Testament iiDlilir/ur. cliap. ii, section \'1II, p
AUMONES, nONS ET PENSIONS 1 '| 9
Cet exposé g^énéral des idées de Richelieu sur les Ordres ne nous a pas semblé inutile, avant de parcourir la liste des couvents qu'il secourt, autant pour expliquer par avance ses rapports avec les couvents fondés avant lui que pour appeler plus fortement l'attention sur les rares couvents d'ordres nouveaux de son temps qui figurent parmi ses protégés.
Les quatre premiers Ordres mendiants ouvrent la liste des aumônes; les Jacobins, Cordeliers, Augustins et Carmes, les quatre grands Ordres militants, que l'on retrouve aux guerres précédentes dans toutes les batailles de la foi ; ils ont fait la Ligue et mérité le mot fameux de Henri IV : " Tout mon mal vient de la chaire » ; ils ont pris à l'occasion la casacpie et la j)ique ; ce sont les enfants perdus dont la parole, trivialement énergique, soulève l'enthousiasme populaire et réveille, au moment du danger, les passions de la rue dont ils incarnent les traditions et les robustes croyances. Leurs prérogatives sont, du reste, considérables ; ils sont les premiers appelés au cercueil des Rois, pour l'entourer de leurs prières et de leurs messes ' ; ils marchent à la tête du Clergé dans toutes les cérémonies. Leur rang sur l'Etat montre le cas que faisait le Cardinal de pareils auxiliaires, avec lesquels il resta constamment en contact, et la Correspondance nous fournit une preuve curieuse de sa sollicitude quelque peu railleuse à leur égard. Sur une seconde démarche d'eux, ce qui laisse supposer que la précédente n'avait pas eu de succès, il écrivait d'Amiens à Bouthillier pour faire maintenir « leurs exemptions et antiens privilèges de l'entrée du vin... » ; j'estime raisonnable, ajoutait-il, « de les maintenir en leurs dictz privilèges, leur accordant à raison d'un muids par chacun religieux... En leur donnant moyen de boire modérément, je leur donneray moyen de prier Dieu pour la santé du rov et la prospérité des affaires, (jui m'est plus chère que ma propre vie- ». Bouthillier cédait de mauvaise grâce, en rappelant à Richelieu que les Jésuites sollicitaient la même faveur « pour leur maison professe qu'ils disent vivre d'aumônes », et que dans l'intérêt des finances, « il ne faut pas accorder la même chose aux maisons fondées ».
Le grand couvent des Jacobins, le premier nommé, est « celuy sur lequel tous les autres du royaume prennent exemple'' »; de là, ses relations plus suivies avec cet Ordre ; il correspond directement avec le
i. P. Anselme, Le Palais de l'honneur, Paris, 1063. — De Vordre observé aux Obsèques et Enterrement du roij François I", p. 253.