Iljicl., t. III, p
LOHDRE F.T I, ÉCd-MlMIl-: UK RICIIICl.IKr 27
dernier point de vue, elles constitiu'nt la vérital^le introduction écrite par le Cardinal lui-même en tête du Compte de la dépense de sa maison. « Qui fait voir l'Etaf présent de la maison du Roij, et met en avant ce qui
semble ne'cessaire. pour la mettre en celui auqueul elle doit être.
« L'ordre des arts et de toute la bonne discipline, veut qu on commence toujours son travail par ce qui s y trouve de plus aisé.
« Sur ce fondement la première chose que fait un architecte, qui veut entreprendre un grand édifice, est d'en faire un modelle, où les Proportions soient si bien observées, qu'il lui serve de mesure et de pied pour son grand dessein ; et s'il ne peut venir à bout de ce projet, il se départ de son entreprise, le sens commun faisant connaître aux plus grossiers, que celui à qui le Moins n'a pas été possible, est entièrement incapalîle du Plus.
(< En cette considération, les esprits même médiocres reconnaissans, qu'ainsi que la structure de l'homme est un raccourci de celle du grand monde, aussi les Familles particulières sont les vrais modèles des Etats et des Républiques, et chacun tenant pour chose très-certaine, que celui qui ne peut pas ou ne veut pas régler sa Maison, n'est pas capable d'apporter un grand ordre à un l']tat, la raison voulait que pour parvenir à la liéformation de ce Royaume, on commençât parcdlo de la Maison de V. M.
« Cependant je confesse que je n'ai jamais osé l'entreprendre, parce que la bonté de V. M. ayant toujours eu aversion des ordres qu'EUe estimait de petite conséquence, lorsqu'ils ont intéressé quelques particuliers, on ne pouvait se proposer un tel dessein, sans choquer ouvertement son inclination, et 1 intérêt de beaucoup de gens, qui étants continuellement auprès d'Elle dans une grande familiarité, eussent pu la détourner des ordres les plus nécessaires à son Etat, pour empêcher ceux de sa maison, dont le dérèglement leur était utile.
« Mais comme un testament met au jour beaucoup d'intentions, que le testateur n'avait osé divulguer pendant sa vie, celui-cy conviera V. M. à la réformation de sa maison, qui a été obmise, tant pour ce que bien qu'elle semblât plus aisée que celle de l'Etat, elle était en ell'et plus difficile ; que parce qu'aussi la prudence oblige à soulFrir en certaines occasions des légères pertes, pour gagner en beaucoup d'autres.
« Comme c'est une chose connue de tout le monde, qu'il n'y a jamais eu de Roi, qui ait porté plus haut la dignité de son Etat que V. M., aussi ne peut-on nier qu'il n'y en a jamais eu qui ait laissé ravaller si bas le lustre de sa Maison.
« Les Etrangers qui sont venus en France de mon temps, se sont souvent étonnez de voir un Etat si relevé, et une maison si abaissée.
" En effet elle est insensiblement décheue jusques à ce point, que tel y a possédé des premières Charges, qui pendant le Règne de vos Prédécesseurs n'eut osé penser aux médiocres ; toutes choses y ont été en confusion depuis la Cuisine jusqu'au Cabinet.
« Au lieu que du temps du Roi votre Père, les Princes, les Officiers de la Couronne et tous les Grands du Royaume mangeaient d'ordinaire à vos Tables, elles ont en votre temps semblé n'avoir été établies que pour des Valets, et des simples Chevaux Légers ou Gens d'armes ; encore ont-elles été si mal servies, qu'il s'en est trouvé d'assez délicats pour les mépriser, au lieu de les chercher avidement.
" En celles de A'otre Personne, les Etrangers ont trouvé souvent à redire, étant servies par de simples et sales marmitons, au lieu que celles des autres Rois ne le sont que par des Gentils-hommes.
« Je s^ais bien que cette coutume n'est pas introduite de votre temps, m;iis pour être ancienne, elle n'en est pas plus tolérable, si elle est tout-àfait éloignée de la Dignité et de la Grandeur d'un si grand Prince.
« Je sçais bien encore que cette pratique a été soufferte jusqu'il présent, sous prétexte de la seureté des Rois, disant qu'il est impossibl»» aux Officiers de répondre de ce qu'ils ont fait, s'ils n'en sont eux-mêmes Porteurs, et s'ils ne les voyent porter à V. M.
« Mais cette raison me semble peu considérable, n'y ayant pas d'apparence qu'un marmiton soit plus fidèle à son Maître qu'un Gentilliomme qui, en diverses autres occ;isions, le pourrait trahir, s'il en avait la volonté.
" Quatre-vingt jeunes Gentilshommes, que V. M. nourrit. Pages ou de Sa Chambre, ou de ses Ecuries, seront bien mieux employez à ce Service qu'à en rendre simplement à ses Premiers Gentilshommes, ou à ses Ecuyers qui les commandent, si mieux ils n'aiment les mettre dans leur Bourse, et sans doute le faisant avec plus de dignité, ils ne s'en acquitteront pas avec moins de fidélité.
« La netteté, bien séante en tous lieux, est à plus forte raison requise en la Maison des Rois : l'opulence des meubles y est d'autant plus nécessaire, que les Etrangers ne conçoivent la grandeur des Princes, que par ce qui en paraît à l'extérieur; et cependant bien que V. M. en ait nombre, et de beaux et de riches qui se perdent aux lieux oîi ils doivent être conservez, souvent on en a vu dans sa chambre de tels, que ceux (jvii en doivent profiter quand Elle les quitte, n'ont pas voulu s'en servir après Elle.
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« L'entrée de votre Cabinet a été permise à timl le monde, non-seulement au préjudice de votre Dig^nité, mais qui plus est. au mépris de la seureté de votre Personne.
« Les Ambassadeurs se sont souvent trouvez plus pressez de Valetsde-Pied, de Pages et autres Officiers, que de Grands de votre Etat en leur Audience, et cependant votre Dignité et l'ancienne Coutume du Royaume, veulent qu'en telles occasions V. M. soit accompagnée des Princes, des Ducs et Pairs, des Ofticiers de la Couronne et autres Grands de son Etat.
« Je sçai que divers Royaumes ont diverses coutumes ; qu'en Espagne les plus Grands voyent leur Roi plus souvent qu'en Angleterre; l'ordre y est si bien établi sur ce sujet, que toutes les portes étant ouvertes, on ne voit dans les chambres et dans les cabinets, que ceux k qui l'entrée en est libre par leurs dignitez et parleurs Charges.
« Je sçai de plus, que c'est un privilège de ceux qui portent votre couronne, d'être pressez de leurs sujets ; mais il doit y avoir cette distinction, que pour l'ordinaire ce doit être de votre Noblesse, et en l'occasion de recevoir des Etrangers, des personnes qualifiées, qui sont en assez grand nombre en votre Etat, pour en faire remarquer la grandeur, et la singularité par cette prérogative .
(( En un mot le désordre est si universel en toute la Maison de W M. qu'il n'y a point de Charge particulière qui en soit exempte.
« Bien que tous les grands Princes soient soigneux d'avoir un Equipage de grands chevaux, convenables à leur grandeur, 'V. M. n'en a jamais eu dans sa grande Ecurie, dont Elle eut pu se servir dans une occasion, encore cju'Elle y fasse plus de dépense, que ne firent jamais ses Prédécesseurs .
« Il me serait aisé de spécifier beaucoup d'autres défauts, non moins remarquables que celui-cy ; mais je n'entrerai point dans le détail d'un dérèglement si général, tant parce qu'il serait trop dillicilc de le faire, sans descendre trop bas pour la dignité de cet Ouvrage, que parce qu'il suffit de connaître un mal, sans le publier, pour en prescrire les remèdes : Je satisferai à ce que je dois, si je propose à V. M. le vrai moyen d'apporter autant de lustre dans sa maison, qu'il y a maintenant de bassesse et de desordres.
« La première chose qui est nécessaire k cette fin, est que V. M. veuille fortement cette réformation, étant certain qu'aux affaires de cette nature, il est de la Volonté des Rois comme de celle de Dieu au regard des choses les plus difficiles, ausquelles le vouloir et le faire est une même chose .
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« La seconde est qu'il lui plaise à l'avenir ne remplir plus les premières charges de sa Maison, que de personnes de naissance, qui ayent toutes les qualilez requises pour s'acquitter dignement de leur emploi.
« Pour grand que ce soit un Ot'licier, il s'appliquera aux moindres dépendances de sa charge, s'il en est capable, parce qu'il les jugera de conséquence, comme elles le sont en ellet.
« Si les Maîtres d'Hôtel par exemple, n'ont un soin particulier défaire nettoyer soir et matin les lieux où l'on mange aussi-tôt que les tables sont levées, ils manqueront à une des choses les plus nécessaires de leur Charge.
(c II en faut dire autant de tous les Officiers principaux, et particulièrement des premiers gentilshommes de votre Chamiire, qui doivent être soigneux de faire tenir tout l'Appartement de \'. M. si propre et si net, que ce ne sera pas trop de le faire nettoyer et parfumer trois ou quatre fois le jour, à cause du grand abord des gens qu'on n'y s(,Muroit éviter, k)rs même qu'il sera le plus réglé.
Il Pourvu que chacun soit propre en sa charge, tout ira comme V. M. le peut soubMitcr, et de ce seul point dépend le Règlement de tout le reste, car quelque Uègle qu'on puisse établir, elle sera sans doute inutile, s'il n'y a des gens capables de la faii'e ol)server, et s'ils le font, ils auront assez, d'esprit pour faire faire ce que la raison leur fera voir être de la dignité de leur charge et du service de leur Maître.
Il La troisième consiste en ce que V. M. se fasse servir, en toutes les charges de sa .Maison, hors aux plus liasses, par des Gentils-hommes, ce qui contribuant beaucoup à si Dignité, rendra sa Noblesse d'autant plus ad'ectionnée, cju'elle aura plus de moyen de s'avancer auprès de sa Personne.
Il Par ce moyen V. M. peut faire des quatre Compagnies de ses gendarmes (lu Corps, les quatre meilleures Compagnies de gendarmes de son Royaume, étant certain qu'il y a force gentilshommes, qui seront ravis d'avoir moyen de vivre en cette ([ualité, pourvu qu'on leur donne gratuitement ce qu'on vend maintenant k l'encan, puisque celui tpii en donne le plus est préféré aux autres.
Il En ce cas, tel sera bien aise d'avoir cet emploi, qui pour rien au monde ne le voudrait prendre maintenant qu'il est usurpé par des personnes qui ne le méritent pas. Et tous le prendront volontiers pour l'accez qu'il leur donnera dans la Cour, où un ha/ard et quelque habitude peuvent produire leur fortune en un instant.
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<i Comme il est impossible de douter de l'utilité de ees pi-opositions, la facilité il les exécuter est manifeste, puisquaiiisi que je l'ai dit ci-dessus, il ne faut que la Volonté ferme et constante de \'. M. jiour en tirer le fruit, et rétablir sa Maison en son premier lustre '. »
Le Cardinal n'avait plus alors de ménagements à garder vis-à-vis du roi, et il a donné libre cours à son amertume et à ses rancœurs contenues qui vont jusqu'au dégoût ; s'il a soull'ert à ses débuts de la pénurie de ses ressources insuffisantes pour soutenir son rang, ainsi que de son train plus que modeste, c'est pendant toute sa vie qu'il a soulTert, et doublement, parce qu'il ne pouvait intervenir, du manque de dignité et du désordre de la maison royale. Il entre de telle fa^on dans le détail oii il s épanche, c[ue l'on sent entre chaque ligne en plus de l'éccvurement, la com|)ai'aison tacite entre celle-ci et sa propre maison. Pour n'en relever qu'un point, lors([u'il reproche aux maîtres d'hôtel du roi leur peu de soin pour la propreté de la table, l'on ne peut s'empêcher de jjenser à son aversion instinctive pour cette négligence; il l'a manifestée souvent, et l'on retrouve cette préoccupation de lui dans sa correspondance, dans les mémoires du temps, dans ses règlements intérieurs pour son académie de gentilshommes, sa maison des docteurs; nous aurons aussi l'occasion de le rappeler au chapitre de la Bouche.
Il en est de même lorsqu'il s'étend avec une rigueur inaccoutumée sur la domesticité intime du roi, sur ses écuries, l'étiquette des cérémonies ; l'importance que Richelieu attribue à toutes ces questions dans le Testament jmjU tique est à elle seule une preuve de son ingérence directe dans le détail de l'administration de sa projire maison, et par suite de la valeur du document comme manifestation de ses idées personnelles.
I. Tnshunciit jiotiliijiic, 1'" partie, cliap. vu, p. 22ïS el siiiv.