‹ La maison du cardinal de Richelieu, document inéditChapitre 415 sur 464 · Puységur, Mémoires, t. I, p · texte numérisé non relu

Puységur, Mémoires, t. I, p

LES VOYAGES 4ol

chaque étape, avec la diversité des manœuvres et des dispositions nécessitée par l'état des lieux, la durée du séjour, l'iniportance des réceptions, et aussi la santé de Richelieu, qui s'arrête queUjuefois en route un jour pour se purojer '. Le personnel de la maison, si nomlireux en apparence, n'est pas de trop, comme on le voit, pour assurer régulièrement la régularité de pareil service, surtout lorsque l'arrêt est limité à la nuitée.

Le train personnel du Cardinal ressemble à une petite armée ; le 2.j mai, le même jour que Sa Majesté part de Saint-Germain -, elle a quitté le parc de Ruel par la route de Pontoise, dont la largeur et l'alignement permettent à l'œil de ne rien perdre du détail de sa lielle ordonnance. Au centre est la litière de Son Kminence, conduite par Philbert Dut'our, assisté de son garçon Jacques Ruflin; Richelieu n'y prend place que lorsque l'état des chemins et ses douleurs ne lui permettent pas d'affronter les cahots de son carrosse de corps à six chevaux, qui la suit, et dont le siège est toujours occupé par Artus Ferret, ayant à son cùté Louis Miet, deux figures aussi connues du peuple que celle du maître, avec le postillon Sébastien Goussaud. Ce matin, le Cardinal plus dispos s'est confié à eux; il occupe dans le carrosse la place du fond à droite, la place d'honneur ; par les vantelets ouverts, et sans que rien cache sa vue, car les deux sièges du milieu sont vides, il jette de temps à autre un regard distrait sur les grasses verdures des berges de la Seine, estompées dans une très légère buée matinale de printemps, et par intervalles, il feuillette, de sa main amaigrie, un volume richement habillé de maroquin rouge, avec une dédicace en lettres d'or sur le plat, la première partie de V Armanéide , un poème k sa louange, que l'auteur, Laurent du Piastre ^, a trouvé le moyen de lui faire présenter à son lever par Desbournais, le caissier des gens de lettres. A son côté, l'abbé de Beaumont. à la place habituelle de lévêque d'Auxerre, est plongé dans son bréviaire; en face. Charpentier et Citoys revenu tout récemment des Caves, devisent à voix basse, le premier tenant sur ses genoux le volumineux portefeuille en cuir rouge qui ne le quitte pas. .-Via portière de Richelieu, chevauche de la Houdinière, l'épée à une main, le long pistolet armé de l'autre; un peu en arrière, et montés comme lui, les deux écuyers de Graves et de Saint- Léger, chacun d'un cùlé du carrosse, avec deux des gentilshommes servants, à la même hauteur que la livrée des cantonnières ; ce groupe est

[. Avenel, Lettres..., l. VU, p. IjO.

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