LES FOURNISSEURS
de Richelieu; mais celle-ci est, de par son prix élevé, l'apanage des maisons princières, alors que dans la très riche bourg-eoisie d'alors, « le lit de vieux velours, de satin ou tlancieune broderie " est le meuble principal d'ornement de la <i chambre de parade ou de cérémonie, destinée à recevoir les personnes de distinction », et c'est à sa possession (jue se l)orne l'ambition du luxe dans cette classe '. même avec la tapisserie simple qui est de rigueur ; aussi le lecteur se refusera-t-il à croire comme nous que Desbournais est allé chez lui pour choisir et acheter l'ameuldement destiné à la chambre de M. Lescot en l'hôtel de Richelieu; le valet de chambre du Cardinal a fait évidemment l'achat comme pour lui-même, et s il a payé comptant, ce qui est rare dans la maison, n'est-ce point pour éviter une humiliation à Cressé, le fournisseur exclusif et attitré du premier ministre, ce qui lui a permis aussi d'éviter d avoir à faire figurer dans les Comptes de la maison le nom d'un marchand tapissier de second ordre, auquel il s'est peut-être adressé incognito par raison d'économie?
La vieille maison de tapisserie du marché aux Poirées, près de la rue de la Lingerie, où nous venons de jeter un coup d'ieil, tenue en 1639 par dame Leclerc et Guillaume Cressé, compte, en effet, depuis bien longtemps, parmi ses clients, et le premier de tous, le Cardinal avec les siens déjà, en 1626. Jehan Leclerc. le second mari de Marguerite Panthou, veuve de Cliarles Cantharel, travaille pour la maison de Richelieu ; cette année-là, il a " tandu et fourny de tappis, serge dedans, leglise des chertreux à six grand tappis et perterre et deux cliaize de velour chamarré dor et fourny les carreau et deux parrement de drap dor servant aux credances » pour le sacre de Monseigneur l'archevêque d'Aix, Alphonse- Louis Duplessis, le frère du premier ministre -.
Sa femme, dame Leclerc, veuve pour la seconde fois, a maintenant pour associé son gendre; en 1632, Guillaume Cressé a épousé sa lille du premier lit, Geneviève Cantharel, et suivant les articles de leur contrat de mariage ■', (illeet gen<hT,a()rès a voir pendant ([uatrc ans. m travaillé et s'estre employés fidellement et soigneusement à tout ce qui concerne le train, Iralicq et négoce de la condition de marcluuit tapissier » aux gages de 300 livres, en plus delà nourritur.', logement et blanciiissage, sont devenus en 1636 les associés de la maison, ajiporlant, la femme, sa dot de 1.800, le mari, son douaire de 2.^1)0 li\ros. Au mnnient lie leur mariage
1. Du Pradel, Traita contre le luxe, Paris, 1705, p. Itl'.t et 200.