans toutes les affaires importantes. Le Conseil des Cinquante, créé en 1457, ne se maintint pas pendant tout le XVe siècle, mais fut rétabli définitivement en 1 5o2. Il devint plus tard le Conseil des Soixante. Le Conseil des Deux Cents, institué à l’imitation des républiques aristocratiques de Berne et de Fribourg, paraît pour la première fois en 1 5 26, à l’occasion du traité de combourgeoisie avec ces deux villes.

Tel est, esquissé à grands traits, le gouvernement de Genève avant la

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Réforme. Depuis la fin du XIVe siècle, trois pouvoirs, celui de l’évèque, celui du Chapitre et celui de la Communauté, se partageaient l’autorité. On pourrait en ajouter un quatrième, celui du vidomne, inféodé en 1290 à la maison de Savoie, qui ne cessa dès lors de disputer au prélat la souveraineté de la ville. Leurs attributions mal délimitées donnèrent naissance à de graves conflits, mais les différentes influences politiques qui s’exercaient dans Genève furent ainsi maintenues en équilibre et la Communauté put grandir et se développer pendant tout le XVe siècle, l’une des époques les plus prospères de l’histoire de Genève.

L’existence du pouvoir communal est bien antérieure à celle de la Maison de ville genevoise. A la fin du XIVe siècle, le Conseil Général se réunissait au cloitre de la cathédrale de Saint-Pierre, servant jadis aux chanoines, dit Bonivard, quand ils menaient vie monastique. A une époque inconnue, le Chapitre fut sécularisé; le cloître, plus ou moins abandonné, eut fortement à souffrir d’un incendie et tomba en ruines. Nous ne savons presque rien de sa disposition générale. Renfermait-il alors une salle capitulaire, ou bien les citoyens s’assemblaient-ils simplement dans une cour, ou le long des galeries, nous l’ignorons. Le Conseil Général s’y réunit pendant plus de deux siècles1, et le Conseil Ordinaire y tint ses séances jusqu’à son installation dans la Maison de ville, au milieu du XVe siècle. Ces locaux, probablement mal clos, ne présentaient pas les garanties nécessaires pour recevoir les premières archives de la commune. On préféra les placer à la cathédrale, devant l’autel dédié à Saint-Michel, dans un coffre solidement fixé à la muraille par des chaînes2. Quand plus tard la Communauté eut sa maison, elle confia longtemps encore ce précieux dépôt à la garde de l’Eglise.

Ce n’est pas non plus au cloitre que les syndics exerçaient la juridiction criminelle. La plus ancienne sentence dont nous possédions le procès-verbal est rendue au Vieux-Mézel 3. Peu d’années après, un prévenu, après enquête faite par le vidomne, est conduit devant les syndics, pour être jugé à l’endroit où l’on tient les assises, au Vieux-Mézel4. Il est donc certain que les assises criminelles se tenaient au Vieux-Mézel, devant la maison de Merm. Bertodi, et qu’elles s’y tinrent peut-être avant même que le droit de prononcer les sentences fût reconnu aux syndics. C’est

1 En 1573, il se transporta, semble-t-il, à Saint-Germain, puis en 1623 à la cathédrale de Saint- Pierre, où il resta jusqu’à la Révolution (d’après les R. C.).

2 C. C., vol. 1, f 171 v° (1371).

3 M. I). G., t. Il, 1" partie, p. 378 (12 juin 1364).

i in loco ttbi assiste teneri et jura reddi consueverunt ante talem domina beredum Mermerti Bertodi 111 macello predicto (C. C., vol. 1, f° 29, 1372; voir aussi f° 37).

également au Vieux-Mézel que le vidomne tenait sa cour1. Les deux juridictions s’exercaient au même endroit, et c’est bien probablement celle du vidomne qui s’y établit la première, puisque le Mézel est qualifié de lieu où l’on a coutume de tenir la cour du vidomne2. La justice était rendue en plein air (ante dornurn). Nous possédons le compte de location d’un banc (banchia) situé devant une maison au Vieux-Mézel; la Communauté paye à la propriétaire, soit la veuve du même Merm. Bertodi, 25 sols pour cinq ans, parce que le vidomne y tient sa cour3.

Où se trouvait ce Vieux-Mézel que tous les textes nous désignent comme le lieu où se tenaient les assises? Galiffe1 n’hésite pas à le placer dans la rue actuelle de l’Hôtel de ville, appelée encore en 1464 5, selon l’usage fréquent à cette époque de désigner les rues par leur point initial et leur point final, rue tendant de la porte du château au Mézel (a porta castri versus macellum). De même, en 1421 4, la rue de la Boulangerie, aujourd’hui Grand’rue, est dite située entre les deux Mézels, soit le Grand-Mézel, qui a conservé ce nom jusqu’à ce jour, et le Vieux-Mézel, à l’extrémité orientale de la rue.

Si le Vieux-Mézel ne peut être placé avec certitude à l’endroit même où se trouve l’Hôtel de ville actuel, il est extrêmement probable qu’il était situé dans son voisinage immédiat. Il est intéressant en tout cas de constater que le lieu où les syndics de la fin du XIVe siècle ont commencé à rendre les sentences criminelles est resté jusqu’à ce jour le siège principal des autorités de la ville; la Communauté genevoise transforma précisément en Maison de ville l’immeuble devant lequel se trouvait le banc de justice. Jusqu’au début du XVe siècle, elle n’eut aucun édifice à elle, pas plus pour tenir son conseil que pour faire rendre la justice et mettre en sûreté ses archives ; elle utilisait dans chacun de ces cas des bâtiments existants.

En 1409 6, le Conseil s’occupe de la construction d’une maison et décide de lever un impôt dans ce but. La même année7, il fait établir dans ce bâtiment

1 M. D. G., t. VIII, p. 149, note 88.

2 in macello loco solito ibidem ad jus reddendum per curiam secularem vice dognatus (C. C., vol. 1, [° 27, 1372). Plus tard, la cour du vidomne fut transportée au château de Plie.

3 pro eo quod vicedognus in dicta banchia tenet assisias more solito (Ibid., f° 172, 1371). Plus tard, semble-t-il, les assises se tinrent à l’intérieur de l’édifice. En 1429, on enlève l’un des bancs de boucherie qui sont devant la Maison de ville à cause de l’entrée des assises (Ibid., vol. 3, f° 73). Voir aussi pièces j ustif . , n° I.

* Genève hist. et archêol., t. I, p. 248, note 5.

6 R. C., t. I, publ. par Rivoire, p. 2 (9 avril).

7 Ibid., p. 10 et 12 (17 septembre, 19 novembre et 17 décembre).

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une poutraison et procède à des achats de pierre. Il n’est malheureusement indiqué dans aucun texte où se trouvait cette maison, si elle servait réellement aux besoins de la Communauté ou si celle-ci en avait seulement la propriété. Dès longtemps en effet les syndics avaient le droit d’acquérir des immeubles. En 1 347 1 déjà, ils achetèrent, au nom des citoyens, une maison sise à la Tour de Buez. Plus tard, en 14282, la Communauté acquit à la Juiverie3 un bâtiment qualifié de domus ville et même, en 1 459 4, de domus commuais iu Iudea. On voit par ces quelques exemples, dont il serait aisé d’augmenter le nombre, combien il est difficile de reconnaître avec certitude dans le domus ville de 1409 un véritable édifice communal, tant que d’autres documents ne viendront pas confirmer les textes. Plusieurs travaux furent exécutés encore en 1410 et 141 1 5 dans ce bâtiment, et le Conseil y tint une séance pour conférer avec le maçon.

En même temps — et ceci est plus intéressant — la Communauté achetait la maison (casale), sise au Vieux-Mézel, où l’on tenait les premières assises6. Etait-ce celle devant laquelle se trouvait le banc de justice ? Cela est probable. En effet, le Conseil loua un bâtiment situé au Vieux-Mézel à des particuliers jusqu’en 1440, année où il ne trouva plus preneur7 *. Les bancs ( scanna )B situés devant la maison étaient également mis en location, à l’exception de l’un d’eux, qui resta vide à cause de l’entrée des assises9. C’est la maison mentionnée parfois dans les registres du Conseil sous les noms de domus assese (assisie)10 et de domus ville , puisque, en 1429, les deux dénominations sont employées dans deux sources différentes à propos du même fait (salaire des guets qui ont surveillé un prisonnier gardé in domo assese11 et in domo ville12). Peut-être la Communauté avait-elle gardé la

1 M. D. G., t. II, 1" partie, p. 365.

2 R. C., t. I, publ. par Rivoire, p. 96 et-100 (18 mai et 7 décembre).

3 La Juiverie ou quartier juif se trouvait dans la partie occidentale de la rue des Granges

actuelle.

* C. C., vol. 6, f» 174 v° .

» R. C., t. I, publ. par Rivoire, p. 25, 26, 27 et 33 (16 décembre 1410, 27 janvier et 24 novembre 1411).

6 Ibid., p. 13 et 14 (28 janvier 1410).

7 C. C., vol. 3, f° 1 v° (1418) et f" 73 (1429). Pap. Le Fort, portef. 152.

s Le scannum ou scamnum était une sorte d’échoppe dans laquelle les marchands, et plus spécialement les bouchers, exposaient leurs marchandises.

f propter introitum assisie (C. C., vol. 3, lu 73, 1429).

10 R. C., t. I, publ. par Rivoire, p. 30, 125 et 135 (6 juillet 1411, 29 novembre 1429 et 23 janvier 1431).

11 Ibid., p. 125 (29 novembre).

12 C. C., vol. 3, f° 91 v».

jouissance d’une ou deux salles, puisque, en 1428, le Conseil ordonne de déposer à la maison commune un nouveau drapeau (vex ilium)1.

Il est en tout cas certain que, jusqu’en 1442, le Conseil se réunit, sauf quelques rares exceptions, au cloître de la cathédrale. Cette année-là, deux séances2, en 1446 3 une autre, sont tenues à la Maison de ville à cause du froid. Une transaction passée entre la Communauté et les habitants de Saint-Gervais, le 20 janvier 1445, est dite acta in aula magna nova domus dicte communitatis sita in macello veteri 4. En 14485, on fit le premier inventaire du mobilier de la Maison de ville. Dès lors, le Conseil se réunit régulièrement dans l’édifice communal, appelé sans exception domus communis et non plus domus ville. Genève ne posséda donc une véritable Maison de ville qu’à partir du milieu du XVe siècle6; ce ne fut tout d’abord qu’une maison particulière adaptée aux besoins de la Communauté et voisine du lieu où l’on tenait les assises criminelles. Ce n’est pas, comme le veut l’opinion traditionnelle, la présence d’une tour de fortification qui a dicté le choix de l’emplacement de la première Maison de ville ; aucun texte ne nous autorise à conclure que la tour Baudet en fît alors partie. Cette assertion sera d’ailleurs dûment confirmée quand nous rechercherons l’origine de la tour elle-même. Cet édifice possède aux yeux de certains historiens en quelque sorte une double personnalité. En qualité de tour de la Maison de ville, elle n’est pas antérieure au XVe siècle, mais comme tour d’enceinte elle a, semble-t-il, existé depuis les temps les plus reculés. Cette double origine étant difficile à soutenir, essayons d’éclaircir le mystère.

Que savons-nous des premières enceintes de Genève ?

La cité du moyen âge ne s’établit pas sur l’emplacement précis de la ville romaine7. Elle occupa une sorte de promontoire, s’étendant entre le Rhône et l’Arve, et dont trois flancs étaient très escarpés, celui de l’est seul étant rattaché au plateau voisin. Les premières maisons furent construites sans doute le long de l’importante

1 R. C., t. I, publ. par Rivoire, p. 96 (25 mai).

2 Ibid., p. 153 et 154 (11 et 18 décembre).

3 Ibid., p. 156 (8 février).

5 Pièces justif. , n° I.

6 Les registres du Conseil de 1447-1457 étant perdus, la date exacte ne peut être fixée.

7 Voir sur le développement de la ville de Genève : J. Mayor, L’ancienne Genève, l’art et les monuments, 1" série, Genève, 1896, in-4°, p. 9 et suiv. Les hypothèses de l’auteur n’ont pas été jusqu’ici contestées. Selon lui, si le sommet de la colline fut occupé à l’époque romaine par une fortification, le centre de la ville était alors plus à l’est. Sans doute cette affirmation n’est pas pour le moment absolument prouvée. Elle est cependant appuyée par l’examen topographique de la ville et se trouve confirmée — en ce qui concerne le sujet de ce chapitre — par l’étude des sources postérieures.

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voie qui, venant de l’est, aboutissait au pont du Rhône. Les routes venant du sud et du nord rencontrèrent la voie principale, selon toute vraisemblance, non pas au milieu de la colline, qui était le point le plus escarpé, mais au contraire à l’endroit le plus accessible, près du Bourg-de-Four actuel. Par conséquent, la cité burgonde1, que Gondebaud ou tout autre personnage entoura de murs, n’eut, si l’on fait abstraction d’issues secondaires conduisant au lac du côté nord, que deux

Fig. i . — Plan de Genève au moyen âge a. Maison de ville. — b. Château des Comtes. — c. Tour de Buel.

portes, à l’est et à l’ouest. L’existence d’une porte dans le flanc méridional de la ville n’aurait eu de raison d’être que s’il y avait eu au centre de la cité un édifice important, château ou palais, auquel il aurait fallu avoir un accès direct. Or nous ne savons rien d’un fait semblable. Les deux points les mieux fortifiés de la ville étaient le Bourg-de-Four et la Tour de Buel, où, d après Bonivard, il y eut de tout temps des maisons fortes pour défendre les entrées de la ville. C est au XVIIIe siècle seulement que des historiens, persuadés que la cité du moyen âge occupait l’emplacement même de la ville romaine, ont voulu retrouver les deux voies d’un castrum , d’une part dans la rue de l’Hôtel de ville et la Grand’rue, de 1 autre dans les

1 Sur les enceintes de Genève dans leur ensemble, voir Galiffe, Genève hist. et archiol., et les auteurs cités ci-dessous.

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rues de la Treille et du Puits Saint-Pierre, et ses quatre portes dans les portes de la Cité, du Bourg-de-Four, du Perron et de la Treille.

Si la position de la ville romaine n’était pas exactement la même que celle de la cité du moyen âge, l’hypothèse des savants du XVIIIe siècle perd toute sa valeur. Ceux-ci n’ont pas, il est vrai, appuyé leur supposition sur ces seules considérations générales. Ils l’avaient aussi fondée sur les affirmations cependant très peu catégoriques de certains chroniqueurs. Bonivard1 ne mentionne pas de porte du côté de Plainpalais, il ne parle pas davantage des tours. Au XVIIe siècle, Savyon2 après avoir nommé les principales portes de la ville, ajoute : y ayant aparence que la porte de la maison de ville estoit lors pour descendre du costé du Plain Palaix. Après lui, Spon, La Corbière, Senebier, le général Dufour, Pictet de Sergy, le colonel Massé et enfin Galitïe ont répété de confiance que cette porte devait ou paraissait avoir existé \ Personne n’a donc jamais prouvé qu’il y eut dans l’enceinte burgonde une porte et une tour du côté sud. Nous avons indiqué les raisons fournies par l’examen des lieux qui rendent leur existence peu probable à cette époque.

Passons maintenant à l’enceinte du XIVe siècle dite de Marcossey, qui, du côté sud, conserva le même tracé que la précédente. Il est évident que les auteurs cités plus haut, persuadés de l’existence de la porte de la Treille dès le haut moyen âge, n’ont pas eu besoin de démontrer sa présence au XIVe siècle. Pour eux, le problème était déjà résolu. La question de l’origine de la tour leur semblant moins claire, ils l’ont étudiée de plus près. Senebier4, qui avait connaissance, semble-t-il, d’une transaction passée entre le comte de Savoie, le clergé et la Communauté de Genève et mentionnant la construction de vingt-deux tours en 1 3 76 5, cherche à les retrouver, soit sur place, soit sur de vieilles estampes et sur un tableau appartenant à M. Tronchin. La plus ancienne gravure connue, dont l’unique exemplaire se trouve à la Bibliothèque publique de Genève, n’est pas datée, mais elle n’est en tout cas pas antérieure aux dernières années du XVIe siècle6. Senebier se sert donc d’un

1 Chroniques de Genève, édit. Dunant, Genève, 1831, in-8°.

2 Annales delà cité de Genève, édit. Fick, Genève 1858, in-8", p. 3.

3 Ces différents auteurs s’appuyent en outre sur un traité manuscrit de Jean Goulart copié par Godefroy en 1626 et intitulé : Antiquitates Genevenses. Bien que Blavignac le cite encore (M. D. G., t. V, p. 88, note 2, et Etudes sur Genève depuis l’ antiquité jusqu’à nos jours, Genève, 1872-1 874, in-8'1, t. II, p. 01) et dise qu’il est annexé à plusieurs copies des chroniques de Roset, nous n’avons pu le retrouver.

4 Essai sur Genève, [Genève] s. d., in 4°, autographié, p. 6.

6 M. D. G., t. XVIII, p. 334.

6 Cette gravure est signée : Claud. Chaslillon delineavit C. L Visscher excudebat ; le texte qui l’accompagne porte la mention : En Amsterdam , che\ Claes ]ans\ Visscher, en la Calver-strate, à l’enseigne en Pesscheur. Elle mesure 0m 59 X2m 03 et est accompagnée d’un texte en trois langues. La fig. 5 en reproduit un fragment.

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document de deux siècles au moins postérieur à la construction de l’enceinte qu’il décrit, pour prouver — c’est le seul point qui nous intéresse ici — l’existence de la tour Baudet au XIVe siècle. Cette démonstration est à nos yeux d’autant plus insuffisante que des documents assez précis la contredisent, et que les sources principales de l’archéologie genevoise au moyen âge, les registres du Conseil et les comptes de la Communauté, ne font, avant le milieu du XVe siècle, aucune mention de la porte ni de la tour Baudet, ni d’aucun édifice portant un autre nom1 2, qui aurait pu occuper leur emplacement. En revanche, un compte assez complet des travaux exécutés aux murailles de la ville en i377 3 nousa été conservé. Les «tâches» de maçons sont divisées en sections et distribuées à différentes personnes. Entre la porte du Puits (Saint-Léger) et celle du Marché (Tertasse), il y a cinq sections, limitées généralement par des tours ou portes importantes. Aucune mention n’y est faite de la tour ni de la porte Baudet. Les sections les plus voisines de leur emplacement s’arrêtent d’un côté au jardin de Saint-Aspre3 et de l’autre à une tour Copponex (tornaleta Coppunay ), située, d’après le toisage des murs, devant la maison Turrettini 4 actuelle. Il serait pour le moins étrange qu’une tour et une porte importantes n’eussent pas été choisies, si elles avaient existé alors, comme point final ou initial de l’une des tâches, ainsi qu’on le fit pour toutes les autres tours et portes de l’enceinte.

L’existence de la tour et de la porte Baudet en 1377 paraît donc bien problématique 5 6 7. Elle le paraît bien plus encore quand on sait que la tour Baudet est mentionnée pour la première fois en iq55 dans un document, à propos des paiements faits aux ouvriers qui ont creusé ses fondations. Elle est appelée alors edifficium novum quod construitur ante portant Baudet 6 ou turris noviter edifficata vocata turris Baudet1. De même, en 1407, les registres du Conseil nous font connaître pour la

1 Les expressions de porte de Palais (porta Palacii), porte du Marché (porta de Marche ÿ, et même porta nova qua respicit versus Arvam, s’appliquent à une seule et même porte, celle dite de la Tertasse. Voir Galiffe, Genève hist. et archèol., t. I, p. 47, note.

2 M. D. G., t. XVIII, p. 350.

3 Aujourd’hui, n° 16 de la rue des Granges.

* Rue de l’Hôtel de ville, n° 8.

6 Pourquoi d’ailleurs aurait-on construit une tour de fortification aussi importante à un endroit où il n’y avait dans la muraille aucun saillant et où la configuration même du terrain formait déjà une défense naturelle?

6 C. M. et Q., vol. 1 (3 juin).

7 Ibid. (10 juin).

première fois la porte Baudet, appelée nova porta Baudet \ Tout porte donc à croire que c’est à cette époque seulement que la porte Baudet fut créée.

Ce que nous avons dit plus haut de l’installation de la maison communale entre 1440 et 1450 dans une maison particulière explique parfaitement cette création. Lorsqu’un édifice important occupa le milieu du front sud de la ville, on voulut y avoir accès d’une façon plus directe de l’extérieur. La porte fut percée et dut être défendue. On construisit alors la tour1 2, qui permit en même temps à la première Maison de ville de s’étendre et de s’installer plus commodément3. C’est donc bien, comme nous l’avons dit en commençant, l’emplacement des assises criminelles qui a seul déterminé la position de la première Maison de ville, et non pas la tour Baudet qui a été le point de départ du premier édifice communal. Cette tour est une sorte de beffroi ajouté au bâtiment primitif et servant aussi à la défense de la porte voisine*. Avant d’examiner cette construction dans ses détails, il faut donc étudier rapidement la première Maison de ville qui l’a précédée.

1 R. C., t. I, publ. par «ivoire, p. 179 et 201 (5 avril et 19 .juin).

2 On pourrait nous objecter que les vues du XVIIe siècle indiquent deux tours à côté de la porte Baudet et que les textes cités pourraient donc s’appliquer à la tour occidentale. Nous ferons remarquer à ce sujet qu’en 1457 {Ibid., p. 179 et 182, 5 et 12 avril), la tour Baudet est qualifiée de turris consilii civitatis , dénomination qui, à notre avis, ne peut s’appliquer qu’à une tour contiguë à la Maison de ville et non à une tour voisine d’un édifice particulier. Ce n’est en effet qu’en 1557 que la maison Saint- Aspre, à l’ouest de la porte Baudet, fut achetée par la Communauté pour y mettre un arsenal. C’est peut-être seulement à cette époque que la tour occidentale fut construite pour le défendre. Ce n’est en tout cas pas la vue de Genève citée plus haut (p. 10, note 6) qui pourrait nous renseigner exactement sur la plus ou moins grande antiquité de cette tour.

3 L’examen de l’édifice lui-même 11e pourra que confirmer les données fournies par les documents (voir chap. III).

* On cite pendant la construction de la tour Baudet une tour située derrière une maison achetée par la Communauté; on y plaça en 1455 deux petites banderolles (banderotœ) (C. M. et 0-, vol. 1 16 juin et 18 novembre). Ces textes montrent avec évidence que la tour Baudet ne remplaça pas cette tour, qui devait avoir une importance minime. On ne sait d’ailleurs si elle était située derrière la maison commune proprement dite ou derrière une maison quelconque achetée par la Communauté.

LA PREMIÈRE MAISON DE VILLE

Sa situation et sa superficie par rapport à l’Hôtel de ville actuel. — Enumération des principaux locaux. — Suppositions sur l’emplacement des portes. — La salle des Pas Perdus est la première salle du Conseil, agrandie en 1473-1474. — Description de cette salle; son plafond et sa décoration. — Les autres salles et l’apparence extérieure de la première Maison de ville.

Quelles étaient avant 1450 l’étendue et la position de l’édifice communal par rapport à l’Hôtel de ville actuel? Nous pouvons nous faire une idée assez exacte du quartier de la Maison de ville à l’aide du recensement des immeubles de Genève fait en 1475. Ce document1 suit l’ordre des rues, qui sont désignées le plus souvent par leur point initial et leur point final, mais dont la direction peut varier au cours du trajet. La rue qui nous occupe est dite tendant de la porte Baudet (près de la Maison de ville) à la porte Recluse (porte Saint-Léger). Chaque maison étant orientée par rapport à celle qui la précède, on peut se rendre compte de tous les changements de direction de la rue. La première maison mentionnée, celle qui est le plus près de la porte, en est cependant séparée par la Maison de ville, contre laquelle elle s’appuie au midi ; puis vient une deuxième maison au nord de la précédente, limitée elle-même au nord par un troisième immeuble. Celui-ci, son orientation nous le prouve, est situé à l’angle de la rue; il est borné à l’ouest par

1 M. D. G., t. VIII, p. 289 ss. Ce document est, il est vrai, postérieur à la construction de la tour Baudet et à l’ouverture de la porte. 11 permet cependant de déterminer avec une grande certitude la situation de la première Maison de ville, qui ne fut jamais déplacée, mais seulement agrandie.

la voie publique et à l’est par la Maison de ville. La maison qui suit est limitée à l’ouest par la Maison de ville, qui la sépare de la précédente (fig. 2). En

d’autres termes, la rue tendant de la porte Baudet à la porte Recluse subissait comme aujourd’hui un changement de direction dans sa partie occidentale. En 1475, la rue de la Treille existait de fait, sinon de nom. La Maison de ville en était séparée dans sa plus grande longueur par trois maisons particulières (1, 2, 3) dont la Communauté cherchera à faire l’acquisition, comme nous le verrons plus tard, au XVIe siècle. A l’est, deux immeubles privés (4 et 5) occupaient l’emplacement que • la Maison de ville ne s’annexa qu’au XVIIIe siècle, lors de la construction de la salle du Deux Cents (aujourd’hui salle du Grand Conseil) et de l’achèvement de la façade nord. La surface de LTmlle

l’édifice communal du XVe siècle se trouvait donc réduite 1 ç&J

a 1 étroite bande de terrain s’étendant au nord de la tour Baudet jusqu’à la rue, et dont la largeur ne dépassait pas celle de la tour elle-même. La petite parcelle voisine de la porte Baudet faisait partie de la Maison de ville en 1475, mais ne lui avait été adjointe que peu d’années auparavant.

Si nous avons pu déterminer avec une certaine exactitude la superficie et la situation de la maison commune, nous aurons plus de peine à retracer sa disposition générale.

Quelques indices nous font penser qu’elle devait être conforme à celle des autres maisons du quartier (fig. 3). Celles-ci n’eurent primitivement 1 qu’un corps de logis sur rue a), devant lequel s’étendait au midi, jusqu’aux murailles, un jardin. A l’extrémité sud de ce jardin s’éleva plus tard un deuxième Rue Je U Mai..* a. Ville

corps de logis b), relié au premier au moyen d’une galerie ~ " ‘

Fig. 3 — Plan d’anciennes

qui s appuyait contre 1 escalier a vis, selon un type très fre- maisons genevoises

1 On connaît, grâce au plan Billon, conservé aux Archives d’Etat, la disposition des maisons du XVe siècle, sur l’emplacement desquels s’éleva l’immeuble du Cercle de la Terrrasse, rue de l’Hôtel de ville, n° 6 (fig. 3) .

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Fig. 2. — Plan schématique de la première Maison de ville

LA PREMIÈRE MAISON DE VILLE

quent à Genève. La première Maison de ville dut être bâtie d’après ce modèle, et la première salle du Conseil, située selon nous dans la salle actuelle des Pas Perdus, dut occuper précisément le second corps de logis d’une maison séparée par une cour du corps principal sur rue. Plusieurs textes1 mentionnent, outre la salle du Conseil, une chambre sur le devant (aula seu caméra anterior), dont l’existence semble bien confirmer notre hypothèse. Il serait oiseux de chercher à décrire plus exactement les dispositions d’un édifice dont il ne reste presque plus rien, puisque la construction de la rampe, au XVIe siècle, et la réfection complète des façades, au XVIIe, ont détruit tout vestige de la partie nord de la première Maison de ville.

Nous pouvons cependant, à l’aide de quelques rares documents 1 du milieu du XVe siècle, énumérer les principaux locaux que devait contenir la Maison de ville à cette époque. Ce sont : la grande salle du Conseil (aula magna), une petite salle (aula minor ) et une chambre sur le devant (caméra a parte anteriori) ; puis le lieu où l’on tient les assises2, probablement à l’intérieur et non plus au dehors de l’édifice, puisqu’il est pavé de carrons en 1455 (pels de l’assise?); la chambre de l’artillerie, également pavée de carrons, nouvellement « plàtrie », pourvue de trois perches de sapins «en les bocles», couverte d’une nouvelle poutraison avec linteaux peints par Mtre Hans le peintre, et dont les portes, les fenêtres et les loges furent « repareillées » en iq56. Devant et derrière la salle du Conseil se trouvaient des «loges»3, dans l’une desquelles se tenaient les guets. Un four commun4 était également situé au Vieux-Mézel ; il semble avoir été placé près de la porte Baudet, à côté de la maison Du Bochet5, mentionnée la première, dans le recensement de 1475, dans la rue tendant de la porte Baudet à la porte Recluse ; il aurait ainsi occupé la petite parcelle à l’ouest de la parcelle principale (fig. 2). Ce four6 et les deux loge-

1 Pap. Le Fort, portef. 152. Voir aussi pièces justif., n° I et III.

2 Peut-être un local ouvert, mais couvert, une sorte de halle. Voir pièces justif., n° I.

3 On décida en 1460 de ne plus tenir les guets dans les loges (lubiis), mais au pied du « viret » de la Maison de ville (R. C., t. I, publ. par Rivoire, p. 393, 12 et 15 février). On appelle loge un palier couvert, autrement dit une pièce dont la partie extérieure est complètement ouverte. Ces sortes de galeries peuvent être situées au rez-de-chaussée, mais s’ouvrent le plus souvent aux étages supérieurs. Elles desservent des appartements ou servent de vestibules. Il y avait également des loges le long des murailles des villes fortifiées.

* Pap. Le Fort, portef. 152.

5 R. C., vol. 5, f° 132 (13 août 1462).

«; pr0 f Irma furni dicte communitatis et duarum alarum et logie existentis supra Jurnum. Pap. Le Fort, portef. 52. Le four réparé en 1459 ( R . C., t. I, publ. par Rivoire, p. 331 et 356, 18septembre, 27 novembre, 4 décembre) dut être déplacé en 1473-1474, lors de l’agrandissement de la salle du Conseil (R. C., vol. 6, f09 6 v°, 72, 96 et 98, 23 mars 1473, 25 janvier, 22 février et 8 mars 1474) ; il fut peut-être surmonté comme précédemment d’un étage, le terme trabatura supra furnum pouvant signifier aussi bien l’étage que la pou-

ments qui se trouvaient au-dessus étaient affermés chaque année à un fournier. Dans la cour de la Maison de ville il y avait un puits *. C’est à la Maison de ville que les personnes arrêtées pendant la nuit sont détenues2; il existe donc au XVe siècle un cachot, qui sera plus tard le « croton ». Un des guets habitait déjà en 1461* la maison communale, dont il était le gardien ; au XVIe siècle on l’appela le sautier.

Une porte d’entrée de la Maison de ville se trouvait à l’ouest, vers la porte Baudet, à côté de la maison Du Bochet1. Il y avait aussi de ce côté-là un escalier5 (viretus furni); peut-être ne conduisait-il qu’aux chambres du fournier, au-dessus du four. On ne peut affirmer avec certitude qu’il existât une autre entrée et un autre escalier du côté nord de la Maison de ville. Cette brève description ne nous donne pas une idée bien nette de l’apparence de la première Maison de ville; elle confirme cependant notre idée de la disposition de cet édifice. Deux corps de logis étaient certainement nécessaires pour contenir les différentes salles et chambres dont nous avons prouvé l’existence 6.

Reste-t-il aujourd’hui quelque chose de la maison où la Communauté s’établit au milieu du XVe siècle7? Peut-être quelques fragments de murs utilisés dans les constructions futures, peut-être quelques vestiges de peintures que nous aurons l’occasion de signaler tout à l’heure, en tout cas rien d’essentiel. Dans l’Hôtel de ville actuel, les parties qui datent d’avant la Réforme sont le résultat de transformations accomplies dans le dernier quart du XVe siècle. Etudions-les maintenant de plus près.

En 1 47 3 , le Conseil décide de réparer la salle du Conseil8. Un seul mem-

traison située au-dessus du four. En 1525, on mentionne encore 1 efornerius furni porte Baudet (R. C., vol. 21, fu 22, 21 mars). En 1534, on décide d’ôter le bois déposé au-dessous de la salle commune et d’ôter le four, aussi vite que faire se pourra (Ibid., vol. 27, f° 160, 29 décembre).

1 C. G., vol. 6, f° 166 v° (juillet 1459).

2 Ibid., f» 46 v° (26 janvier 1458); R. C., t. I, publ. par Rivoire, p. 403 (21 mars 1460).

3 Vigil et custos domus communitatis (C. C., vol. 6, f° 215 v°, 9 janvier).

‘ R. C., vol. 5, f° 139 (31 août 1462).

3 Ibid., vol. 6, fos 98 et 115 (8 mars et 24 mai 1474).

c Cela est d’autant plus probable qu’au XVe siècle les maisons n’avaient pas plus de deux étages sur rez-de-chaussée.

7 On fit déjà en 1455-1 457 des réparations à la Maison de ville, où leConseil s’était installé avant 1445 (C. M. et Q., vol. 1, 3 juin 1455). La pièce justificative n° II reproduit un compte de 1456, écrit eu patois, lequel présente des détails très intéressants sur les locaux de la Maison de ville et sur les travaux qui y ont été exécutés. En 1457 encore, on plaçait une serrure à la porte de l’escalier (C. C., vol 6, f° 35, 4 avril) et l’on réparait le toit couvert de tuiles (Ibid., fu 42, 28 juillet).

H Fuit expositum de aida domus commuais crescendo et reparanda et ordinatum quod fiat reparacio ipsius aide bene et ydonee (R. C., vol. 6, f° 3 v°, 9 mars).

LA PREMIÈRE MAISON DE VILLE

bre combat cette résolution, disant que le travail projeté détruit le four et le bâtiment qui se trouve au-dessus On passa outre, et la salle fut installée au printemps 1474. Pendant les réparations, du i3 juillet 1478 au 28 juin 1474, le Conseil se réunit presque toujours dans la maison d’Antoine l’Hôte1 2 3; la Maison de ville ne possédait donc pas à cette époque d’autre local assez vaste pour recevoir tous les conseillais, et la salle piecédemment occupée par le Conseil fut sans doute englobée dans la nouvelle. Cette transformation nous est décrite dans un document assez étendu. La salle ou se tenait jusqu’ici le Conseil était, paraît-il, « si ësti oi te, que a pciiue le C,ouseil ordinaire y povoit demourer , qui estoit chose honteuse et vei goi gueuse a eulx et aultres qui ont eu le régime, gouvernement et administration de la chose publicque de ainsi la laisser ». La nouvelle salle fut non seulement agiandie, mais oinée de venièies, ses loges furent peintes, ainsi que ses vingt «carres» , aux frais du syndic Montyon. Où se trouvait cette nouvelle salle et par conséquent celle qui lavait précédée? Le syndic Rigaud4 ne doute pas que ce ne soit celle où siège encore aujourd’hui le Conseil d’Etat, dans la tour. Galiffe5 n’en est point aussi sûr et s’étonne avec raison que l’on ait pu faire tant de dépenses dans un bâtiment achevé ou reconstruit, comme nous le verrons, peu d’années après 6.

Si la salle ne se trouvait pas dans la tour, elle ne pouvait être située que sur l’étroite bande de terrain qui sépare la tour de la rue de l’Hôtel de ville au nord, soit dans le corps de logis placé au sud de la cour, soit dans le bâtiment sur rue. Celui-ci a été entièrement détruit au XVIIe siècle; mais il existe encore immé-

1 quod ipsa reparacio destruet furnum et membrum subtus (R. C., vol. 6, f° 6 v°, 23 mars 1473).

En 1460, le Conseil songe à faire l’acquisition de la maison d’Antoine l’Hôte pour y établir une maison communale. 11 fut aussi question alors de l’achat de la maison Tavel. Aucun de ces projets, semble-t-il, ne fut réalisé (R. C., t. I, publ. par Rivoire, p. 406, 409 et 410, 1, 8 et 15 avril).

Une maison ayant appartenu à Antoine l’Hôte était située, d’après le recensement de 1475, entre la place de la Taconnerie et celle de la Maison de ville. Elle est taxée 500 11., les autres maisons de la rue 100 et 200 fl., la maison Tavel 500 fl. (M. I). G., t. VIII, p. 322 et 342).

3 Mss. hist. , vol. 62, f° 60 bis et v°, publié dans Rigaud, Beaux-Arts à Genève, p. 52, note 1. Les R. C. sont comme de coutume très sobres au sujet de ces travaux. Ils furent dirigés, semble-t-il, par le maître Pierre Mastoct (R. C., vol. 6, f°“ 37, 63, 64, 65, 68, 69, 74 et 103, 10 août, 16 et21 décembre 1473, 8 et 11 janvier, 1er février et 22 mars 1474). Il avait sous ses ordres des maçons ( latbomi ), des charpentiers ( carpentatores ) et des plâtriers ( greatores ). (Ibid., f» 105, 29 mars 1474).

4 Beaux-Arts à Genève, p. 52 ss.

5 Genève hist. et arcbéol., p. 249.

• 6 R. C., vol. 11, U 88 (18 juin 1488). La tour Baudet existait cependant dès 1455, mais elle n’était pas encore utilisable, puisque les fenêtres de la grande salle du 2e étage ne furent établies qu’en 1488 (voir ci-dessous ch. III).

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