I.A MAISCIN Dl' CARIIINAL DK KlCIinMEi
Richelieu, ont été payés sans certificat et sans mémoire, sans aucune dé ces formalités qui sont de règle dans la maison ; le nom du marchand même est inconnu, aussi bien (|ue de la personne qui a fait l'achat et effectué le paiement. Il ne peut v avoir ([u'un motif: le Cardinal les a fait acheter directement et secrètement par un tiers ; peut-être même ont-ils été ap|)ortés clandestinement de nuit là oii ils doivent servir : Richelieu n'ignore point les récriminations que suscite, au milieu de la misère publique, son faste apparent; a-t-il redouté de donner contre lui prétexte à de nouvelles colères, et surtout matière à de nou\eaux jjamphlets ? Faut-il expliquer ainsi ces j)récautions mystérieuses? Car les coffres, cela est hors de doute, sont destinés à renfermer des espèces; nous avons déjà parlé de la destination de l'un deux, celui qui va au Cloître Notre-Dame. En tout cas, le Cardinal semble éviter la mention de ces meubles, et nous n'avons retrouvé qu'une seule fois le mot sous sa plume, le jour où il offrait à d'Argenson « vingt mil escus qui se sont )i, disait-il, " trouvés dans mes colfres ' ».
Pour terminer ce chapitre, nous n'avons plus (ju'à faire remarquer leur prix modique — li-J livres pour les deux coffres de bois ferrés, (J6 livres pour celui de fer — ce qui montre, une fois de plus, combien Richelieu s'entend à défendre ses intérêts; quelques années auparavant. Malherbe un poète, il est vrai, en payait un deux cents livres, sur une somme de quatre cents qu'il venait d'encaisser, dans le but de sauver au moins, disait-il, l'autre moitié -.
i. Avenel. /.<■///?«..., l. VII, p. :ilO. ■». Tallemanl. ///.<(., I. I, p. 207.
CHAPITRl'. XIX
l.h:S VO),\Gi:S. — LE TRAIN Dl' CAIilJINAI.. — I.KS .MARCIIKS DE SÉNESCFIAL
PULIi LES TRANSPORTS. l'iNSTALLA l'K IN EN VilVAIlE. l'iTLNÉHAIRE DE
VOYAGE DE 1639. — LE TRAVAIL EN V(iVA(.K. — DESCENTE EN BATEAL SIU LA LOIRE. — LE CANAL DE lîlUAKi:. I.A l'iiLME IlE NdNACE Al PER- SONNEL DE LA PETITE ÉCLRIE.
» Quel rég'iment est lou^é céans? >> deniamlaieiit assez plaisamment au xvn'" siècle les Hollandais en passant devant une hôtellerie, quand il y avait deux ou trois Français '. Le mot est typique et bien caractéristique de 1 usaiife d'alors de voyager avec un >■ train " ; un terme qui restera synonyme de maison et le complète de la façon la plus imag-ée. En voyage, en eilet, l'on <i traine » avec soi toute sa maison ; ce ne sont pas seulement les serviteurs et la famille de domestiques, question de sécurité d'abord, et aussi questiiui de rang- -, ([ui sont toutes deux connexes ; c'est aussi l'attirail de meubles, d'autant plus nécessaire que les déplacements sont plus lents, et que par suite, les fins d'étapes, éloignées de tout centre important, ollVent moins de ressources. Par déiinition, les meubles comprennent tout ce qui s'emporte, comme nous lavons vu au chapitre de la Dépense qui les concerne, les lits, les tables, les chaises, les tapisseries, les armes, la literie, les vêtements, le linge de lit, de corps et de table, la batterie de cuisine, les fourneaux, la vaisselle et aussi les provisions de bouche. Aux Fournisseurs, nous avons dit un mot des prescriptions imposées aux bahutiers et coifretiers-malletiers pour la fabrication des coffres, malles et bouges de toute sorte qui les renferment : l'on voit aussi par là l'importance des écuries et des véhicules. Plus haut, nous avons mentionné le marché de Séneschal qui s'y rapporte : les \6 mulets noirs et les I (1 chevaux de bat et de harnais ([u'il fournit en location à la mai-
1, Tallomant, Hisl., t. VI, p. 330.
2. Le ridicule dans la vanité sur cepoint ne perdait pas ses droits : le marquis de Sourdis, gouverneur d'Orléans, qui pourtant vit mesquinement, « n'irait pas à Jouy, qui n'est qu'à (juatre lieues de Paris, sans tous ses mulets, son chariot et son fourgon, et je ne sçay combien de gens à clieval lacob et ses chameaux », disait un jour
en parlant de lui la jolie et fort éveillée Madame Cornuel ^Tallemant, Hist., t. IV, p. 131).
AiS i.A MusiiN m cAr.iiiNAi. iiK lîir.iiki.lKt
son et dont il doit assurer la nourriture; une partie est chargée des « nécessités » delà suite du Cardinal, l'autre est attelée aux charrettes et aux fourgons dans lesquels sont placés les paquets et les cofTres. En 1639, ce n'a pas été suffisant ; lorsque le 7 juillet, après la prise de Hesdin, le Cardinal continue son voyage vers l'est, en quittant Abbeville, que ce soit l'état des routes qui l'exige, ou un accroissement du train, il a fallu recourir à de nouveaux éléments de transport: pour i> décharger les charrettes de S. E. ". il est nécessaire de louer une charrette supplémentaire attelée de 4 chevaux que l'on garde jusqu'à Chalon-sur-Saône, où elle arrive le 9 septembre ; durant ce trajet, il faut encore avoir recours à partir de Mouzon k un charretier auxiliaire, Antoine More, pour une autre charrette, attelée elle aussi de 4 chevaux, jusqu'à Chalon, comme la précédente. Il en est résulté une dépense considérable, 878 livres 18 sols, pour la première, 540 livres pour la seconde ; aussi, lorsqu'il s'agit, en décembre, de renouveler le marché de Séneschal jjour l'année suivante ', le Cardinal qui est à la fois u bon mesnager » et qui a horreur de l'imprévu, prend-il ses précautions; cette fois, en plus des 16 mulets et des 16 chevaux de bât et de harnais, il est stipulé au contrat la fourniture de deux grandes charrettes attelées de quatre chevaux pour les bagages des domestiques, un fourgon attelé de quatre chevaux pour la batterie de cuisine et les ustensiles de l'oflice. quatre sommiers, etc..
Les coffres ont été « faits » par les soins des valets de chambre, aidés des valets de pied, une occupation ;t laquelle se plaît quelquefois le roi dans ses déplacements ■'•, Laurens et Le Teilier ont fait préparer pour le fourgon aménagé à cet ell'et tout ce <[ui est nécessaire à la cuisine et à l'office ; de son côté, La Ruine a procédé à l'emballage de la vaisselle. Un domestique spécial de la maison et dont nous n'avons pas encore parlé, apparaît ici en scène ; c est Jacques Paret, le portefaix, ce l'ange de Grève », un surnom corporatif qu'il doit k ses crochets en forme d'ailes-*, qui transporte, place et t'mpile niéUiodiquemcnt dans les voitures ces lourds fardeaux, Jacques Paret, appointé à 100 livres, comme les cuisiniers et les sommeliers, ce qui, en dehors de toute autre considération, indique assez l'importance de ses fonctions, de même que la fréquence des déplacements dans la vie normale de l'époque et en particulier dans celle de Richelieu '.