CHAPITRE XI
LA MISIQIE: SA VOGUE Al" XVIl' SIÈCLE. PASSION COMMUNE AU ROI ET AU
CARDI.NAL. — l'humeur VACABONDE DES MUSICIENS DE l'ÉPOQUE. LA
MUSIQUE nu CARDINAL : HÉBERT. DUBUISSON, ROBERT, DE SAINT-MARTIN, DE CAMBEFORT.
La musique, Tunique note d'art du Compte, était l'une des distractions favorites du Cardinal ; de son propre aveu, il avait pour elle, ainsi que pour la peinture, une « inclination particulière ». Il la sentait réellement, car il était ému jusqu'aux larmes par les airs italiens que lui chantait une <i madame de Saint-Thomas », de réputation équivoque, à laquelle il faisait avoir une pension de 800 écus et qu'il mettait en crédit par sa faveur '. Il ajoutait toutefois qu' » à peine avait-il douze fois l'année l'usage des yeux et des oreilles pour en jouyr- », ce qui est très vraisemblable, avec ses occupations, ses infirmités et ses soucis de toutes sortes. Il aurait même pris de Gaultier des leçons de luth avec la reine-mère qui avait eu cette fantaisie sur le tard'', et ce doit être exact, car de Morgues, en faisant allusion à la prise de La Rochelle, raillait « les accords de sa voix et de son luth qui ont charmé les tigres et ses enchantemens endormy les dragons '* ».
La musique fait à cette époque partie des programmes d'éducation des jeunes nobles ' : si ce n'est au même titre que la danse qui est considérée comme un exercice du corps, ce qui prime tout, on leur en apprend au moins les rudiments ; dans lé manuel classique de philosophie et de
1. Lettres de Vineuil à M. d'Humières {Variétés hist. et litl., l. VIII, p. 121).
2. Lettre déchiffrée, 1627, p. 30 {Recueil de diverses pièces pour servir à l'histoire, 1639).