ÉCLTERS ET GENTILSHOMMES SERVANTS
réussissent contentement avec et satisfaction, se monstrans n'estre moins utiles à l'Estat pour les affaires, que de leur espée à la g^uerre '. >>
Plus tard, il reprend le même sujet par la plume de son écrivain de Silhon, d'une façon plus raisonnée et plus complète : « II ne faut pas oublier que Monsieur le Cardinal ne considère pas seulement le mérite en rélection de ceux quil propose, mais (ju'il veut que la naissance y soit encore, sil est possible ; que les choses se facenl avec de l'esclat, et que la réputation des affaires s'augmente par la dignité de ceux qui les traitent... C'est pourquoi la noblesse est plus emploiée dans les négociations qu'elle n'estoit auparavant. Ceux qui conduisent les armées ou qui aident à faire la guerre sont appeliez à conduire des traitez de paix et les suspensions d'armes, et il est vrai qu'ils réussissent d'ordinaire mieux dans les affaires, que beaucoup de gens de robe, à cause qu'ils ont communément l'action plus hardie et le sens moins sophistiqué que les autres '-. »
Richelieu se faisait-il illusion au point de croire réellement ce qu'il disait là, malgré sa clairvoyance et son grand sens pratique ? Reconnutil vite à l'expérience qu'il avait caressé une chimère, et que les grands du royaume « qui s'étaient rendus esclaves de sa puissance et attelés au chariot de sa gloire pour le conduire à la fin de ses desseins -^ », ne pouvaient, sauf de rares exceptions, comme le comte d'Estrades^, répondre à son attente '? Il était sincère, en tout cas, comme nous le verrons tout à l'heure par le Compte, et sa déception n'en fut que plus grande. Elle éclate manifestement dans le Testament politique, et ce point est d'autant plus intéressant que c'est l'un des rares sur lesquels les idées qu'il a mises en pratique et dont on trouve par le Compte l'application dans sa maison ne sont pas en concordance avec celles qu'il a résumées comme doctrine dans cet ouvrage.
Une des particularités qui frappent le plus k la lecture de ce livre, est son laconisme sur la question de la noblesse à laquelle Richelieu est cependant très fier d'appartenir, à légal des Princes, avec l'origine quasi-royale qu'il se fait revendiquer par ses généalogistes; sur 360 pages,
1. Re$ponse à un libelle conlre les miniulres de F Estai [Recueil de diverses pièces pour servir à l'histoire, 1639, p. 160).