‹ La maison du cardinal de Richelieu, document inéditChapitre 363 sur 464 · Moulglal, Mémoires, Amsterdam, 1728, t. II, p · texte numérisé non relu

Moulglal, Mémoires, Amsterdam, 1728, t. II, p

recrutement des deux compagnies accuserait à lui seul cette différence ; les Gardes à cheval ont contracté un engagement sans limite ; ils « se donnent » pour toujours ; les autres, au contraire, louent pour un temps leurs services; de là, pour ces derniers, la nécessité de la recrue, dont l'effectif, la moitié de celui de la compagnie, nous fournit une indication précieuse. La durée de l'engagement des mouscjuetaires est de trois années, dont une de recrue, daprès le fonctionnement régulier du recrutement ; dans ce système en effet, chaque année, la moitié de l'effectif seulement est renouvelée par l'entrée de la recrue, renouvelée elle-même en entier, et la cohésion sera ainsi parfaite par la fusion de cette nouvelle demi-compagnie qui a déjà une année de service avec la moitié de la vieille compagnie qui en a déjà deux ; elle serait impossible à réaliser, dans d'autres conditions, avec des troupes neuves tous les ans. Cette organisation est d'autant plus remarquable que l'engagement du soldat ne se fait point encore, à cette époque, pour une période fixe ; le soldat du xvu'' siècle s'engage pour se battre, à moins qu'il n'ait la vocation du mousquet ou de la pique, et il cherche alors un maître qui le conserve toute sa vie, ce qui était le cas pour les maîtres de la Compagnie à cheval. » Les ordonnances spécifiaient que l'engagé devait promettre de servir sous son drapeau au moins six mois, au bout desquels on ne pouvait le retenir en temps de paix '. » Non seulement, comme on le voit. Richelieu a exposé dans son Testament politique, le principe de l'armée permanente, avec la nécessité de l'enrôlement obligatoire pour trois ans-, mais il l'a appliqué dans sa propre maison, en l'organisant avec méthode, de toutes pièces, et avec une science d'administrateur consommé que l'on a été vraiment injuste de lui dénier, comme on l'a fait souvent.

Suivant l'usage, la recrue est commandée par les mêmes officiers que les vieilles troupes, et elle fait certainement le même service que celles-ci ; il n'est pas question de ce point de détail dans le Testament politique, mais la correspondance aide à combler cette lacune ; il n'est pas moins intéressant de constater à nouveau, à cette occasion, que sur ce point aussi, Richelieu a exposé toutes les idées qu'il a mises en pratique chez lui, qu'il en a étudié les résultats, les a longuement et mûrement pesés, et que de plus, a essayé de les faire appliquer en dehors de sa propre maison. N'est-ce point le cas, lorsqu'on le surprend écrivant au roi à ce sujet, malgré le soin qu'il apportait à éviter de lui donner aucun conseil

i. V' d'Avenel, Richelieu et la monarchie absolue, Paris, 189j, t. III. p. 16. 2. Testament politique, chap. ix, sect. IV, p. 288.

OU avis pouvant être interprété comme une immixtion de sa part dans les ciioses militaires, terrain sur lequel le roi était essentiellement jaloux de son initiative et de son autorité ? La date même de la lettre est à noter, car c'était un peu plus d'un an après la création de sa Compagnie de Mousquetaires, la durée d'observation indispensalde poiu- lui permettre d'asseoir une opinion raisonnée :

« Je croy que le roydoibt faire loger ses nouvelles compagnies des gardes dans les faubourgs de Paris, comme les autres, et de plus, leur faire faire garde devant son logis comme les autres, accouplant une nouvelle avec une vieille pour qu'ils apprennent mieux leur mestier. Par ce moyen, j'espère que. dans peu de temps, elles se rendront bonnes '. »

Devant le logis du Cardinal, la relève des deux corps de garde de Mousquetaires se fait tous les matins, comme chez le roi ; le voisinage a pris l'habitude de voir l'anspessade faire les cent pas devant la porte principale, tandis qu'à l'intérieur, reluisants dans l'ombre, s'allongent, dirigés vers l'entrée, les canons polis des mousquets que les deux sentinelles, balle en bouche, postées de chaque coté de la voûte et qu'il n'est pas permis d'approcher ^^ tiennent constamment « sur la fourchette, le bras droit esloingné, la main à la clef, et l'affût contre la hanche droite ■' ».

Tous les matins à la même heure, devant le Palais-Cardinal, a lieu la revue de la Compagnie et l'appel nominal par les sergents ; la foule des curieux (jui viennent la contempler à distance, est surtout nombreuse les jours où le lieutenant commande la formation des cent mousquetons désignés par ordre de roulement pour se rendre aux exercices, tandis que les autres assureront la garde et la relève des sentinelles. La Compagnie en impose par la (ierté martiale, la bonne tenue, et lajustement irréprochable de ses hommes : la casaque rouge aux armes du Cardinal, car le manteau ne se porte point en service '', le feutre empanaché à larges bords sur l'oreille, le soulier plat aux choux écarlates, et les galands tombant des hauts-de-ehausse sur le bas bien ajusté accusant le mollet musclé ; leurs armes, et surtout les mousquets, ne provoquent pas moins l'admiration ; car au lieu de porter la mai-que ordinaire de Saba-

1. Avenel, Lellres..., t. V, p. l'i-J ;:is juilk-l 1G3.';). ■2. Poiilis, Mémoires, éd. Mich;iud, p. Oli.

3. Jacques de Gheyn, M.inii-mml d'Arnif:!. d'Arcjuebiises, Mousquets et Piques, Amslerdani. lOOS, ii" 37.

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