‹ La maison du cardinal de Richelieu, document inéditChapitre 23 sur 464 · Avenel, Lettres..., t. III, p · texte numérisé non relu

Avenel, Lettres..., t. III, p

l'ordre et l'économie de RICHELIEU 25

que trop le lecteur sur ce point. Tenu en tutelle pendant lonu;temps, écrasé par le nom de son père, annihilé par sa mère qui ne lui porta jamais d'affection véritable, rendu sournois et dissimulé par son éducation, il est, bien qu'obstiné sur le moment, incapable d'une volonté suivie et d'un ell'ort persévérant, « il n'est pas capable de mettre ordre à rien ' » ; avec cela, d'autant plus jaloux de son autorité autour de lui qu'il a la conscience de sa faiblesse et de son impuissance.

Louis XIII ne voulait que des gens de peu comme valets de chambre, croyant abaisser les g-entilshommes par de pareilles charges - ; avec une pareille conception de la majesté royale, qui est en réalité celle d'un roi féodal, il ne pou\ait qu'être mal servi, au détriment de la dignité de sa maison, et en réalité, il l'était plus mal » que le moindre jjourgeois de Paris >i. Dans ses voyages, on le voit constamment exposé aux vicissitudes d'un capitaine d'aventure ; il mange dans les auberges à la fortune du pot, il met même souvent la main à la queue de la poêle; d'autres fois, on le voit coucher sur une paillasse, parce que ses équipages sont en retard -^ ; dans sa dernière maladie, il ne prenait « jamais un bouillon qui fut chaud ^ ».

Richelieu se préoccupait certainement plus que le roi lui-même du manque de tenue de la maison royale, avec ses idées sur l'importance du prestige extérieur, sa passion pour " la bienséance des choses » et aussi sa conception de la royauté tout opposée à celle qu'en avait Louis XIII, car il ne voulait pour pages que des lils de comtes ou de marquis, et il estimait élever les gentilshommes en les attachant à son service et à celui du roi. L'on peut même se demander si leur antipathie indéniable n'a pas eu réellement sa source autant dans la divergence de leurs idées intimes sur l'essence du principe d'autorité souveraine que dans la similitude apparente des petits côtés de leur caractère. Il y a eu certainement en plus la rivalité latente des deux maisons, d'autant plus forte entre ces deux hommes que l'un d'eux, le maître en titre, se piquait plutôt que de porter la couronne, d'être le premier gentilhomme de son royaume, et que le second avait la prétention d'être issu de Louis le Gros. Certainement Louis XIII jalousait celle du Cardinal, sentant sa supériorité comme tenue, ce qui s'accorde bien, du reste, avec ses tendances féodales, et il

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