‹ La maison du cardinal de Richelieu, document inéditChapitre 25 sur 464 · Pontis, Mémoires, édit. Michaud, p · texte numérisé non relu

Pontis, Mémoires, édit. Michaud, p

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dut plus d'une fois le faire sentir durement à son ministre ; mais la question était trop brûlante entre eux, aussi méticuleux, aussi économes, et aussi jaloux de leur autorité l'un que l'autre, pour qu'avec sa souplesse égale à son génie, Richelieu l'ait jamais effleurée d une façon quelconque ; deux fois seulement, il intervint dans des questions de détail d'ordre intérieur, la première indirectement pour le paiement arriéré d'un pourvoyeur, par l'intermédiaire de Bouthillier sa créature et son ami. la seconde d'une façon plus directe auprès du roi lui-même pour un point qui concernait ses gardes, un impair qui faillit provoquer une rupture, et que le Cardinal n'eut garde d'oublier.

Au lendemain de la prise île la Rochelle, dans un de ces accès de découragement qui n'était pas simulé comme ceux dont il u.sa certainement plus tard pour arracher au roi des décisions nécessaires ou des concessions, il eut avec lui une explication qui sous forme d avis est restée dans ses papiers d'Etat ; ce fut une sorte de remontrance où il lui reprocha d'être ombrageux, soupçonneux, versatile, incapable d'attention sur les affaires sérieuses, porté au mal naturellement, << et capable d'entrer en ombrage de ses propres créatures, qui ne peuvent penser qu'à le servir, et qu'il cognoist par expérience n'avoir jamais eu d'autre dessein ' ». Voilà les rudes vérités que le roi eut à entendre ; si Richelieu les lui dit réellement, il voulut sans doute ce jour-là mesurer l'étendue de son pouvoir sur le maître, mais il avait trop pénétré le coté chatouilleux de cette nature soupçonneuse pour lui dire le mot qui aurait provoqué la di.sgràce irrémédiable, en le Ijlessant dans son amour-propre le plus intime, en lui reprochant son manque de dignité. Il y fit cependant une allusion à sa parcimonie, cette même fois, mais avec quelle discrétion, et quel art, en la noyant au milieu de ces éloges captieux où il était passé maître, lors- (ju'il lui rappela que « les rois ne scauroient estre trop soigneux d'acquérir par bons effets la réputation d'estre libéraux - ».

Toutefois, Richelieu aimait trop à manifester ses vues sur tout ce qui intéressait à un degré quelconque la grandeur de la maison royale qui était aussi son œuvre, pour qu'il acceptât de se taire sur ce point devant la postérité ; il lui a consacré un chapitre tout entier de son Testament politique et ces quelques pages peignent trop bien k la fois ses humiliations secrètes et ses idées sur la question, en même temps que cet antagonisme latent, pour que nous ne les reproduisions pas ici ; considérées à ce

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