Ihid., t, V, p. :ia3 f8 novembre
AUMONES, DONS ET PENSIONS IliT
La consécration du nouvel cvè([ue eut lieu le 12 janvier l()2.'j, et au mois d'avril suivant, il se rendit à Londres '.
Richard Smitli reprit la lutte pour la discipline ecclésiastique et voulut appliquer avec rigueur les rèj;lements (ju'il fit pour l'exéculioa du décret de Paul V sur les matières de doctrine épiscopale, loinl)é en désuétude ; cette lutte contre les ordres religieux appela-l-elle l'attention du gouvernement sur une énergie (jue les évèques anglicans jugèrent redoutable ? Sut-on exploiter habilement contre lui ses relations amicales en France, regardées comme un crime de lèse-nation ? Deux proclamations royales étaient données contre lui. le 11 décembre lliiS, et en mars 1629, cette dernière pour s'emparer de sa personne. Fîichelieu ne l'abandonnait point, et avait conservé avec lui des relations auxquelles la politi(iue était certainement étrangère, car il était loin de les tenir secrètes, et ne cachait pas l'intérêt qu il lui portait. Si en août 1629, il lui faisait proposer par l'ambassadeur de France de venir avec lui déguisé pour deux mois, et de repartir de même -, le 2i septembre de la même année, il écrivait au grand trésorier d'Angleterre au sujet des deux édits qui le déclaraient criminel de lèse-majesté à cause de leurs intelligences, protestait de la fidélité de lévêque et en appelait au roi mieux informé, en réclamant justice pour son protégé comme une faveur particulière •'.
D'après Avenel, c'est vers la lin de cette même année que Richard Smith se réfugia en France, auprès du Cardinal : il avait soulevé contre lui assez de craintes parmi les protestants pour que Robert Weston le grand trésorier d'Angleterre osât se plaindre de ses agissements en France ; Richelieu y répondit par une lettre qui est toute à citer, comme un modèle à la fois d'ironie tranchante et de dignité hautaine, et aussi parce que tout en peignant le prélat, elle montre combien le Cardinal l'appréciait : » Ayant appris que l'on tasche de calomnier auprès de vous M. l'evesque de Calcédoine, qui est réfugié chez moy, et qu'on luy veut imputer de s'estre mesié des affaires d'estat, et mesme, k ce que l'on dit, d'avoir escrit quelque chose à vostre préjudice, je ne puis que je ne vous die que je n'eusse eu garde de le souffrir, s'il y cust eu aucune apparence de vérité ; mais cognoissant son innocence comme je fais, et que ce n'est un homme qui n'a pour but que de prier Dieu, et de feuilleter ses livres, j'ay bien voulu vous en donner toute asseurance, comme aussy de sa fide-
I. .Vbbc Cedoz, Un couvent île reliijieiises :tiiijlaises it l'nris, p. 48 et 49. •2. Avenel, Lettres..., t. III. p. 423 (28 aoiit l(>20;. i. Ibid.. t. III. p. 433 24 septembre i6i'.i .
l(lS LA MAISON DU CARDINAL DE RICHELIEU
lité envers son roy, de son alTection envers sa patrie, et de son service envers vous. Je me promets que vous n'ajousterez aucune créance à cette fausse imputation, et qu'elle ne sera pas capable de pouvoir noircir l'honneur et la réputation de ce bon prélat, dont je cognois le mérite il y a longtemps ' . »
Le malheureux évèque de Chalcédoine n'avait aucunes ressources et Richelieu dut probablement, dés le début, subvenir k ses besoins. La jeune Communauté des dames anglaises avait cependant recours pour subsister, à son compatriote et prenait quelque liberté avec sa bourse pour acheter du pain ; Thomas Carre parle d'un ])rèl de quarante pistoles qu'il voulut bien leur faire, pour aider « à faire bouillir leur pauvre marmite », et qu'il lui remboursa à son retour d'Angleterre où il était allé chercher quelques fonds, aliu de conserver leur crédit auprès de lui ■-.
Le Cardinal se préoccupait d'assurer son existence ; en IfiSri, il sollicitait du roi l'abbaye de Charroux, en Poitou, pour son protégé « homme de vie exemplaire et de grande doctrine, qui n'a aucune chose de quoy vivre ■* », ou à son défaut, pour le Cardinal Anthoine. L'abbaye n'échut à aucun d'eux, mais à Richelieu, et ce fut seulement après la mort de ce dernier que Richard Smith devint abbé de Charroux.
L'année suivante, il demandait à nouveau l'abbaye de Chavagne en Poitou, abbaye de 4.000 livres, pour le malheureux évêque <( qui n'a rien », ajoutait-il, « ou pour un des enfants du pauvre M. d'Andilly ^ ».
L'on s'explique que dans ces conditions, Richard Smith figure aux pensions pour la somme relativement élevée de 4.800 livres, dont une partie, mais faible certainement, est, il est vrai, pour un autre personnage que nous verrons (tout à l'heure ; il est de plus logé et nourri chez le Cardinal, tjui lui entrelient également son carrosse ; au dernier chapitre de la Dépense extraordinaire, nous verrons une somme de 4."i5 livres pour l'achat d'un cheval de carrosse à son usage.
Richard Smith n'a pas abdiqué de son activité et de son énergie dans l'exil : il continue à s'occuper de travaux de controverse religieuse et d'érudition, du collège d'Arras, du monastère de Notre-Dame de Sion, et aussi de son Eglise d'Angleterre, car il est loin d'avoir perdu contact avec elle ; son vicaire sert de trait d'union entre les catholiques anglais