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LÉON GAUTIER

Les efforts des Genevois pour être admis dans l'Alliance générale des Ligues

Les efforts des Genevois

pour être admis dans l’Alliance générale des Ligues

M. Œchsli insiste 1 sur la ténacité avec laquelle, pendant les années 1548 à i55o, les Genevois prièrent leurs combourgeois de Berne de leur permettre de demander à l’ensemble des Cantons leur admission dans l’alliance générale des Ligues. Il nous a semblé intéressant, à ce propos, de publier in extenso un certain nombre de fragments des registres du Conseil et d’autres pièces tirées des Archives de Genève, qui exposent les détails de cette négociation infructueuse. Nous nous bornerons à résumer les textes moins importants ou faisant double emploi et à relier le tout par un bref commentaire.

Les démarches des Genevois eurent à ce moment un intérêt international par le fait des circonstances générales de l'Europe. L’empereur Charles-Quint, après avoir battu les princes allemands protestants, était alors en train de s’assurer la possession de Constance et de faire rentrer l’évèque dans cette ville que les Cantons n’avaient pas secourue. Il négociait avec la diète pour un renouvellement d’alliance et pour faire accepter Y Intérim. De son côté, Henri II, qui venait de succéder à son père, s’efforçait, lui aussi, de contracter avec les Ligues un nouveau traité qui lui assurât la coopération des soldats dont il avait un urgent besoin pour pouvoir continuer la lutte contre la maison d'Autriche.

Les députés genevois se croisaient donc sur les routes de Suisse avec les envoyés de 1 empereur et ceux du roi de France. La prépondérance que ses succès en Allemagne venaient de donner à Charles-Quint et la crainte d’éprouver le même sort que Constance étaient les principales raisons qui engageaient les

Ci-dessus, p. 12.

LES CANTONS SUISSES ET GENEVE

Genevois à désirer vivement d’être admis sans délai dans l'alliance générale des Ligues. Le roi de France, pour lequel la présence d'une garnison impériale à Genève aurait constitué un grave échec et un péril de tous les jours, aurait alors vu avec plaisir l'inclusion de cette ville dans la Confédération. Ses envoyés, nous allons le voir, parlèrent et agirent plusieurs fois dans ce sens. Les efforts combinés des ambassadeurs français et des envoyés du Conseil de Genève vinrent se butter à deux obstacles : l’abstention de Zurich qui, écoutant la voix d'outre-tombe deZwingli, ne voulait pas « vendre le sang de ses enfants», et la mauvaise volonté de Berne qui, d'une part, tenait à conserver sa situation privilégiée de protectrice exclusive de Genève et, d’autre part, n’était pas pressée de contracter une alliance intime avec un roi qui persécutait ses sujets réformés et voulait lui interdire de leur accorder asile.

U est inutile de rappeler que la tentative que nous allons raconter n'était pas la première que faisaient les Genevois pour s'unir avec Messieurs des Ligues. Depuis le 4 juillet 1 5 1 3 , jour où Berthelier et ses compagnons s’étaient fait recevoir bourgeois de Fribourg, les yeux des patriotes genevois étaient fixés vers la Suisse comme vers la montagne d’où devait leur venir le secours.

Dès le lendemain de la conclusion de la combourgeoisie avec Berne et Fribourg, les envoyés genevois chargés, en mars 1 526, d'aller faire reconnaître ce traité à la diète de Lucerne avaient pour instructions de faire tous leurs efforts pour obtenir l'extension de la combourgeoisie à d’autres cantons et, si possible, 1 inclusion de Genève dans l’alliance générale des Ligues.

Ln 1527, le Conseil de Genève entra en pourparlers officieux avec les Valaisans pour passer combourgeoisie avec eux. Ce projet aurait peut-être abouti sans les promesses et probablement les écus du duc de Savoie qui, dès qu il eut vent de la chose, s’empressa de conclure avec les Sept Dizains un traité d'alliance.

Ln 1 53 1 , ce fut Bâle qui ht spontanément des propositions d’alliance à des députés genevois qui étaient venus régler des questions financières. Voici, en effet, ce qu on lit dans leur rapport au Conseil, en date du 16 février :

Uem, quod domini de Basilia amore maximo prosequuntur civitateni hanc et maximos honoies prebuerunt oratoribus illuc existentibus, et demonstraverunt artillieriam, et se

':iU"nt x en ire in adjutorium nostrum dum opus fuerit, et inhire fedus et civilegium si

placuerit1.

1 R. G., vol. 24, fo io3.

l'alliance générale des ligues

io3

La grande révolution religieuse de i 5 3 5 modifia complètement les rapports de Genève avec ses voisins et alliés. Dès 1 534, les Fribourgeois renvoyèrent les lettres d'alliance. Berne demeura la seule combourgeoise et la seule protectrice de Genève. Peu s en fallut que, après la conquête du pays de Vaud, elle n abusât de cette situation et ne se fît attribuer les droits de l'évêque et les prérogatives du vidomnat. La résistance désespérée des Genevois à ces prétentions et la pudeur de réduire à la sujétion une ville alliée qui luttait pour la même foi parvinrent à retenir la griffe de l'ours. Mais, pour sauver le principal, c’est-à-dire son indépendance, Genève dut accepter dans le Traité perpétuel du 7 août i 536 des conditions qui la mettaient en état d’infériorité vis-à-vis de son alliée. Une des plus importantes de ces stipulations était la dernière phrase de l'article 2, qui lui interdisait de conclure toute alliance nouvelle sans l'approbation de Berne. Elle était ainsi conçue :

Oultre ce que nous susdictz de Geneve, pour nous et nous successeurs, ne debjons, ne volons faire alliance, accord, bourgeoysie, intelligence ny obligation avecq aulcungs princes, seigneurs, villes, païs ne communauté, ne aussi chercher aucune aide ne protection d’iceulx, sans le voloir des susdictz de Berne et leurs successeurs1.

Dès que les circonstances leur parurent s’y prêter, les Genevois firent tous leurs efforts pour faire supprimer cette restriction qui gênait le développement de leurs relations avec la Suisse. Lors des négociations préliminaires du Départ de Bâle, le i3 janvier i5qi, le Conseil donnait à ses envoyés Pertemps et Roset les instructions suivantes :

Et secrètement entendre si l’on pourroy fere sus ceste journée amyable assignée à Basic une révocation de laz clausule en laquelle sûmes astraens de non fere alliance avecque aultre prince, et voyer si l’on pourroy fere une combourgeoysie generale avecque totes les Ligues2.

La question fut, comme les autres, renvoyée à plus tard lors de la journée tenue à Bâle le i3 février. Pendant les longs pourparlers de la journée de Genève (juillet-août i5qi), les Genevois réitérèrent leur demande. Les arbitres bâlois refusèrent d’entrer en matière sur ce point, parce que l'accord qu’ils étaient chargés de rédiger devait ne rien modifier au texte du Traité perpétuel ni à celui de la combourgeoisie. Mais ils admettaient que cette clause pourrait être supprimée si les Bernois y consentaient, comme ils les en priaient instarn-

2 R. C., vol. 35, f° 41 .

LES CANTONS SUISSES ET GENÈVE

ment (dringend) en leur qualité de médiateurs. Les Bernois ne firent pas semblant d'entendre cette demande.

En 1 543, lors des nouvelles négociations pour modifier le Départ de Bâle, le Conseil de Genève insista de nouveau sur la suppression de cet article, puis finit par retirer cette demande, en échange de quelques autres concessions.

En i3q5. pour la première fois semble-t-il, les Genevois tentèrent une démarche directe auprès des Bernois pour leur demander l’autorisation, malgré le texte du Traité perpétuel, de tenter un effort en faveur de leur admission dans l’alliance des Ligues. Cette demande n’eut aucun succès. Voici en effet en quels termes les députés genevois rapportèrent en Conseil à leur retour, le 2 septembre :

Secondement, quant au relachementz de la bourgoissie, et prendre aultre alliance avec les Srs des Ligues. Sur quoy, après exposer plussieurs chose jouxte leurs charges, il leurs auroyt esté respondu que ladicte astraincte est perpétuelle, et que d’eulx il soit assé souffi- \a,it pour nous maintenir. Toutestois, que la faulte estoyt faicte : que alors que quant la première alliance avoit esté laicte à terns, qu’elle debvoit estre perpétuelle.

De là (de Berne), s ent sont aller à la ville de Zuric. Autquel lieu avoir parler à leurs homme, le trouvarent de bonne deliberation, et qui seroyt facille à pervertir à tel affaire, mesmes que cela sera leurs proffist. Et qui sera besoings qui ayez quelcongs qui cerche (?) de moyens pour cella faire . 1

En janvier 1547, les nouvelles des succès de l’empereur sur les princes protestants commencèrent à inquiéter le Conseil. Calvin fut envoyé à Zurich, Bâle et Berne pour avoir des informations exactes. A son retour, il rapporta que les bruits qui couraient n’étaient malheureusement que trop vrais, que Constance était menacée et avait demandé sans succès à être admise dans 1 alliance des Ligues ou du moins à être placée sous leur protection.

En juillet et août, plusieurs envoyés du nouveau roi de France passèrent pai Genève. Henri II n était pas moins inquiet que le Conseil, de l’augmentation de la puissance de son rival héréditaire. Ses délégués recommandèrent au Conseil de faire bonne garde pour éviter une surprise des troupes impériales, toujouis possible par la Franche-Comté. Ils conseillaient en même temps aux Genevois de faire tous leurs efforts pour augmenter leur union avec les Suisses.

C est à ce moment qu eurent lieu les procès d’Ami Perrin et du Magnifique

Ils rapportent ensuite avoir reçu à Bâle une réponse semblable à celle de Zurich ( R. C., vol. 40,

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