I.e Sang des Finoël
Il ne savait à quoi se résoudre, n’osant la quitter, et cependant comprenant que l’aide d’un médecin devenait nécessaire.
Au même moment, on frappa à la porte.
C’était le Grand-Justin, qui n’avait pu y
La tête enfouie dans ses mains, elle semblait
NE BIEN ENTENDBE.
tenir et qui accourait pour savoir si Aimée était rentrée au logis.
Comme Finoël, il fut atterré en voyant les traits décomposés de la jeune fille. La stupeur avait cessé pour faire place au délire. Maintenant Aimée gesticulait et balbutiait des paroles incohérentes ; elle voulait se lever et s’en aller bien loin « de l’autre côté de la mer... » Elle appelait quelqu’un, ses mains tendues cherchaient à saisir et à retenir un être imaginaire, puis tout à coup elle riait d’un rire étrange qui donnait froid jusque dans les os. A un mouvement brusque de son corps, les baies de belladone qui étaient restées dans sa poche roulèrent sur le carreau.
Justin en ramassa une, la reconnut et poussa un cri :
— Ah ! fit-il, la malheureuse ! c’est de la belladone... Elle s’est empoisonnée!
^ Va vite à Auberive et ramène le mé decin ! cria Finoël...
Justin partit et ne revint qu’au petit jour avec le docteur. Il était déjà trop tard et les prescriptions du médecin ne pouvaient plus arrêter la marche du poison.
Pendant toute la journée du lendemain, Aimée lutta contre la mort. Elle avait des alternatives d’assoupissement, et de délire. Son corps se tordait, ses traits se crispaient, seuls ses grands yeux verts gardaient une fixité effrayante.
Vers le soir, elle s’assoupit de nouveau. La mort semblait enfin avoir raison de sa jeunesse ; ses joues avaient pâli, son pouls ne battait plus que faiblement.
— Allons, dit Finoël en essuyant une larme, la pauvre gâchette a presque cessé de souffrir, et je crois que c’est la fin... Je ne pensais guère que je verrais encore cette mort-là avant de m’en aller... Mais c’était écrit, vois-tu, Justin ; dans notre famille, les femmes n’ont pas de chance!
La nuit tombait. Tout à coup, dans le silence du vallon, de bruyants aboiements retentirent, et des cors de. chasse entonné rent une joyeuse fanfare.
C’étaient les chasseurs qui étaient arrivés le matin même à la ferme et qui rentraient du bois.
Aimée souleva brusquement sa blanche figure noyée dans les crépelures de ses cheveux noirs. Les dernières gouttes du vieux sang passionné des Finoël lui montèrent aux joues et une lueur passa dans ses yeux :
— Ah ! murmura t-elle, il est revenu ! Le voici, je l’entends !...
Et avec ce dernier espoir sur les lèvres, elle sourit et mourut.