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LA MAISON UL' CARDINAL DE UICIIELIEL

9 seulement lui sont consacrées, donto aux moyens d'arrêter les duels '. Tout en la considérant » comme un des principaux nerfs de l'Etat », capable de contribuer beaucoup à sa conservation et à son établissement, et tout en exposant la double nécessité de la soutenir contre les entreprises des détenteurs d'oilices et d'empêcher ses violences contre le peuple, il la cantonnait exclusivement dans la profession des armes avec une riji;-ueur qui contraste avec les projets que nous l'avons vu exposer:

« Ceux qui étant préjudiciables au puljlic ne lui sont pas utiles ; il est certain que la noblesse qui ne lui sert point à la guerre, n'est pas seulement inutile, mais à charge à l'Etat, qui peut, en ce cas être comparé au corps qui supporte le bras paralltique. comme un faix qui le charge au lieu de soulager. »

Quant aux moyens de relever la fortune de cet ordre qui n'est » riche qu'en courage », le Cardinal, généralement si précis, avouait d'abord son impuissance : « Ainsi qu'il est impossible de trouver un remède à tous maux, aussi est-il très difficile de mettre en avant un expédient général aux lins que je propose. »

Puis, il expliquait en partie cette misère par la coutume des alliances nombreuses dans chaque famille, k l'inverse des autres Etats où l'aîné souvent seul se marie, et pour l'arrêter, proposait une série de mesures : desédits somptuaires, efficaces surtout pour la noblesse de Cour ; l'établissement de cinquante compagnies de chevau-légers payés dans les Provinces, pour la noblesse de campagne ; la suppression de la vénalité des gouvernements du royaume et de toutes les charges militaires, y compris celles de la maison royale, à réserver aux gentilshommes, et enfin la collation à leurs enfants des bénélîces dépendants du roi, ce qui pourrait entraîner la direction de quelques-uns des neveux de ces derniers » vers les lettres et la vertu ».

Dans ces derniers mots, Richelieu a découvert le fond de sa pensée : la nécessité d'élever dans les Lettres une partie de la noblesse pour la rendre propre aux offices, et l'on se reporte instinctivement aux conseils que de Caillières précisera plus tard et que l'on a vus au chapitre des Secrétaires '-. Mais ce mot, il ne peut le dire, son temps et sa naissance

i. Teslamenl politir/ue, cliap. m. p. 117 à 120. Nous ne parlons pas des quelques considérations relatives à cet ordre, à propos delà guerre, dans la section IV du chap. IX, 2' partie : " De la puissance qu'un Etal doit avoir par ses forces île terre n, p. 279 et suiv.

2. De Wicquefort a développé excellemment les idées de Richelieu : c. I, a plupart des grands seigneurs sont plus propres pour une ambassade de cérémonie que pour

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l'en empèdieiit. do même que le sentiment (ju il a avec tous les penseurs de son époque, de la nécessité pour l'Ktat et pour la royauté d'une noblesse jifuerrière et disciplinée mise, dans ce but, à l'abri du besoin, et payée pour cela en temps de paix comme en temps de guerre '. Malgré l'habileté consommée avec laquelle il traite cette question délicate, l'on sent la gène dans ces courtes pages, oi'i il n'est plus lui. Il parlera encore moins des tentatives qu'il a faites pour incliner la noblesse à la diplomatie et aux affaires ; les dernières lignes même, pleines de réserve et de réticences, ne sont-elles pas im aveu de son échec : « On pourrait mettre en avant beaucoup d'autres choses pour le soulagement de la noblesse ; mais j'en supprime toutes les pensées, après avoir considéré qu'ainsi qu'il seroit fort aisé de les écrire, il seroit fort difficile, et peutêtre impossible de les pratiquer. »

Il en est une pourtant qu'il a essaj'é de pratiquer : la succession rapide dans sa maison de ces gentilshommes servants le prouve, ainsi que sa manière systématique d'utiliser leurs services. Alors que ses autres domestiques sont pour ainsi dire immuables, ceux-là ne font que passer chez lui

la negotiatioii... Ils ue sont nés que pour les compliments, et ne se donnent pas le loisir ny la peine de se faire aux affaires... » (p. H).

» Je diray à cette occasion que cette sorte de gens de basse condition, comme aussi les ministres du second ordre, c'est-à-dire les Envoyés et les Résidents, qui ne se trouvent point reveslus de cet embarrassant caractère représentatif, sont à mon avis bien plus propres pour la négociation que les Ambassadeurs... » (p. 14).

« Il est bien certain que c'est une très grande aide que l'estude ; mais il est très certain ainsi que les plus sçavants ne sont pas toujours les plus sages, ni les plus habiles négotiateurs... » Ip. la).

i< J'ose dire que peu de sçavants ont reussy en cette sorte d'emplois. Ce n'est pas que la pluspart de ceux qui y ont reussy, n'aycnt eu quelque teinture de lettres...., mais je veux dire que ceux que l'on nommoit autrefois grands Clercs, ne sontpasles plus habiles ministres, et que le bon sens a toujours plus de part au succès des négociations que le grand sçavoir.... » (p. 16).

De Wicquefort parle ensuite « de la peine qu'ont les liomnies de lettres employés dans les Ambassades à se défaire de cette humeur contestante qu'ils ont contractée dans le barreau, et qui les rendent plus capables de brouiller les affaires que de les demesler... »

" Ceux qui n'estudient que pour se rendre plus honnestes gens, et pour faire servir les lettres à la profession des armes, ne peuvent pas manquer d'y réussir, quoy mesme sans cela le bon sens y supplée » (p. 20;. [Mémoires louchant les Ambassadeurs, Cologne, 1676.)

Ce sont là aussi en somme les idées du Cardinal sur l'utilité pratique des Lettres, comme celles que de Caillières développera un peu plus tard ; l'on a vu les unes et les autres au chapitre des Secrétaires.

1. .\. Theveneau, Les préceptes du roy saint Louis à Philippe III, son fils, pour bien civre et régner, Paris, 1627.

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comme en une sorte d'école d'apprentissage de la vie politique et de négociations ; il suffît pour le constater, de comparer les Etats connus de sa maison, et de dépouiller ses lettres et documents diplomatiques : les premiers mentionnent tous des noms diU'érents, celui de 1626, comme l'Ktat de la marine de 163o, comme le Compte de 1639. Dans la correspondance, l'on voit encore en plus successivement désignés, sans qu'ils (igurenl dans les documents précédents, comme étant à lui ou le servant domcstiquement : Papinière dès 1617 '.La Foleine -, mis auprès de lui par le roi, dès le début de son ministère, pour lui éviter la gène des sollicitations importunes ou des audiences ; c'est encore le sieur de La Ville ■', de Boizy '', Saladin •'. ([uc l'on voit tous, tantôt l'un, tantôt l'autre ou apportant des courriers importants au roi, aux secrétaires d'Ktat, aux ambassadeurs et aux généraux, ou chargés de missions de toute nature, négociations et transports de fonds. De Graves même, son écuyer, que ses fonctions sembleraient devoir tenir plus qu'un autre à l'écart, ne fait pas exception ; il est plus fréquemment employé, au contraire, par le fait que le Cardinal la toujours sous la main ; en 1633, on le voit dépêché avec des lettres vers le duc de Créqui ^ ; en avril 1636, il va trouver le duc de Savoie pour le presser de se porter au secours du duc de Parme ", sans réussir dans sa mission ^; en 1638, il se rend auprès du comte de Guébriant, au camp de Brisac, pour lui communiquer des instructions secrètes en vue de négociations avec le duc de Weymar '■* ; en 1639, il apporte 100.000 livres au cardinal de La Valette pour hâter le passage des recrues "^ ; à Lyon, il dresse un rapport sur son voyage avec Imbert et les autres pour M. d'IIemery, l'ambassadeur du Piémont" ; en 1641, on le trouve avec l'abbé de Saint-Martin auprès du duc de Lorraine '-... Ajoutons que ces missions officielles valaient

i. \\ene\,Lellres...,i. III, p. 8W ; t. VIII, p. 395.

2. Ibiil., t. VII, p. 1018. La vérité défendue, 1635, p. 50. (Recueil des pièces pour la défense de la reyne mare, .\nvers, 1643.) Tallemanl, Ifisl., t. I, p. 395. De la Foleine est porté pour 3.000 livres sur l'élat des " Gages, appointements etpensions delà Cour en 1638 ». .\(î. Élianj^. Mémoires et doc. France, vol. 832, f" 158.

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