Tallemant, Hist., t. II, p
9. " Le Cardinal do Richelieu luy fit une fois (Eleonor d'Estampes de Valençay^ un plaisant tour ; 11 signor Julio Mazarini qui n'estoit rien alors, luy avoit fait présent de deux pièces de tabis de Gènes violet, le plus beau du monde. Il en donne une en secret à M. de Chartres, et luy dit : « Ne manquez pas de me venir voir un jour habillé de ce tabis, je seiay aussy habillé de mesme. » M. de Chartres le remercie de ce double lionneur, et emporte la pièce de tabis sous son manteau. Le soir, le Cardinal demande ses deux pièces d'cstolTe; on n'avoit garde «l'en trouver plus d'une. Il
232 LA MAISON DU CARDBNAL DE BICHELIEU
L'iniporlance qu'ils se donnent, et qu'ils ont réellement, est en raison de celle de la maison dont ils font partie ; au contrat de mariage de Guillaume Cressé, bourgeois de Paris, fournisseur de la maison du Cardinal, ils représentent cette dernière; Pierre Ferry signe l'acte comme témoin, ami de la famille, ainsi que Jean Baudouyn, le premier, comme valet de chambre de la duchesse d'Aiguillon, le second, comme valet de chambre de M. des Roches, le surintendant de Richelieu '.
René Baudouin, le parent et successeur du second, s'achemine même tout doucement vers la noblesse, car il ajoute à son nom celui d'une terre, et en 1630, il sera désigné seulement sous le titre de Monsieur de la Poissonnerie (le nom de ce lief de fraîche date) dans la quittance d'un paiement effectué pour son maître -.
Leurs gages n'ont pas varié depuis longtemps, dans la maison du Cardinal; en 1639, ils sont encore de 100 livres par an, comme en 1626. A la même époque Malherbe paye son valet 20 écus, plus 10 sols par jour pour la nourriture ■' ; celui de Boileau, le greffier de la Grand'Chambre, touche 15 écus ^.
Soixante ans plus tard, ces chiffres auront doublé ; Audiger indique, en 1700, 200 livres pour leurs gages dans la maison d'un très grand seigneur ' ou d'une dame de qualité'' et 2.">0 livres, y compris le vin, dans celle d'un homme de qualité étranger, gentilhomme de province ou autre sans famille, voulant tenir un petit train à Paris "; pour le service de ceux (jui, ne voulant avoir aucun embarras de ménage, se mettent en pension ou vont manger à l'auberge, c'est 2.j sols par jour pour la nourriture et 150 livres de gages *.
fail un bruit estrangc, accuse ses valets de chambre de friponnene, et dit qu'il vouloit absolumeat qu'on la trouvast. Deux jours après, voylà M. de Chartres qui vient avec son beau tabis : tous les valets de chambre reconnoissent l'estofTe; et puis la bonne réputation du prélat ne servoit pas beaucoup ,i destruire cette vérité. Ils grondent, l'accusent tous d'avoir joue à les perdre, et luy font un bruit de diable. Le Cardinal se crovoit de rire de le voir en cette peine, et quand il s'en fut bien diverty, il descouvril tout le raistere. » (ïallemant, Ilisl., t. II, p. 2.30.)
1. Georges Monval, Le Moliérisle, t. VIII, Paris, 1887, p. 41 et suiv.