‹ La Maison de ville de GenèveChapitre 5 sur 118 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

diatement au nord de la tour Baudet une grande salle dont le plafond présente tous les caractères du XVe siècle. Il semble probable que c’est bien cette salle qui fut agrandie en 1473-1474, aux dépens des locaux situés dans le voisinage du four *, celui-ci se trouvant, comme nous l’avons vu, près de la porte de la Treille. S’il en avait été autrement, nous ne comprendrions pas bien quelle aurait pu être l’utilité de cette vaste pièce, plus grande que la salle actuelle du Conseil d’Etat, et dont aucun document, sauf celui de 1473*1474, n’expliquerait la création.

Sans doute la relation des travaux exécutés à cette date ne présente aucun trait particulier permettant de l’appliquer avec certitude à une salle quelconque aujourd’hui existante, mais elle ne renferme rien non plus qui empêche de l’attribuer à la salle actuelle des Pas Perdus. Ce document mentionne des verrières. Celles-ci ont entièrement disparu et nous ne savons pas même ce qu’elles représentaient. Elles ne peuvent donc servir de critère, non plus que les loges, qui existaient déjà dans la salle primitive et dont il ne reste presque aucune trace. Les vingt «carres» peintes aux frais du syndic Montyon ont passablement préoccupé les imaginations. On a voulu y voir soit les compartiments ou caissons d’un plafond, soit des stalles ou sièges de conseillers. Or, leur nombre ne correspondait à celui des caissons ou des sièges d’aucune salle. Pourquoi ces carres ne représenteraient-elles pas, selon le sens commun du terme, des surfaces peintes en tons unis, relevés de filets de couleurs différentes, simulant des assises2. L’état des lieux ne permet pas davantage de vérifier cette supposition, car, à l’exception d’un petit fragment de fresque, aucun vestige de couleur n’a été trouvé contre les parois maintes fois repiquées de cette salle. Rien donc dans les termes du document ne peut appuyer ni combattre notre opinion. Ceux qui la croiraient fausse devraient admettre l’existence, dans la Maison de ville, à la fin du XV° siècle, de trois salles nouvellement construites, l’une, celle des Pas Perdus, l’autre, agrandie en 1473-1474, et enfin la troisième, aménagée dans la tour Baudet après 1488. Cette hypothèse nous paraît invraisemblable. Quoi qu’il en soit, la salle des Pas Perdus8 est sans aucun doute la partie la plus ancienne de

1 Finna furni et duarum alarum et logie existentis supra furnum predictum (Pap . Le Fort, porte!'. 152). En 1174, on voulait faire déboucher la cheminée de la chambre située sous la chambre du Conseil dans la cheminée du four. Ces différents locaux étaient donc bien superposés (R. C., vol. 6, f° 98 v°, 8 mars).

3 « Carreler » ne signifiait pas poser sur le sol des dalles ou des carreaux de terre, mais tracer sur les murs un appareil simulé. C. Enlart, Manuel d’ Archéologie française, t. II, p. 163.

3 Lorsque, au XVIe siècle, le Conseil s’est transporté dans la tour, la salle des Pas Perdus devint, ce qu’elle est restée jusqu’à ce jour, une sorte de vestibule. Elle porta différents noms: aula anterior (R. C., vol. 26, f° 185 v“, 9 janvier 1534); salle première ou grande salle première (J. Ant. Gautier, Histoire de Genève, t. III, p. 347 note) ; antichambre ( ibid p. 307); salle du promenoir (R . C., vol. 70, f° 29, 8 février 1575)"

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