Rev. hisl.et nob. de l'Anjou (Doc. inéd., p
LA MUSIOl'E 2SI
la niusiquo de Richelieu pour y revenir plus tard ? En tout cas, il y aurait à celle date à y ajouter Maiii^^ars, le célèbre joueur de viole ', (|ui n'a pas encore encouru la colère du Cardinal et pris à la suite de Bautru la route de l'Espagne.
Comme on le voit, les musiciens ne restent pas lonj^temps dans In maison du Cardinal, à l'inverse des autres domestiques ; c'est le contraire qui serait étonnant, étant donné leur humeur vagabonde, une caractéristique toute spéciale que le Compte met en relief dune fa^on saisissante. Ces musiciens du xvu'' siècle sont bien les descendants directs des ménestrels et des troubadours de la veille, qui allaient de château en château, et d'aventure en aventure, armés seulement de leur rebec, et payant d'une chanson l'hospitalité passagère qui ne leur est jamais refusée ; ce sont les bohèmes de l'époque, allant eux aussi de ville en ville, s'arrêtant au hasard de la route, chez, un confrère, un curé, un chanoine - ou même chez un évêque, bien accueillis partout comme leurs ancêtres du moyen âge, parce qu'ils apportent comme eux pour tout bagage la poésie et l'imprévu ; ils continuent pieusement la tradition, sous prétexte de se fortifier dans leur art, tradition de mœurs, et non pas de corporation, car ce mot ne convient pas à ces enfants perdus de l'art, véritables enfants de la balle, et au point qu"« ils ne sont pas estimés, s'ils n'ont pas un peu voyagé ^ >>. On les attend du reste, elle couvert est mis pour eux, « le livre ouvert ^ », comme ils disent dans leur argot professionnel ; certains chapitres comme celui de Luçon, et jamais exemple ne vint mieux sous la plume, ont un crédit tout prêt à leur intention ; au temps du Cardinal, l'aumône ou la rétribution pour leur séjour dans cette ville est fixée en 1642 à 14 sols 6 deniers ■'; c'est ce que l'on appelle la « passade » dans cette langue expressive du milieu du wii*" siècle qui n'a pas encore été ratissée, par Vaugelas ''lie vocabulaire d'église a même un termepour désigner ces pérégrinations artistiques : les chantres « vicarient » d'une ville épiscopale à l'autre, et nous connaissons de la même source le viatique alloué par ce chapitre paternel pour aider à faire le tour de France, douze livres en 165 i '.