Avenel, Lettres.. ., t. VII, p
un cheval à la maison, l'un des privilèges de sa corporation, d'après les statuts de 1609 qui lui permettent aussi de faire du courtage '.
Les chevaux de carrosse ont-ils plus de résistance? Sont-ils en voyage l'objet de plus de soins que les autres ? Sont-ils plus ménagés? Ce serait assez naturel, puisqu'ils traînent le Cardinal et ses intimes ; toujours estil qu'en voyage, il n'est acheté que des chevaux de selle et par des marchés d'aventure à des particuliers seulement, et non plus à des professionnels.
Dans la nomenclature des achats de chevaux portés à la dépense ordinaire, un nom se détache en relief à côté de ceux des personnages obscurs qui le précèdent, Bénigne Godard, Pierre Hente et Jacques des Gayers ; c'est celui qui remplit de sa triste auréole la fin de la vie de Richelieu, le nom du fameux Cinq-Mars. Mais celui-là n'a de commun que le nom avec le Grand-Ecuyer du roi ; c'est, en effet, le Commandeur de Cinq- Mars, François de Broc, le frère de l'évèque d'Auxerre, maître de chambre du Cardinal, qui revient si fréquennuent dans le Compte. Le Commandeur de Cinq-Mars, le plus jeune des quatre de Broc -, est chevalier de Malte depuis 1614 ; il y a longtemps qu'il est connu du Cardinal qui lui confie des missions ■', en excusant son absence auprès du grand-maître de l'Ordre ''; sa carrière sera glorieuse ; en 16i8, il commande avec honneur la galère le Saint-François ^ ; en 1660, il fait partie du chapitre général de l'Ordre comme bailli de Manosque et il est 1 un des trois vocaux élus pour la langue de Provence, à la mort du grand-maître Annet de Clermont pour concourir à l'élection de son successeur ; par une coïncidence bizarre, il se trouvera en compétition pour cette dignité précisément avec le neveu de Valençay, évéque d'Etampes, un ancien familier du Cardinal, comme son oncle Pierre de Broc, le bailli de Valençay, devenu grand-prieur de Champagne ^.
Si le Cardinal de Richelieu l'appelle toujours nie chevalier », le scribe qui a établi le Compte l'a désigné sous son véritable titre ; sa parenté on ne peut plus proche avec M. d'Auxerre n'a pas été étrangère à cette marque de considération. Peut-être a-t-il cédé son cheval à l'écuyer de Richelieu en allant prendre congé de son frère, avant de gagner la flotte
1. René Lcsi)inasse, /.fs mrliers el corporalians Je la Ville ilc Paria, 1K07, I. II, p. 440.
2. Abbé Ambroise Ledru, Ilisi. de la maison de Broc, Mamcrs, 1898.