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M.D.G., série in-40, t. IV
l’alliance générale des ligues
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Meigret. Les Bernois intervinrent dans les deux affaires et le peu de succès de leurs démarches dut contribuer à mettre leurs magistrats et spécialement l'avoyer Nægueli de mauvaise humeur contre Genève.
L’année 1548 lut encore marquée par de nouveaux avantages remportés par l’empereur qui s’empara de Constance et de Lindau. On craignit, en même temps, que des levées qui se faisaient dans la Franche-Comté ne fussent destinées à un coup de main contre Genève, et les Bernois invitèrent à plusieurs îepiises leurs combourgeois a bien se tenir sur leurs gardes.
Ces dangers extérieurs engagèrent le Conseil à se tourner vers la Suisse pour y trouver un appui.
Après plusieurs mois de négociations interrompues puis reprises, les Bernois consentirent à prolonger pour cinq ans, sans y faire aucune modification, le traité de combourgeoisie qui devait expirer en février 1 55 1 . Mais les magistrats genevois eurent aussi en vue des projets plus étendus, comme le montrent les extraits suivants du registre du Conseil :
22 mai 1548. — Alliance du Roy de France avecque les Ligues. — Sur ce que le Sr de La Vaulx qu est passé en poste par icy a refferuz que le Roy passe son alliance avecque les Ligues. Et que 1 on il heuz advys. Et, pource qui seroyt grandement le prouffit de Geneve si l’on povoyt entré en telle alliance. Et aussy qui seroyt bon d’en avoyer conseyl avec le Sr de Boy Rigaud, ambassadeur pour le Royaux Ligues, ordonné que les Srs quattres scindicques ce doybgent assemblés et doybgent appellé avecque eulx cieulx que bon leur semblera pour debastre et tracter dudictz atfere1.
Le registre est muet sur les résultats de cette conférence. De plus, le secrétait e ne dit pas si 1 idée d etre compris dans 1 alliance du roi avec les Ligues vint spontanément aux Genevois ou si elle leur fut suggérée par le messager royal. Cette seconde hypothèse parait la plus probable, comme on va le voir.
Le projet de s’unir aux Ligues ne revint sur le tapis que le i3 septembre’:
Allyance avecque les Ligues. — Voyeantle temps si dangereulx des guerres dressés de la paît de 1 empereur, et que 1 on voyt maintenant que les Cantons ne veullent doné secours à Constance, résolu que l’on trove moyen de parlamenté de telle alliance. Et que, apprès disné, les S,s comys des forteresses ce doybgent assemblés pour adviser audictz atfere2.
1 R. C., vol. q3, fa 96.
2 Ibidem, fa 192 v°.
LES CANTONS SUISSES ET GENEVE
Nous ne savons rien du résultat de la délibération des commis des forteresses. Il est probable que la chose ne fut pas poussée plus loin à ce moment. Peut-être une occasion favorable fut-elle alors perdue.
Le 24 décembre, Vandel et Curtet, qui revenaient de Berne où ils avaient été signer la prolongation de la combourgeoisie, rapportèrent des propos intéressants tenus par l’ambassadeur Bois-Rigaud à propos du renouvellement de l’alliance du roi avec les Ligues : « que le Roy se empliera de tout son povoir de faire entrer Geneve dedans ».
Cette fois l’affaire fut renvoyée à une commission composée des syndics, de Perrin, d'Arlod et de Roset ; elle revint devant le Conseil dès le surlendemain, 26 décembre :
Alliance generale avecque les Ligues. — Suyvant ce que l’on a entendu que l’ambassade du Roy de France est à Berne, solicitant la renovellation de l’alliance avecque les Ligues. Et qui a diest que le Roy ne volloyt rien entreprendre sur Geneve synon obvyer que l’empereur n’y mist la maien. Et qui avoyt charge de parlé que Geneve fust comprinse en telle alliance, que seroyt chose fort prouffitable pour ladicte cité. Touteffoys, pour à présent, a esté advisé de ne fere grand bruyct de tel affere : mes que le Sr Roset doybge escripre à Zurich pour sçavoyer des occurrens. Et, pour à présent, soyt envoyé à l’advoyer (sic) dudict Zurich, qui est amys secret de Geneve, demy dozaine de chappons et ung scent d’orrenges. Et touteffoys que ung chacun doybge considéré et penser sus tel affere pour il suyvre quant le temps sera opportun L
Suit un silence de six semaines dans le registre, puis, le i5 février 1549, on décide d'envoyer officieusement Roset à Zurich et Vandel à Soleure, pour sonder le terrain et « parler à cyeulx... qui peulvent ayder la Seigneurie de Geneve à entrer dans l'alliance generale avecque le Roy et les Ligues ».
Il ne reste aucune trace des rapports probablement oraux de ces deux informateurs discrets.
Le 1 5 mars, on eut des nouvelles de la journée tenue aux Ligues :
L’on a esté advertys que l’empereur sus telle journée a reconfirmer l’alliance vielle des Ligues. Et que 1 ambassadeur du duc de Savoex n’ast peult obtenyr bonne responce. Et que 1 alliance du Roy n est encore passé, causant qui avoyt mys en avant Geneve pour estre conjoincte à l'alliance des Ligues 2.
Le 9 avril, le Conseil, probablement encouragé par cette insistance de la 1 rance à proposer 1 inclusion de Genève dans le nouveau traité, décida d’agir
1 R. C., vol. 43, f° 274.
J R . C., vol. 44, f<> 43 v°.
l’alliance générale des ligues
officiellement par une députation à Berne. Ce zèle des ministres de Henri II en faveur de Genève nous semble pouvoir s’expliquer par deux raisons : d’abord, ils craignaient qu’un coup de main hardi ne mît la ville aux mains de l'empereur; la présence d'une garnison impériale à Genève aurait créé, en effet, un danger constant pour les provinces françaises voisines et aurait gêné très fort les relations de tout le royaume avec 1 Italie et la Suisse. Ensuite, ils espéraient probablement que l’adhésion de Genève aiderait celle des cantons protestants et spécialement de Zurich et de Berne qui, nous le verrons encore, se montraient fort récalcitrants et invoquaient comme une des principales raisons de leur abstention le scrupule de s allier à un roi qui persécutait leurs coreligionnaires.
Perrin, qui était premier syndic depuis deux mois, et le conseiller Etienne Chapeaurouge furent chargés de cette mission. Leurs instructions furent expédiées le 12 avril. Elles étaient ainsi conçues :
Instructions à nous très chiers et bien aymés freres, nobles Arnyed Perrin scindicque et Estienne Chappeauroge conseiller, à eulx bailliés ce 12 d'apvril i54g pour allé à Berne.
Premièrement, fere nous très humbles recommandations aux magnifficques, puissans et très redoubtés seigneurs Advoyer et Conseil de Berne, nous grans bons amys et très chiers combourgeoys, avecque presentacions et aoffres des honneurs, services et playsirs à nous possibles.
En après, proposer comment, suyvant les bons advertissemens que par cy-devant ilz nous hont faict, de quoy très assertes les remercions, havons mys ordre, tant en envoyeant espyes çà et là out i Hast esté expédient que en faysant bon guet et en nous fortiffiant jouxte nostre pouvoyer, que la grâce Dieu nous a préservé de toutes sinistres supprinses jusque à presentz. Mays, considérant le temps si dangereulx et les occurrens, et que sûmes asseurés que ung empereur et le Prince de Piémont tâchent journellement à nous ruyner s’ilz peulvent, et non seullement nous, mays de abbatre laz parolle de Dieu, comment ledict empereur a deyjaz commencé, ainsin que leur Excellences en sont plus amplement advertys. Et aussy ledict Prince poursuyst à la sollicitacion dudict empereur à estre réintégré en ses pays. Et que nostre ville c’est une clez de pays, à laquelle si survenoyt quelque dangier, dont Dieu par saz bonté infinie nous voiliez préservé, que dangier et inconvénient pourroyt advenyr à eulx et à nous. Et aussy que c’est le passage plus propre d’entre le Roy de France et les Excellences des Ligues. Et que havons aulcunement apperceuz quy ce sollicite une renovellation de alliance et confédération d’entre ledict Roy et les Excellences desdictz magnifficques et très puyssans Seigneurs des Ligues. Et, pour obvyer à toutes suspeqon que l’on pourroyt mectre sus Geneve, considérant aussy l'inconvenient qu’est survenuz à la ville de Constance à faulte d’alliance et secours. Et que leurs Excellences ne doybvent estre desplaysans sy cerchons amytiez avecque leurs amys et confédérés. Et que, quant Geneve aura plus d’allvance, speciallement avecque eulx et leur allyés, quy leur playse considéré le grant bien quy peult advenyr à eulx pour la préservation de leur pays. Cart, en venant secouryr Geneve, l’on deffend et preserve leurdict pays. Et aussy une telle allyance commune pourroyt fere retyré en arriéré leur ennemys et les nostres. Dont
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LES CANTONS SUISSES ET GENEVE
ces choses considérés, et comment leur Excellences le peulvent et sçavent tropt mieulx que nous entendre, les supplyons que leur bonplavsir soyt nous donner faveur, aussy nous consei Hier et guyder en cest affere. Et leur playse, tant avecque l’ayde de Dieu que par leurs bons moyens, advys et conseil, que puissions entré en alliance commune et generale desdictz Excellons et très puissans Seigneurs des Ligues. Et à eulx, voyeant que le temps le requiert à cause des choses occurrentes, nous présenté avde et estre favorable. Cart en cecv ne vouldrions entreprendre chose à eulx ny az nous prejudiciable, ny sans leur bon conseil et advys ; mays derechier qui leur playse considérer que, si pouvyons parvenir à tel bien, quelt proffit leur seroyt et à nous aussy. Et aut contrayre, en quelt dangier les ungs et les aultres pourrient tomber sy ung empereur poursuyvoyt ses entreprinses contre eulx et nous. Et que leur Excellences ne doybvent estre desplaisans si mectons cecy en avant, mays leur playra le tout prendre à la bonne part, et en ce nous en donner leur amyable responce, conseil, faveur et ayde. P. Rufi1.
A ces instructions en étaient jointes d’autres destinées à être présentées au Deux Cents de Berne; on y lit entre autres :
Et daventage proposeront que, sy survenoyt quelque dangier ou inconvénient à une ville de Geneve, dont Dieu ne veuillez, en quelt dangier leur pays pourroyt tomber, cart, combien que, jouxte la bourgeoysiez d’entre les deux villes, leur Excellences nous venissent secouryr, que ce ne seroyt pas des guerres du passés, mays que eulx mesrnes pourrient estre
occupés à eulx et leur pays garder et deffendre . Quy ne doybvent estre marrys ny desplay-
sans si pourchassons chose a eulx et à nous proffitable. Et que cerclions amitiez et alliance avecque eulx, leurs allyés et confédérés.... Et que, quant à l’astriction qui dict que Geneve ne debvra fere alliance avecque aultres sans leur sceuz, que aussy n’entendons fere alliance avecque aultre, sinon avecque leur amys et non avecque leur ennemys a.
Ces arguments si pressants et présentés avec tant d’insistance ne parvinrent pas à convaincre MM. de Berne, ni même à changer leurs résolutions. Le 29 avril, Perrin et Chapeaurouge vinrent rapporter au Conseil que la demande de Genève n’avait pas été agréée et que, de plus, ils avaient été aigrement rabroués par 1 avoyer Nægueli, qui « volly jamex porter la parolle pour eulx, mes se coirossoyt a eulx quant de cella il le fassiont requeste ».
L humeui des magistrats bernois s explique par l’insuccès de leur inter- \ ention dans les affaires Perrin et Meigret. Mais leur refus s’explique surtout par 1 avantage qu'ils croyaient avoir à rester seuls protecteurs de Genève, et aussi par leur ferme intention, à ce moment, de ne rien faire qui pût être agréable a la France. Perrin et son collègue rapportaient d'ailleurs une lettre où le lefus des Bernois était plus ou moins motivé et dont il faut résumer ou citer les principaux passages :
’ P. H., no i437.
- Ibidem.
l’alliance générale des ligues
Après avoir rappelé l’aide et les avis mutuels que s’étaient donnés les deux villes en cas de danger, les Bernois déclaraient qu’ils voulaient fidèlement garder et observer la combourgeoisie et les autres traités, lettres et sceaux dressés entre eux et Genève.
Tiercement, non oblié lesdicts Seigneurs de Geneve le traicté et le contenu des lettres et seaulx lesquelles ont baillées à mesdicts très redoubtez Srs, touchant de non contraicter aulcune alliance, bourgeoisie, intelligence, avec princes, seigneurs, villes, communaultez et aultres quelconques sans leurs sceu, vouloir et consentement. A ceste cause, mesdicts très redoubtez Srs entendent et se confient que leursdicts combourgeoys de Geneve demeureront à cella, et observeront tout ce que les lettres et seaulx devisent et contienent, et se fieront envers mesdicts très redoubtez Srs que, en cas de nécessité et au besoing, leurs presteront et dorront secours, ayde et assistance, comme à ce sont entenu en vigueur de la bourgeoysie. Dont n’est question ne de besoing que lesdicts Srs de Geneve serchent ne demandent aultre alliance &c l.
La réponse ne pouvait être plus péremptoire. Elle ne rebuta pourtant pas le Conseil. Dans une séance extraordinaire, tenue le 3 mai au soir et à laquelle assistaient, avec les syndics, le lieutenant Du Mollard, les conseillers Corne, Chaultemps, De Fosses, Vandel, Roset et le trésorier Des Arts, il fut résolu de continuer à s'efforcer d'obtenir l'alliance si désirée. Pour donner plus de poids à cette résolution, peut-être aussi pour imiter Berne qui répondait au nom de l’avoyer, Petit et Grand Conseil, on décida de faire confirmer cette résolution par le Deux Cents.
Lntre temps, de bonnes paroles d'un Valaisan vinrent réconforter le Conseil :
7 mai 1 54g. — - Le Sr Kabamatther, cappitaine de Valley . — Lequelt revyent de France et a consellié que il seroy bon que Geneve solicitaz d’entré en l’alliance generale des Ligues, et que le temps le requier à présent. Et, combien que Berne ne veult à cella consentyr, que l’on ne laysse pas de poursuyvre tel afi'ere. Et que Valley, Fribourg, Zurich et Balle assisteront à Geneve et d’aultres cantons avecque. Et sur ce, résolu que l’on suyve à tel cas2.
La séance du Deux Cents eut lieu le 8 mai. Les syndics exposèrent ce qui avait été fait jusqu’alors en insistant sur l’urgence de la réussite du projet d'alliance et sur la nécessité du secret. Ils expliquèrent que le refus des Bernois se basait essentiellement sur la « clausule » de l’article 2 du Traité perpétuel que l'on avait si souvent voulu faire abroger. D'une seule voix, semble-t-il, le Deux Cents prit l'arrêté suivant:
1 P. H., n° 1437, 25 avril i 54g.
2 R. C., vol. 44, f° 90 v°.
LES CANTONS SUISSES ET GENÈVE
Arresté que l’on doibje suyvre la matière par tous les meilleurs de moyens que faire ce pourra. Et que messieurs du Petit Conseil en aye la charge de suyvre, ausquel l’on donne omnimode et plaine puissance de faire ce que sera requis, sans riens espargnyé. Et que le cas soit tenus secretementz 1.
Le lendemain, l'on profita de la permission donnée par le Deux Cents de ne rien épargner pour régaler magnifiquement des ambassadeurs suisses qui revenaient de France :
Conseil , g niai. — Alliance des Ligues generale. — Suyvant l’arrest de messieurs des Deux Cent et la puissance attribuée à messieurs du Petit Conseilz, pource que les seigneurs ambassadeurs revenant de Lion : de Chewiz(?), de Claris, Andrevalden et Salleure, aujourdhuyctz sont arrivé à la Tour Perse, messieurs estant assemblé pour leurs faire compagnye, sont aller soupper avec eulx, no. Sr Amyed Perrin, Estienne Chappeaurouge, Claude Rosetz, le seigneur trésorier des Ars, Françoys Béguin et le Sr Françoys Chamoyex. Lesquieulx hont, suyvant ladicte charge, (hont) exposé et prié lesdictz seigneurs ambassadeurs au nom de mesdictz Seigneurs, il leuis plaise avoir la Seigneurie de Geneve pour recommandé, en ce qui désirent grandement de povoir entrer en 1 alliance et amytié des très puissanz et magnifficques Seigneurs des Ligues, et pour ce faire qui leurs plaise nous pourter faveur et donné ayde affin de prier les Seigneurs de Berne nous combourgois, de prier leurs Excellences qui leurs plaise nous recepvoir et retenir pour alliances avec eulx, comme Melleuse et les aultres villes semblables, aux mesmes tins et condicion, affin que par le moyens et ayde de Dieu et de leurs Excellences nous puissions obvyer aux entreprinses et pratiques de l’empereur et aultres qui desireroyent nous molesté, et mesme à la présente journée qu’est assignée au lieu de Saleure. Arreste que l’on leurs envoyés de la malvoisie et que les seigneurs Rosetz, Defosses et le seigneur Françoys Chamoyex allent boyre ladicte malvoisie et leurs rememourer ledictz affaire, et les prier il leurs plaise avoir ledict affaire pour recommander. A la reste, pource que la journée se tient à lundi à Saleure, mectre en conseilz si l’on envoyera ambassadeurs pour parfaire le cas sus escriptz2.
Le même jour, on fixa la ligne de conduite que les nouveaux députés devaient suivre à Berne :
Alliance generale des Ligues. — Sur ce que aujourdhuyctz mattin ce sont assemblé Messieurs pour avoir advis sur l'entreprinse que l’on est en deliberation de aller à la journée des Ligues leurs prier de nous faire rentrer en icelle. Et, affin que la chose fust myeulx guvdee, 1 advis estoit que l’on se adresse de la partz des seigneurs des Deux Centz, prier L Su Au m N de Bei ne en Petit et Grand Conseilz qui leurs plaise de nous voulloir présente et estre favorable envers les Seigneurs des Ligues et faire les meilleures remonstrances qui sera possible. Et, cas advenant qui ficent difficulté de acepter cella, que encoure les .v ambassadeurs ayent charge le leurs exposer et dire qui ne leurs doibje déplaire, si vont prier les Seigneurs des Ligues, les prier qui leurs plaise que il veullent consentir. Et en oultre de leurs dire que si ne voulaient aussi à cella consentir, qui leurs soit remonstré
1 R. G., vol. 44, fo 93.
■ Ibidem, f° 94 v°.
l’alliance générale des ligues
qui ne doibvent estre marry si l'on faict cella, car c’est pour aultant que nous voulions estre décharger devant les Ligues en cas qui survint quelque dangier et qui ne nous soit reproché ou bien à l’advenir que noz en soyons déchargé. Arresté que l’on actende demain la venue du seigneur Grafferier qui doibt venir aujourdhuytz ou demain, et que la matière soit suyvie au mode susdictz et par tous les meillieurs moyens que faire ce pourra au profitz de la Seigneurie L
Le lendemain, on désigna pour cette mission les deux députés qui avaient déjà été à Berne, en leur adjoignant François Lullin pour représenter le Deux Cents. Il semble que le cas pressait puisque, dans l’alternative d’une réponse favorable, à Berne, les députés auraient pu prendre immédiatement le chemin de Soleure, où la diète discutait le traité d’alliance avec la France. On perdit cependant plusieurs jours. Chapeaurouge s’excusa d'abord sur une maladie de sa femme et « sur les cas et procès qu’il avoit ». Perrin et lui vinrent ensuite dire qu’il était inutile d’aller immédiatement à Berne « à cause de ce qu'il l’on entendus que messieurs les advoyer et aultres bons amis de Geneve n’y sont pas et sont sur la journée à Solleure». On attendit ensuite deux jours le Sr Graffenried dont on voulait avoir l’avis et qui ne vint pas. Ce ne fut que le 18 mai que les instructions des députés, auxquels on avait adjoint le lieutenant Du Mollard, furent dressées. Elles répétaient les mêmes arguments que celles de la première députation, en insistant sur le fait que la demande des Genevois n’impliquait aucune intention de leur part de déroger à la combourgeoisie, la nouvelle alliance contractée avec les alliés de Berne ne pouvant que confirmer et resserrer celle-ci. Ces dernières raisons peuvent bien avoir été produites d’après les conseils de l’avoyer de Watteville qui, arrivé à Genève ce jour-là, dit en effet aux conseillers venus pour lui tenir compagnie: «que l'on ne doibje point parler de non observer l’ung envers l'aultre ladicte bourgeoisie, mais que l’on la veult observer et lettres et seaulx. Et que, si la chose est bien donnée à entendre, que cella se pourra acepter ».
On s’inspira, pour la rédaction des instructions, des conseils du magistrat bernois et des idées émises en Conseil. En voici le passage le plus important :
Et leurs remonstrerontz que nous avons bien telle memoyre de la bourgoysie, lettres et seaulx que nous ne voulions ny entendons derougué à icelle. Et que la chose que nous demandons n’y derougue pas, pource que c’est l’augmentacion de l’honneur et proufht de toutes les parties mutuellement promis de observer et garder en ladicte bourgoisie. Et
1 R. C., vol. 44, f° 96.
LES CANTONS SUISSES ET GENEVE
que ne le faisons pointz pour nous dejoindre ny séparer de leurs bonne amytié, mais entendons ce soit pour myeulx nous y joindre et demeurer avec eulx et les aultres excellens Seigneurs des Ligues, comme myeulx se pourra faire jouxte leurs bon advis et conseilz.
A cecy nous contrainct la considération des dangiers que de présent l’on voit par les machinations que journellement se font allieurs et les troubles que plussieurs republicques y hont souffertz, que nous est ung myroil et exemple autquel debvons bien cercher de obvyer. Par quoy lesdictz très redoubtez Seigneurs, nous très chiers combourgois, ne nous doibvent retfuzer nostredicte demande, ains à icelle consentir comme chose juste et raisonable et de quoy derechiefz très humblement les supplieront'.
Tandis que les quatre députés allaient porter cette nouvelle et pressante requête, Calvin se présenta en Conseil, le 20 mai, pour raconter qu’ayant appris le refus de Zurich d’entrer dans le nouveau traité avec la France, « ilz a esté prié par aulcungs bons personaiges que il seroit bon qu’il alla là pour persuader aux ministres lesquieulx, comme il entend, sont cause du reffus, requérant qui playse à Messieurs de luy donner congé pour il aller, et que fera tant que à luy sera possible de les prier il condescendre, espérant que il viendra à bonne fin ».
Le Conseil autorisa cette absence. On verra bientôt que Calvin ne réussit pas mieux dans cette mission que par ses lettres à Bullinger.
Le 29 mai, les quatre députés étaient de retour :
Et ont rappourté .... leur besognye, spécialement comment, suyvant leur instruction, il sont estés aoys en Petit et Grand Conseyl. Et qui entendirent par quelque bon amys secret que lesdictz de Berne ne vollyent donner aultre responce, synon ce tenant à celle que autparavant avyont ballié, que estoyt contrariante à ce que Geneve prétend. Mès, sachant cella secrètement, ils informarent plussieurs des Srs dudictz affere et comment l’on pretendoit entré en telle allyance. Et spécialement en informarent Monsieur l’ancien boursier Auspurgue, que le rappourta en Conseyl en leur absence. Et ont pryns si bonne diligence pour informé cieulx qui cognoyssiont estre expédient d’informer que plussieurs maintenant son en bonne deliberation de assisty en Geneve. Et enfin, leur a esté ballié responce que il désirent qui leur soyt ballié la déclaration par escript comment Geneve prétend d’entrer en telle alliance — Or, pource qui n avyont puyssance de ballié icelle déclaration par escript, hont relater et refferuz comment sus est diest... 4
Les députés apportaient, en même temps, une lettre des conseils de Berne confirmant leur rapport.
Dès le lendemain, le Conseil délibéra sur la façon de procéder pour la 1 edaction de la déclaration demandée par MM. de Berne. Il en chargea une
1 P. H., n° 1437, 18 mai O49.
2 R. C., vol. 44, f° 1 15.
L ALLIANCE GENERALE DES LIGUES
commission composée des quatre députés, des conseillers Vandel et Roset et des deux secrétaires Ruffy et Béguin. Mais le Conseil lui-même formulait déjà les points principaux qui devaient figurer dans cette déclaration :
C est que nous entendons de vivre et mourir avec eulx et pour la relligion. Aussi que nous leurs prions que, si se laict ladicte alliance (avec la France), que nous il puissions entrer par les mesme condicions que eulx mesme il entreront ; et aussi, que si cella ne se faissoit , que nonobstant que ladicte alliance ne se fist avec le Roy, que encoure nous puissions entrer avec lesdict\ Seigneurs des Ligues. Seurement aussi soit declairer que nous voulions... maintenir leurs honneurs, aussi lettres et seaulx que leurs avons bailler1.
Ce q juin, la commission proposait quatre rédactions dues aux deux secrétaires, à Vandel et à Roset. Ce fut celle de ce dernier qui fut choisie pour être présentée au Deux Cents et approuvée le lendemain par le Grand Conseil qui chargea François Lullin d’aller la porter à Berne.
T les malheureusement le texte de cette pièce n'a pu être retrouvé ni aux Ai chives de Geneve ni a celles de Berne. Il ne nous reste donc de cette piece impoi tante que la version modernisée et peut-être incomplète que nous en a laissée Gautier2 ; en voici le texte :
Nous sindics &c., pour nous prémunir contre les entreprises de nos ennemis, nous souhaitons d avoir quelque part à la puissante, forte et excellente alliance des hauts et très puissans Seigneurs des Ligues, par l’entremise et le secours et en suivant les bons avis des magnifiques et puissans seigneurs nos combourgeois de Berne, et aux conditions les plus avantageuses que nous pourrons obtenir, sans prétendre de nous séparer d'eux en quelque maniéré que ce soit ou de rien faire de contraire à nos engagemens, auxquels nous déclarons de plus toit que nous voulons nous tenir, de meme qu’à la bienheureuse reformation de 1 Evangile, que Dieu nous a fait la grâce de recevoir de leurs mains, dans laquelle nous voulons vivre et mourir avec eux.
Il est au moins singulier qu'aucune mention du traité projeté avec la h rance et de l'inclusion de Genève dans cette alliance ne figure dans cette pièce. Gautier a-t-il supprimé le passage qui s'y rapportait ? Le Conseil a-t-il renoncé à en faire mention, à cause des dispositions de plus en plus défavorables des Bernois à l'égard de ce projet ? C’est ce qu’il est impossible de savoir en l'absence de la pièce originale.
1 R. C., vol. 44, f° 1 16 v°.
LES CANTONS SUISSES ET GENEVE
Tandis que François Lullin retournait à Berne avec ce texte, Calvin revenait de Zurich. 11 en rapporta, le 6 juin, les nouvelles et les recommandations suivantes :
Après avoir parlamenté avec plussieurs des Srs de Zuric, tant ès ministres que aultres &c., dont a entendus : en premier lieu, il az esté informer, passant par Berne, que il sont conformé à cella que l’on desire faire l'alliance, et que il ontz faict certain arrest par escript de cella. Et que aussy, quant aux second, que il az entenduz comme il n’estz possible que la Seigneurie de Zuric vieulle entrer en ladicte alliance oultre l'ancienne qui hont avec le Roy. Et que il en sont esté admoneté par les Srs de Andrevaldent, et disent qui ne vaillent point vendre leur sangs. D'aultre partz que, quant à nous affaires, qui az heubz conseilz que il seroyt bon que l’on mis appartz et adroyt pour monstrer que nous ne sommes point subjectz ny au duc de Savoyex nyàaultre. Et que de cella il az esté inter[ro]gué. Aussy que, si telle alliance se faissoit, qui seroit requis que l’on lisse exibitions desdictz droys, en cas que aulcungs en voulsu sur cella querellé &c.1.
L’abstention obstinée de Zurich était profondément regrettable pour Genève. Outre les raisons données ci-dessus, il est évident que le « premier canton », craignant, depuis la défaite de Cappel, d’éprouver de nouveau un malheur semblable, garda pendant plus d’un demi-siècle une attitude passive qui diminua beaucoup son influence dans les diètes; cela contribua à affaiblir les cantons évangéliques et à faire tort aux aspirations helvétiques de leurs coreligionnaires de Genève.
D autre part, même en ce temps où le duc de Savoie était réduit au comté de Nice et n avait encore aucune alliance intime avec les cantons catholiques, il pouvait être très utile de rassembler les preuves de l’indépendance de Genève, pour le cas où l’on arriverait à négocier avec la diète.
Le 17 juin, la troisième députation pour « la poursuycte de l’alliance generale des Ligues en faveur de Genève » se terminait par le retour de François Lullin. Cette fois, au lieu d un relus absolu, Geneve obtenait de bonnes ‘paroles et une piomesse conditionnelle pour un avenir, il est vrai, assez éloigné; en attendant le secoui s de Berne restait son seul appui contre la menace constante des dangers extérieurs.
Voici le texte de cette réponse dont l’orthographe et le style prouvent qu elle lut rédigée, en français, à Berne :
1 R. C., vol. 44, fo 1 25 v°.
L ALLIANCE GENERALE DES LIGUES
Ayants mes très redoubtés Srsadvoyé, Petit et Grand Conseil aujourd'huy ouys et entenduz les propositions et instruction de noble et honnorable Franceois Lullin, ambassadeur de Genefve, se sont resoluz et faict telle responce, asçavoir : qu’ilz ayent bien entenduz le contenuz de leur advis, lequel touttesffoys ne leur semble encore pour le présent à poursuyvre. Mais que leursdicts chiers combourgeois de Genefve ayent en fresche memoyre comment le terme de la bourgeoisie d'entre eulx et mesdicts très redoublés Srs estre presque revoluz et expiré, ilz ayent par ensemble nagueres prolongué le terme d’icelle de cinq ans, et feussent délibérez cependant lesdicts cinq ans soy conjoindre des deux villes pour et affin que chescune d'icelles dheusse produyre leurs grietfz et querelles qu’ilz pourroient avoir de la présente combourgeoisie, pour à ce obvier, admoindrer et admoderer par les meilleurs moyens et loysir qü’ilsera possible, et prolonguer davantaige ladicte combourgeoisie, aussy corroboration et amplification d’icelle, affin de soy unir et consulter à plus patiente combourgeoisie desdictes deux villes. A quoy faire, mesdicts très redoubtés Srs soyent encore prestz et délibérez pour entretenement de ladicte combourgeoisie, grande amytié ei bonne voysinance.
Ce estre faict, soy offrent présentement mesdicts très redoubtés Srs de tout leur pouvoir, par tous moyens competants, auxdicts leurs très chiers combourgeois presterayde, faveur et conseil d’y pouvoir entrer dedans l’alliance d’avec Messieurs des Ligues, comment ceulx de S. Galle, Rottwyll et Millhusen, et en les faire comprendre dedans la paix perpétuelle d’entre le Roy de France et lesdicts Messieurs des Ligues. Et car (?) de servir, faire tous plaisirs, honneurs et advancer par tout lesdicts Srs de Genefve, mesdicts très redoubtés Srs soyent pour le debvoir de la combourgeoisie prompts, et de préserver le contenuz d’icelle, aussy des traictez, lettres et seaulx dressés enclins. En quoy ilz se confient pareillement esdicts leurs très chiers combourgeois. Actum xiije jour de juing 1 549.
Stattschryber der Statt Bernn,
H . Zechennder 1 .
Cette réponse semblait plus favorable que les précédentes, puisque ce n’était plus une fin de non-recevoir absolue. Mais, d’autre part, la décision de remettre toute négociation ultérieure jusqu'au moment où l’on traiterait pour le renouvellement de la combourgeoisie donnait aux Bernois un excellent prétexte à invoquer, en cas de nouvelle insistance des Genevois. Us surent fort bien s'en servir.
Le lendemain du retour de Lullin, le Conseil prit la décision suivante :
20 juin. — Pource que les Sr* de Berne ont fayct leur dernière responce qui ne sçaryont consellier d’entré en ladicte alliance jusque passé les cinq ans de la combourgeovsie, resoluz que les Srs des choses sécrétés ce doybgent assembler et doybgent entre eulx advisé de leur escripre encore une bonne lectre de remonstrances4.
Cette réunion eut-elle lieu ? La lettre fut-elle écrite ? 11 ne nous en est resté aucune preuve.
4 R. C., vol. 44, f° 1 36 v°.
LES CANTONS SUISSES ET GENEVE
Après cela, le Conseil garda sur le projet d’alliance un silence de deux mois. Il n'en est plus fait mention avant le 23 août. Ce jour-là, il fut proposé d'écrire à Roset, qui était à Berne pour l'affaire Roz Monet :
Si voyt qui soyt expédient, qui parle auxdicts seigneur advoyer et quattres banderet, et non en Conseilz, si auroit moyens de suyvre à la l’aliance des Ligues, comme l’on les az prier pour obtenir de faire ladicte alliance par leurs bons moyens1.
Roset ne put s’acquitter de cette mission officieuse, car il était déjà en route pour revenir à Genève où il arrivait le lendemain. Le Conseil, peut-être sous le coup de quelque nouvelle menace extérieure, décida, le 27 août, de faire de nouvelles instances officielles à Berne afin que celle-ci autorisât Genève à faire des démarches directes auprès de la diète en vue de la conclusion de 1 alliance si désirée. Perrin et Roset furent désignés pour cette quatrième députation. Leurs instructions, datées du 3o août, rappelaient les demandes précédentes, la dernière réponse de Berne, et continuaient en ces termes :
Mais, pour aultant que, dempuis telle derniere responce, avons considérer les dangereusses praticques que ce demennentz de plus fort de jour en jour pour invayr le païs si les adverssaire peulventz. Et que, pendant ledictz terme desdictz cinq ans de la combourgeoissie, ilz pourr°yt survenir quelque inconveniens, dont Dieu ne vueille. Et que, si telle alliance estoit passée, cella pourroit obvyer à plussieurs sinistres machinations et praticques, encoure dereschiefz les prierontz de nostre partz affectueussement qui leurs plaise nousprester ayde, conseilz et faveur en ce endroyt, et tellement nous assister que puissions entrer en telle alliance. Et ne voulloir prendre à la malle part si leur summes impourtung en cest affaire. Car ilz nous semble que telle prolongation pourroit plustost tomber au desaventaige desdictes deux
Seigneuries que au proffitz, voyant les occurentz. Touteffois ne pouvons croyre que leurs
Excellences reliusent nostre si raisonable requeste. Et si, par fortune, il ne leur plaictz icelle nous acepter, les prions qui leurs plaise de ne prendre à la maulvaise partz si nous nous pi esentons sus une journée generale des Ligues, et illect faire requeste que leurs plaise prier 1 Excellence de nousdictz très chiers combourgois de Berne de voulloir aquieser a nostredicte requeste, afhn que à 1 advenir ne nous soit imputer que n’ayons faict nostre debvoir et deli— gence pour entrer en telle alliance 2.
1 anclis que Perrin et Roset étaient encore à Berne, des ambassadeurs des onze cantons, qui avaient conclu le nouveau traité avec la France et qui se ren-
1 R. C., vol. 44, f° lyq.
l’alliance générale des ligues
daient aupi es du roi pour le signer, passèrent a Genève ; ils étaient accompagnés par un des négociateurs français. L’occasion parut bonne au Conseil de tâcher de se les rendre favorables, pour le cas où 1 on arriverait à demander à la diète 1 inclusion de Genève dans 1 alliance générale ou dans le traité avec Henri II. Voici comment le registre rend compte de ce passage à la date du 8 et du 1 o septembre :
Ambassadeurs des Ligues allant au Roy pour le serment de l'alliance. — Pource qui sont de nous amys et que l’on pourroit parlamenté avec eulx de l’aliance generale pour il povoir entré, a esté advisé qui soyent esleu huict des seigneurs du Conseilz pour leurs faire compaignye pendant qui demoureront icy, et leurs soit pourté du vin et faict tous les honneurs que sera possible....
Le seigneur ambassadeurs Monsieur de Menaige et les Srs ambassadeur.? des Ligues, Lucherne, Ouris, Seulleure, Fribourgs, Claris, Zus, Sanct Galles, Appesel, Zafuser, Andrevalden, Svycler (Schwyz), Valley et les troys bendes Grises, sur ce qui arrivarent hiers icy, et esquieulx l’on a envoyer du vin et faict bonne compaignye, et l’on a digné et soupper avec eulx. Et aussi leurs fust monstrer l’artillerie et la forteresse de la ville, de quoy se sont bien contenter de l’esquippaige. Et, en se pourmenant avec eulx parrny la ville et alentour, ledict seigneur de Menaige a ouvert moyens de l’alliance. Et que lesdietz susnommés canton hont entrer en ladicte alliance, réservé Zuric et Berne lesquieulx n’ont point voulsu entrer à cause du païs de Savoyes. Toutefiois que le Roy leurs a faietz laisser leurs plases en ladicte aliance. Et lesdietz Srs des Ligues hont promis et juré de maintenir les païs conquis de Savoyes, tant delà que deçà les nions. Et que, quant Berne entrera en ladicte alliance, que nous il seront comprins. Et que avant qui soyt deux moys que nous n’aurons des novelles, car le Roy desire de nous faire plaisir. Et que nous sûmes en bonne reputacions envers Messieurs des Ligues. Et que l’on exsperoit que, avant qui fust guyre, l’on il provoistra. Et plussieurs aultres propostz. Après, a esté arresté que l’on leurs pourte la maulvisée par leurs lougis, et aussi leurs soyt tenus compaignye à digné et faict veoir l’artyllerie soubt le pollier, vers le bellouard du Pin, vers le beliouard de l’Ouez et là hout il sera de besoings, en leurs despartementz. Soit aussi assembler dix ou unz chevaulx pour leurs faire compaignye jusques au pourt de Chancier, et leurs soit pourté la collation à la Gravaz pour prendre congé d’eux &c.‘.
On verra que cet accueil courtois ne fut pas complètement inutile et que les députés suisses conservèrent un agréable souvenir de leur passage à Genève.
Le lendemain 1 1 septembre, Perrin et Roset étaient de retour de Berne et faisaient rapport. Leur ambassade avait encore moins bien réussi que les précédentes. Ils n'avaient pas pu avoir audience du Conseil à cause de l’absence
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LES CANTONS SUISSES ET GENEVE
de plusieurs conseillers, et ils n'avaient pas osé demander la convocation du Deux Cents, parce que cela n'était pas prévu par leurs instructions. Ils se bornèrent à relater ce qu'ils avaient appris dans des conversations particulières :
Ce neanlmoings, ainsi qui hont entendu, il ne heussent riens faictz ny appourter aultre responce que la precedente &c. Touteffois qui hont bien entendus d’aulcungs particullier que quant eulx mesme il entreront que nous il pourrions bien entrer. Mès qui font difficulté de il entrer à cause de ce que le Roy ne veut point enclourer le païs conquis. Aussi que le Roy veult avoir le choex de eslire tous les cappitaines et plussieurs aultres articles. Par quoy font reflfus de il entré, à cause aussi que le Roy ne veult point que il retirent riére eulx en leurs païx point de ses subjectz1.
11 fallait donc s'en tenir à la promesse éloignée et conditionnelle de Messieurs de Berne. Etant donnés les précédents, cet engagement était plutôt insuffisant. La seule conduite à suivre était donc de tâcher de se concilier des sympathies dans les autres cantons pour le cas où l’affaire arriverait devant la diète sur la proposition de la France ou à la suite d'une demande directe de Genève. On venait d'agir dans ce sens auprès des ambassadeurs. On fit de même pour le secrétaire de Bâle, Falkner, qui passa par Genève à la fin du mois; il allait peut-être rejoindre la députation des Cantons au roi de France; en effet, Bâle est le seul des signataires de la nouvelle alliance qui ne soit pas mentionné dans le registre du Conseil. On décida «qui luy soit faicte la meilleui chiere que il sera possible ». Roset et Des Arts allèrent lui tenir compagnie et on lui offrit un cadeau plus durable : « Luy soit donné ung pourpoint de velleur de meilleur que l’on pourra trouver2. »
falkner se montra sensible à ces attentions. 11 promit décrire à « Messieurs du secret de Basle » et de faire porter la lettre par un exprès3.
Le registre est ensuite muet pendant un mois sur l’affaire de l’alliance. Les premières nouvelles arrivent de France le ier novembre. Un Genevois, membre du Deux Cents, François Paquet, qui avait déjà eu des rapports avec la cour de f tance, s était joint à la députation suisse qui en avait fait son fourrier. Il avait
1 R. C., vol. 44, fo 210 v°.
2 Ibidem , f° 219 vu.
3 3o septembre ( ibidem , f° 227).
l’alliance générale des ligues
promis de tenii le Conseil au courant de ce qu il pourrait voir ou entendre; il s'acquitta de sa promesse. Outre les détails intéressants quelle donne, la lettre qu’il écrivit montre ce qu’étaient la culture et l’état d’esprit d’un Genevois
de la généiation antérieure à la Réforme qui avait encore fait ses études à la vieille école de Rive.
Magnifiques, puysans et mes très honorés Seygneurs,
Suyvant ce quy vous pleut moy donner charge en partan de Genefve de vous escryre et advei tirez des novelles de par desà, saches que Messieurs les ambassadeurs dfes) Lygues ont estes fort honorablement tresté par tout le Reaulme de France et fort bien receu et du Roy, et arryvarent à Conpiengne le sambedi 5e du présent moys. Et dimenche après dingné le Roy fyt le serement, et en la presence de tous Messieurs des Lygues ilz feyt celle et mettre son seaux aux letres de l’aliance. Et Messieurs les ambassadeurs livrarent aut Roy les letres et ceaux, de sorte que toustes les partie soy contentent. Il l’i avoy quelques vieilles querelles que le Roy a vuydé avesque lesdictz ambassadeurs. Et sont lesdictz ambassadeurs parti de Conpiengnie pour s en retorné en leur pays le 12 du présent moys, et ontprys le chemin de Loi renne, droyt à Balle. Le Roy leur a donné à chesque canton une chenne d’ort de la valeur de 5oo escus et 3oo escus comptant à chacun pour fere leur despence jusques en leur pays. J’ay esté leur forry et conduyteur dempuis Genefve jusques à la court, de sorte que le Roy m’a donner et fayt delyvré pour mes poinnes et laburs 5o escus sol. et deffroyé, et sy ayt receu desditz ambassadeurs très grande faveur.
Mesevgneurs, suyvant les propos que vous teniz dernièrement Monsieur l’ambassadeur
Mengnage a Genefve, j ay toujours tenu la maing, tan envers leditz Mengnage que aussy envers Messieurs les ambassadeurs des Lygues, affin quy continuassen la bonne vollonté et affection quy vous portent. J’ay bien prié Monsieur de Mengnage de vouloir indhuyre le Roy de prier Messieurs les ambassadeurs des Lygues que, sy l’aucassion se adonnoyt que vous mesditz Seygneur de Genefve vinsié à prier Messieurs leur supérieurs pour entré en une commune alliance avesque euxs, quy leur pleut de ne vous poin reffusser et de vouloir considérer la consequense d’une ville de Genefve, tan pour leur pays que pour le Reaulme de France. Ce que ne c’est peu fayre. Car le Roy et son conseilz a (a) ditz auditz Seygneur de Mengnage que ce n estoy poin la coustume que ung Roy priât pour chosse incertainne, assavoir que mesmes vous ne luy en avés poin prié de ce fayre : aussy, sy leditz Roy pryoit Messieurs des Lygues de vous recevoir en la commune alliance avesque eux et que lesditz Seygneurs des Ligues à sa requeste consentissent, ilz n’est poin certain sy lors vous levouldryés assepter. Toustesfoys, tanta Conpiengne que par les chemins, Monsieur de Mengnage en a communyqer plusseurs foys avesque tous les ambassadeurs et les a sy bien disposser. Ausy j’ay toujours insyster, de sorte que je vous pouroys qasy assuré que quant vous prierés Messieurs des Lygues quy vous recoyvent en la commune alliance avesque eus quy ne vous reffusseront point, estants premièrement Messieurs nous conburgoys de Berne disposse d’i voloir consenti. Et, ayant le consentement de Messieurs de Berne, ilz/audroy mandé ambassadeur de canton en canton pour les prier chacon particullierement appart, ainsy que me ont instruyt aulcungs ambassadeurs vous antys, feyssant à ung chacon d’eux entendre la conse-
LES CANTONS SUISSES ET GENÈVE
quensse d'une ville de Genefve, et leur dire que sy leur plet vous recevoir en alliance avesque h e u k que, en temps de nessesité, vous les i ries secory à vous despens, et vostre ville leur sera une messon et passage overt aussy en temps de nesecyté, pourvheu qy vous promettent de vous fere le semblable. J’ay entendu desditz ambassadeurs que, incontinant estant arryvé en leur pays, ilz sont délibéré de tenir une commune jornée à Badde ou à Lucerne pour savoir de Messieurs de Berne et Zurich sy ne veulent poin jurer l’aliance ainssy comme d’antiqyté, et savoir ausy en quoy ilz se doyvent assuré d’eus. Sy Messieurs de Berne reconfirmiont l'aliance avesque le Roy et qy vous ilz volissent conprendre, soiés assurés que le Roy ne vous ilz reffussera poin.
Yllia ung gentilhome lequel arryva ici de la court de l’emperur, et m’a ditz comme l’emperur fay la dieste à Brusselles et que à la fin de ce moys, ilz doyt partitz pour aller tenir une jornée imperialle à Spire pour fere son filz Roy des Romains et son frere pappe. Et ditz leditz gentilhome que leditz emperur et fort marryde la reconfirmation de l’aliance avesque Messieurs des Lygues. Le bruyt est i sy comme le pappe a mist tout son estuyde pour empecher l'aliance d’entre le Roy et Messieurs des Ligues, laquelle chosse l’on trove fort estrange. Les villes tutonyques des Esterlins, comme Bremsme, Staden, Amburg et Lubeck, aussy le Roy de Demmarc, ne veullent poin recevoir l’intérim et fortifien leur villes tant qy peuvent. Le Roy sera pour la Tossains à Paris. Illia encore quelque nombre de gennes (?) de gerre devant Bollongnie, qy sont là pour garder que l’on ravitalie leditz Bolongnie.
Meseygneur, ilz vous plera me perdonner en ma longe et prolice escryture et prendre le tout à la meleur part. Car, pour l’affection que je porte à nostre Republicque, sy je savoys mieus fere je le feroys, vous priant me tenir toujours pour vostre très homble cytoien, en vous recomandant toujours mon bon droyt, et que je ne soys poin folié par ung qy n a et n’eust jammès le moieng de vous savoir ferre servyce, assavoir Claude Franc; vous conoysses 1 home. Me recomandant a la bonne grâce de vous Escellences, priant Dieu, mesditz Seygneur, q ilz vous doint paix et vraie hunyon et aulmentation de vous nobles estatz.
De Folambray, ce 16 octtobre 1549.
Vostre très homble cyttoien prest à vous obbey, Françoys Paquet1.
Quelques jours apres, le Conseil décida d’employer le moyen proposé par Paquet: a Que il soit cercher moyens et mandé secretementz à Berne et aussi par tous les quanttons de povoir induyre et informé des Srs pour les faire condecendre et induyre à nous ayder à entrer en ladicte alliance par tous les moyens que sera possible &c. 2 »
I n peu plus tard, on eut confirmation de la bonne impression que l hospitalite genevoise avait faite aux ambassadeurs suisses:
4 R. G., vol. 44, f° 258.
L ALLIANCE GENERALE DES LIGUES
25 novembre. — L’on a rappourté que le Sr Jehan Favre a entendu que le secrétaire de Sa lie ure luy a laict grand chierre au lieu de Neufzchastel, et qui hont devisé ensemble de la commune alliance avec les Srs des Ligues. Lequel luy a donné à entendre en substance que, si Messieurs tachentz et veullent mectre en advant et en faire requestes esdietz Seigneurs des Ligues, que la chose se pourroit passé legierement ; et que lesdietz Srs ambassadeurs hont grandement prins à gré et gros plaisir les banequet ethoneurs que l’on leurs a faicten ceste ville ; et que Geneve est grandement à leurs bonne grâce &c.
Sur cet encouragement, le Conseil décida d'étudier une fois de plus les moyens d’arriver à conclure l'alliance si désirée. Des nouvelles, fausses d'ailleurs, reçues du dehors vinrent encore l’y engager. Le 27 novembre, on eut avis que le peuple d Angleterre s était révolté contre le roi, l'avait chassé en un « chasteau bien bas de sondict pais et que il hont desjà retourné la messe audict lieu ». L avis ajoutait : « Que à ceste occasion, le Sr de Granvelle est dedans Longres, la tenant pour l’empereur. Et qui est à craindre que, après que ledict empereur aura faict là-bas, qui ne viengnye après en ce pais. Par quoy est de besoings de vieller sur cella et cercher les moyens pour se defendre1 2. »
Le Conseil, sur cet avis assez vaguement menaçant, décida de chercher de nouveau les moyens de faire revenir les Bernois sur leurs refus répétés. Les uns proposèrent de renvoyer une députation avec des instructions suffisantes devant le Deux Cents de Berne, que l'on croyait moins mal disposé que le Petit Conseil. Les autres furent d avis que l’on fit agir « maistre Cristofle prêcheur de Neufchastel, qui est admys de l'advoyer Vateville de Berne, pour essayer si l’on le pourroit gaigné et tant faire qui puisse nous ayder et consentir audietz affaire3».
Le lendemain, le Conseil adopta un autre avis, qui consistait à envoyer encore à Berne un négociateur officieux tâter le terrain. Claude Roset fut désigné pour cette mission ; mais, le 3 décembre, il fut élu secrétaire et remplacé par P. Vandel. Ses instructions, lues et approuvées le 6 décembre, ne se retrouvent pas et son rapport du 24 décembre se borne à la phrase suivante du registre :
A raporté sa diligence tant à Berne que à Solorre et à Fribourg. Et de plussieurs a senty que, si l’on sollicite l’affaire vers les Seigneurs des Quantons, l’on viendra à ce que l’on desire4.
1 R. C., vol. 44, f° 274 vu.
* Ibidem, f° 276.
s Ibidem, f° 276 v°.
4 Ibidem, f° 292.
LES CANTONS SUISSES ET GENEVE
La décision que le Conseil prit, à la suite de ce rapport, a été laissée en blanc par le secrétaire. Mais, malgré l'optimisme de ce cinquième négociateur, il est probable que le Conseil ne trouva pas à propos de réengager l'affaire et qu’il resta persuadé que, si certains cantons étaient bien disposés, la résistance de Messieurs de Berne restait irréductible. Or les ennuis que la mauvaise humeur de Berne pouvait causer aux Genevois, dont le territoire était enclavé dans les terres bernoises, pesaient trop dans la balance pour qu’on se risquât à aborder directement les autres cantons. Ce qui rend cette conjecture probable, c'est que plus de deux mois se passèrent sans qu'il fût question du projet d'alliance.
Ce fut seulement le 3 mars i55o que l'on parla de nouveau de « retorné devant les bourgois de Berne jouxte les dernieres instructions». Mais cette démarche parut encore prématurée, et, le lendemain, on chargea simplement le trésorier Des Arts, qui allait à Bâle payer des arrérages, de sonder les esprits dans cette ville et sur sa route.
A son retour, on décida d'envoyer une nouvelle ambassade à Berne. La rédaction des instructions et le choix des députés furent l’affaire de quelques jours; enfin le 3 avril Vandel et Du Mollard, désignés pour cette sixième députation, prirent congé du Conseil.
Pour comprendre l'insuccès de cette ambassade, encore plus complet dans la forme et dans le fond que celui des précédentes, il faut dire quelques mots du nouveau dissentiment qui venait de prendre naissance entre Berne et Genève a propos des tailles nouvelles que les Bernois avaient imposées sur tous les fonds du territoire conquis sur la Savoie. Les particuliers de Genève qui possédaient des biens dans ces terres et la Seigneurie elle-même, pour les biens d église dont elle jouissait, furent invités à faire estimer leurs biens pour la i épartition de cette nouvelle contribution . Les Genevois, de leur côté, déclaraient devoir être exemptés, en vertu de la combourgeoisie et des traités qui interdisaient toute innovation fiscale aux’parties contractantes. Vandel et Du Mollard furent aussi chargés de soutenir, sur ce point, les droits de Genève. Ils emportaient de doubles instructions relatives les unes à l'alliance, les autres à l’affaire des tailles1. Ils devaient parler d abord de l’alliance et n’exhiber qu’ensuite les instiuctions relatives a la taille. Les Bernois surent habilement profiter de 1 embanas et des réticences que causa cette situation compliquée, non seule-
L ALLIANCE GENERALE DES LIGUES
ment poui refuser leurs deux demandes, mais encore pour ne les entendre à fond ni sur 1 un ni sur 1 autre point. La lettre suivante, de l’écriture de Du Mollard, raconte les mésaventures des deux envoyés :
Magnifiques et nous très honnorés Seigneurs, très humblement à vous bonnes grâces nous recommandons.
Magnifiques Seigneurs, Lutndi passé nous avons heu audience et avons mis le premier article. Et a digne, Monsieur l'advoyer nous ftz responce que yl estoient en petit nombre, aussi que tel article avoit esté mis devant Messieurs les bourgeoys. Nous luy respondismes : si vous n avés aultre puyssance de nous donné aultre responce, veu que ledict article en avoit esté parlé par devant Messieurs les bourgeoys, nous le priasmes de nous donné audience par devant lesdicts Srs bourgeoys. Alaurs y nous respondit qui n’en avoit poynt la charge, ains que le mettroit devant Messieurs au lendemain. Ce que y ftz; et à digne nous ftz responce que Messieurs avoyent bien entendu nostre instruction dudict article et que y n y avoit poynt de charge de demander estre aouys devant Messieurs les Deux Cens. Alaurs luy dismes que nous ne demandions poynt chose de quov nous ne heussions bonne charge, laquelle est à part, comment nous leur ferons bien apparoystre. Et alaurs, y nous a remis à aujou rdhuy par devant Messieurs. Et ne sçavons quelle responce nous aurons. Nous croyons qui font difficulté de nous donné responce pour ce qui pansent que avons aultre charge. Ce non obstant, nous n’en avons parlé à personne. Si nous refusent nous donné audience devant Messieurs les bourgeoys, nous leur demanderons leur responce par escript, ou qui nous ottroyent la requeste du dernier article. Et après, nous mettrons les affaires après. Monsieur Grafferier m’a d i et que du prisonnier que vous avés arresté à la requeste de l’ambassade du Roy (Didato), qui se craynt que c’est une faincte ; car ce n'est pour argent, ains qu’il est accusé de estre crestien et veullent gaigné son office. Non aultre, fors que nous prions le Seigneur nous doynt grâce de faire ce que nous aves commandé et vous tienne en bonne prospérité.
Datum à Berne, ce 16 d’apvril i55o.
Vos très humbles serviteurs,
Hudrio du Mollard, P. Wandel1.
Comme cette lettre le laissait prévoir, les ambassadeurs n’obtinrent pas d'avoir audience du Deux Cents et revinrent à Genève, le 24 mai, rapportant une réponse écrite. Les Bernois motivaient leur refus en disant qu'il était contraire à leur coutume constante que l’on produisît devant le Grand Conseil des instructions qui n’avaient pas été auparavant présentées au Petit Conseil dans leur intégralité. Ils terminaient, pour ce qui concernait le projet d'alliance, en déclarant qu'ils voulaient s'en tenir aux traités antérieurs qu'ils avaient la ferme intention de continuer à observer, espérant que leurs combourgeois de Genève en feraient autant de leur coté.
LES CANTONS SUISSES ET GENEVE
La dignité du Conseil ne lui permettait guère de rester sur ce refus de forme au moins désobligeante. Il décida donc, le surlendemain 26 avril, d'envoyer une nouvelle députation à Berne avec mission d'insister de nouveau sur le projet d'alliance et sur l’affaire des nouvelles tailles. Le syndic Pierre Bonna et le conseiller François Chamois furent désignés pour cette députation. Leurs instructions étaient analogues pour le fond à celles de leurs prédécesseurs. Elles expliquaient de plus que si ceux-ci n’avaient pas exhibé tout de suite leurs pouvoirs complets, c’est qu’on le leur avait ordonné, dans l'espérance que les demandes de Genève seraient agréées par le Petit Conseil et qu’il ne serait pas nécessaire de les présenter au Deux Cents.
Cette fois les formes lurent sauvegardées. Bonna et Chamois purent exposer leur mission devant le Petit, puis devant le Grand Conseil. Mais pour le fond, aussi bien sur le fait de la nouvelle taille que sur le projet d’alliance, la réponse de Messieurs de Berne restait absolument négative. Elle répétait, une fois de plus, qu'ils voulaient s’en tenir à la combourgeoisie et aux autres traités.
Après l’échec de cette septième députation, les Genevois comprirent enfin que toute nouvelle démarche directe auprès de Berne ayant pour but l’entrée dans l'alliance des Ligues serait inutile et pouvait même nuire, en disposant mal Messieurs de Berne à un moment où il y avait plusieurs autres questions importantes à discuter avec eux.
Le projet de s'unir avec Messieurs des Ligues tenait si fort à cœur aux Genevois que ces échecs répétés ne les avaient pas encore complètement rebutés. Ils essayèrent encore une fois d’agir indirectement sur leurs combourgeois. Le Conseil décida, le 16 mai, d’envoyer les conseillers Tissot et De Fosses à Bâle. Ils étaient chargés de prier Messieurs de Bâle d'envoyer des ambassadeurs à Berne pour intercéder en faveur des Genevois, soit sur le fait des tailles, soit pour obtenir le consentement au projet d’alliance. On lit dans leurs instructions :
Instructions et charge à no\ très chiers et bien aymês freres conseilliers Pierre Tissuct et 1 et net Defosses pour aller à Basic devant les magnijjïcques , puissans et très redoubtés Seigneurs les nobles et saiges du secret. Donné le vingt de may 1 55o.
Premièrement, ferés noz très humbles recommandations avecques les charitables remerciations des honneurs, biens, plaisirs et services ilz nous hont jusques icy faictz et font tous
les jours.
1 u y s, leur dires de nostre part que nous les prions et affectueusement requérons qui
L ALLIANCE GENERALE DES LIGUES
lem plaise ne se faicher de nous si, sans l’havoir mérité envers eulx, nous prenons cette hardiesse de les niettie en poynne pour nous, car la grande doulceur et bénignité, le si gracieulx recueil que de leur bonté il nous hont tousjours faict nous fai et demeurer en ceste espérance que tousjours les trouverons en noz nécessités propices.
Apiès ce, leui nai rerés comment desjà ilz peulvent bien estre recordz de la com bourgeoisie que avons avecques les magnifficques, puissans et très redoubtés Seigneurs de Berne ; laquelle certainnement avons bien trouvée propice en nostre nécessité, asçavoir du temps que axions seulement affaire avecques un Illue duc de Savoye, et de laquelle ne desirons pas estre ostés ny demys. Et touteffoys, icelle est temporanée, si que sans une prolongation faictepour cinq ans, elle seroit en son dernier an. Mais encore qu elle ne fusse si briefve, les grandes minasses et praticques que avons par cy devant et naguère aois se meynent entre les princes, voyre beaucoup plus grands et plus fort que ung seigneur duc de Savoye. Si que telzgrandz maistres et si puissans, ne nous voyans alliés que desdietz magnificques Seigneurs de Berne seulement, pourront plus legierement à nostre dommaige et de tous noz bons amys entreprendre. Avons par bon advis par plusieurs années considéré que si le plaisir de Dieu qui nous a faict tant de biens estoit que les exellens, haultz et très puissans Seigneurs des Ligues volissent considérer combien nostre ville, par la grâce de Dieu, est forte et en lieu out elle sert de boloard, non seullement pour la deffence de leur pays de ce costé, mais aussi pour garder d entreprendre contre eulx de cedict costé, et au cœur que avons nous tenir de leur costé plus que d aultre, et leur faire tout le plaisir, honneur et service à nous possible, et pour ce nous recepvoir en une amyable alliance, noz ennemys n’oseroint contre nous si legièrement entreprendie. Nous avons par quattre à cinq foys prié et requys nosdietz très honnorés seigneurs combourgeoys de Berne de nous vouloir faire ce bien, sus cela nous donner conseil, ayde et faveur. Et, après plusieurs responses, voyans que ne pouvions cela de eulx obtenir, les avons priés que, à tout le moing, il ne fussent desplaisans si nous allions prier lesdicts très haulx seigneurs alliés qu ilz les priassent pour nous de cela nous oultroyer. A quoy finablement ilz nous hont respondus que nous avions, comment avons, bourgeoisie et tracté bien sellée avecque eulx, lesquelz il esperoient que nous observerions et qui les voloint observer.
Sur quoy vous remonstrerés estre vray que avons bourgeoisie et tracté auquel est une clausule qui dict que nous ne puissions cercher ayde, alliance ny bourgeoisie aultre part sans leur sqavoir, vouloir et consentement, qui a faict que n’avons osé demander telle alliance sans leur en parler, combien que nostre intelligence ne soit ny soit estée de cercher aultre part alliance ny confédération que avecques leurs confédérés et bons amys des Ligues seulement.
Or, voyans que n’avons encore peult obtenir ny l’ung ni l’aultre de nos requestes, et sçaichans leurs Seigneurs estre des plus grandz amys que lesdietz noz très honnorés coinbourgeois ayent, et que, de leur grâce ilz nous portent bien telle amytié qu’ilz les prieront pour nous, très humblement leur prierés il leur plaise sus cela nous donner leur bon advys et feable conseil, si leur semblera que nous doibgeons cela suyvre et comment, et si, pour une foys, il leur sembloit bon d’envoyer leur ambassade par devant lesdietz Seigneurs pour leur faire les remonstrances qu’ilz seront (sauront) tropt rnieulx faire que nous de celuv affaire, et sur ce les prier il leur plaise prier pour nous et remonstrer en leur magnifficque ordinaire Conseil de nous oultroyer leurdicte ambassade, pour prier lesdietz nos très honnorés combourgeois que puissions d’eulx obtenir nostre susdicte requeste. Cela pourroit estre cause de nostre grand bien et du repos non seulement nostre, mais de tout leur pays nostre circonvoysin h
1 La suite des instructions se rapporte à l’affaire des tailles. P. H., n° 1461.
LES CANTONS SUISSES ET GENÈVE
La réponse des Bâlois fut dilatoire. Tissot et De Fosses rapportèrent au Conseil, le 2 juin, que Messieurs de Bâle croyaient que « les deux passaiges de leurs instructions sont contrarians Tune à l'autre ». Ils offraient donc d'intercéder à Berne pour 1 affaire des tailles dès maintenant, « et bon sera superceder en l'affaire de l’alliance pour six mois ou ung an ».
On peut supposer que les Bâlois aimaient mieux intervenir pour une question qui ne les touchait en rien qu'à propos du projet d'alliance. Sur ce point, en effet, le fait qu’ils avaient signé sans les Bernois et malgré ceux-ci le nouveau traité avec la France, les mettait dans une position délicate.
Le peu de succès de cette tentative indirecte fit comprendre au Conseil qu’il fallait se résigner pour quelque tempsà ne plus parler du projet d'alliance. Mais déjà six ans plus tard, lors des négociations pour le renouvellement de la combourgeoisie avec Berne, il lut de nouveau question de demander l’inclusion de Geneve dans 1 alliance générale. Et dès lors, sitôt qu'une porte favorable paraissait s entr ouvrir, les Genevois s'empressaient d’en profiter pour essayer d être agrégés au Corps helvétique.
Ln 1 58zj., un point important lut gagné : Zurich contracta, comme Berne, un traité de coin bourgeoisie avec Genève.
Mlk Cramer a raconté dans un livre récent 1 les plus importantes des négociations entamées par les Genevois à la fin du XVIIe et au cours du XVIIIe siècle pour obtenir la réalisation de ce désir séculaire.
Si Genève ne devait devenir réellement suisse qu'en 1814, les efforts persévérants de ses négociateurs ne restèrent pourtant pas tout à fait sans résultats :
En 1 65 8, ses rapports avec la France furent réglés par une lettre annexée au traité d alliance du roi avec les Suisses.
En 1697, Genève obtint d’être nommée parmi les Etats souverains dans le traité de Ryswick. Les négociations entreprises alors et qui aboutirent à une sorte de reconnaissance officielle de l'indépendance et de la souveraineté de Genève par 1 Europe mériteraient de faire l’objet d’une étude spéciale.
Ln 1792, enfin, les efforts du conseiller Rigaud eurent pour résultat 1 inclusion de Genève dans la neutralité helvétique et ce traité retarda quelques années les bayonnettes françaises devant nos portes.
Geneve et les Suisses, 1 6g i- / 792. Genève, 1914, in-8.
l’alliance générale des ligues
Pour conclure, il me semble que jamais Genève ne fut plus près de voir se 1 éaliset son lève d union complète avec la Suisse que durant les années 1 5qq et 1 55o.
Ace moment, les magistrats et le peuple de Genève travaillaient d'un même cœur pour parvenir à ce but; Perrin et ses partisans, les amis de Calvin et le réformateur lui-même étaient unis dans un même effort; le Deux Cents était animé du même zèle que le Petit Conseil.
Du côté des puissances étrangères, les circonstances étaient plus favorables alors qu elles ne le furent jamais depuis. La France était non seulement bien disposée, mais, la première, elle avait demandé que Genève fût comprise dans son alliance avec les Ligues. La Savoie était temporairement annihilée et n’avait pas encore mis les cantons catholiques dans ses intérêts. Le pape et l’empereur n avaient pas encore appris à considérer Genève comme le chet-lieu de l’hérésie; leurs envoyés en Suisse semblent s'être désintéressés de cette négociation sans importance pour eux.
Pour les cantons catholiques, Genève n'était pas encore cette Rome protestante avec laquelle ils eurent plus tard tant de répugnance à s'allier. Plusieurs d’entre eux, particulièrement Soleure et Fribourg, étaient bien disposés, parce qu’ils comprenaient l’importance stratégique de Genève pour la défense de la Suisse et son importance économique, comme passage vers la France et vers l'Italie. L’hospitalité genevoise n’avait pas été sans éveiller la reconnaissance des députés suisses.
Zurich, malheureusement, resta dans une attitude absolument passive. Si le « premier canton » se fût résolument prononcé en faveur de Genève, même s’il se lût borné à agir à Berne pour soutenir sa demande, le résultat si désiré eût peut-être été obtenu.
Mais le roc invincible contre lequel vinrent se briser les efforts des négociateurs genevois fut l’obstination de Berne à ne rien vouloir changer au Traité perpétuel de 1 536, parce qu’elle voulait rester la seule protectrice de Genève.
Il n’est pas permis, en faisant de l’histoire, de se livrer à des suppositions gratuites; mais il semble qu’en ne regardant, uniquement alors, qu’à ses intérêts immédiats, Berne a peut-être gravement compromis l’avenir.
Si, en 1 5 5o, Genève était entrée dans l’alliance des Ligues, si par conséquent son indépendance avait été garantie par tous les cantons, quelques-uns d’entre eux n’auraient pas pu, quinze ans plus tard, obliger moralement Berne à restituer à la Savoie le pays de Gex, le Chablais, Ternier et Gaillard.
LES CANTONS SUISSES ET GENEVE
Si ces territoires étaient demeurés bernois, ni la guerre cle 1589, n> l’Escalade n'étaient possibles et l'histoire de Genève était complètement changée.
Si donc nous sommes profondément reconnaissants envers Pictet de Rochemont et les autres négociateurs de 1814, gardons aussi un souvenir de gratitude à leurs obscurs précurseurs qui, il y a plus de trois siècles et demi, travaillaient déjà pour l’idéal : Genève suisse.
Sceaux de Berne et de Genève ( 1548).