Revue hist. et nohil.de l'Anjou (Doc.inéd.), p
2(t'|. I.A MAISON m" CAlillIN \I. DE RirUEUIELÎ
dont il dispose, pour mettre en état les places du Havre, du Pont de l'Arche, de Brouag:e, les îles de Hé et d'Oléron, toutes celles où il prévoit l'arrivée possible des forces ansflaises ; la citadelle d'Angers qui commande l'Ouest est pour lui de tout premier ordre, au point de vue de la politique extérieure, autant qu'elle l'a été personnellement en 1619, lorsque la reine-mère en a obtenu le gouvernement, et qu'il a fait nommer gouverneur de cette place, d'abord son frère, le marquis de Richelieu, puis à sa mort, son oncle le commandeur de La Porte. Cette année-là, du reste, plus que jamais, il utilise tous les siens, pour des missions de confiance, Seneschal, son valet de chambre comme de La Borde son contrôleur, et la présence du maître d'hôtel à côté d'eux n'aurait rien que de très vraisemblable.
Nous bornerons là nos hj'pothèses, car les éléments nous font tout autant défaut pour rechercher les probabilités d'attribution de cette charge à d'autres personnages de l'Htat de 1626, que pour identifier Daicq, le maître d'hôtel de 1639. Dans le testament de Richelieu, il est désigné, non point par son nom, mais par sa charge, pour un legs de 6.000 livres, et encore ne vient-il qu'après Euzenat, l'argentier, mentionné au contraire nominativement dans cet acte, comme les autres domestiques qui le suivent, jusqu'au premier cuisinier. Cette double particularité est frappante, vu l'importance de la charge de maître d'hôtel dans la maison, et il est permis d'en conclure à des rapports peu intimes et seulement quasi-ofRciels entre son maître et lui.
Est-ce un de ses parents qu'Estienne Daicqs que nous trouvons, dès 1620, qualifié dans plusieurs actes ', notamment en 1628, 1635 et 1643 de c( commissaire des guerres et sieur de Toussus-le-Noble en partie et de Merantavs » ? Plusieurs raisons nous inclineraient à le croire ; l'une des deux filles de ce dernier, Marie d'.Vicqs, épousait, en elfet, le 12 février 1646, Eusèbe Renaudot -, docteur régent de la Faculté de médecine, fils cadet de Théophraste dont on connaît les relations amicales avec Richelieu ; son troisième enfant, François Daicqs, était prieur de Chàleaufort dans le voisinage de Toussus-le-Xoble, une paroisse de ce doyenné, et la proximité de Ruel, la résidence du Cardinal, est encore un indice dans le même sens.
Estienne Daicqs mourut le 3 juin Ui.'iO à l'âge de 89 ans ; son gendre Eusèbe Renaudot nous apprend seulement par son journal qu'il fut
1. Hil.l. n;il. Pièces orig. de France, 9.">9-2U83-2, 3, 4, 5.
2. Journal d'Eusèhe ftenaudol il646-lfi70). [Môm. de la Soc. de l'histoire de Paris, Paris, t. IV, 1877, p. 239 et suiv.)
i.'admimsthation de la maison 26î)
recommandable par sa grande probité et sincérité : son silence sur les points (le contact de son beau-père ou dun de ses parents ou même d'un simple homonyme avec Richelieu, est d'autant ])lus remarquable, qu'il note soigneusement plus bas que son troisième enfant à lui-même fut tenu sur les fonds par ■< mademoiselle Charjientier. lille de feu M. Charpentier, secrétaire de Monseigneur le Cardinal de Richelieu ■■ ; il est même permis de se demander s'il n'avait pas jugé inutile de consigner un détail trop connu pour mériter une mention.
Nous avons indiqué les fonctions du contrôleur qui vient après le maitre d'hôtel, et le complète; sa présence suppose les nécessités d'une administration extraordinairement importante, car sa charge n'est pas même citée dans La maison réglée, et l'abbé Fleury ne lui consacre que quelques lignes : » S'il y a un controlleur, comme il est établi, pour suppléer au défaut du maître d'hôtel, il doit observer les mêmes règles, et avoir les mênies soins, mais entrer encore plus dans le détail '. »
La présence de deux contrôleurs, Chartier et Picot, prouve les précautions prises par le Cardinal dans la gestion de ses intérêts. Chacun d'eux a-t-il dans la maison une afTectation spéciale? Se relèvent-ils par un système d'alternance destiné à assurer un contrôle automatique de leurs opérations, analogue à celui que nous révèle le Compte appliqué à l'achat direct de fournitures pour la cuisine et pour l'office'-? Rien dans le document ne nous permet de répondre à ces questions ; et nous devons nous borner à quelques mots sur leur personnalité.
Le nom de Chartier, le premier à l'Etat, n'est mentionné nulle part, ni à l'Etat de 162G, ni au testament du Cardinal ; en revanche Jean de La Borde, son prédécesseur, qu'il ne faut pas confondre, comme on l'a fait, avec de Laborde-Vely, un capitaine de chevau-légers, nous est plus connu. En 162(t, nous le voyons chez le Cardinal appointé k 300 livres ', comme le sont, en 1639, ses successeurs : cette même année, il paie les rôles de la garni-son du Havre '* ; en 1627 et 1628, il rend encore au Cardinal des
1. Claude Fleuiy, /.es devoirs des maîtres et des domestiquifS, p. 216.
2. Laffirmative est fort probable, étant donnée Tingéniosité de Richelieu, à côté de laquelle un trait du prince de Condé trouve naturellement ici sa place : " Quelquefois, il allait en chaise dans les Marchés, pour sçavoir le prix des denrées, et voir si ses Pourvoyeurs ne ferroienl point la mule ; mais comme on le connoissoil, on lui vendoit tout plus cher qu'à eux. Un jour qu'il avoit acheté un litron de petits pois cent francs, on lui en servit sur sa table qui n"en coutoient que quarante. De sorte qu'à force d'être trompé, il se lassa enfin d'aller chercher le bon marché à la Halle. " .\melotde la Houssaye, Mém., La Haye, 1737, t. II, p. 409,