‹ La maison du cardinal de Richelieu, document inéditChapitre 60 sur 464 · vonel, Lettres..., l. VI, p. 902 et · texte numérisé non relu

vonel, Lettres..., l. VI, p. 902 et

3. Tres-humijte, Ires-veritable et Ires-imporlanle liemonslrance au ftoi/, 1C31, in-i", p. 50.

4. De Wicipiefort, Mi'inoires louchant les Ambassadeurs, Cologne, i67C, [). 'MVJ. ."). Avenel, Lettres..., t. VI, p. 777.

CIIAPITHE V

i.K )i\iriii: DE ciiA.Miiiii-: et i.F.cn^FF.ssEvn. — lk maître dk ciiAMnitr. : de

MAncILI.Ar, DK liEAl VEAf ; PIEHUE de MUOC, AltBÉ DE CINO-MARS, ÉVftuUE d'aVXERKE et le MAROriS DE CINQ-JIARS, (;RAND ÉCLYER DE LOllS XIII. LE

r.o.NFEssELR : l'abbé ml'lot ; pierre d'esclalx ; le docteur jacoues lescot,

ÉVfti.H'E de CHARTRES.

Ainsi que nous l'avons fait remarquer au début, rien dans le Compte ne dénote spécialement la maison d'un homme d'Etat et encore moins d'un premier ministre ; rien n'y rappelle davantage le prince de l'Eglise, si l'on fait abstraction du titre de Cardinal c[ui revient en tête de chaque chapitre. Il semble même, sous cette réserve, que l'on y ait systématiquement évité toute mention se rattachant à la haute dignité ecclésiastique de Richelieu. Il ne s'agit point ici des dépenses du culte ; elles viennent naturellement à leur place, avec les passements pour des ornements d'église et les flambeaux de cire pour la procession de la Fête-Dieu à Ruel ; nous voulons parler delà famille religieuse proprement dite, habituelle de tout cardinal, maître de chambre et confesseur, famille indépendante des aumôniers ordinaires que nous verrons plus loin, à leur rang, et qui font partie de toute grande maison bien réglée.

.\ucun des deux personnages que nous venons de nommer ne figure à l'état des gages ; s'ils étaient portés k l'un des feuillets manquants du registre, notamment à ceux du début, on les retrouverait au décompte final de la dépense ; ils ne sont donc pas appointés, tout au moins dans la même forme que le reste du personnel.

Bien plus, s'ils sont mentionnés dans le Compte, ils n'y sont jamais qualifiés de leurs titres, pas plus le maître de chambre, M. d'Auxerre, qui y revient pourtant fréquemment, que le confesseur, Jacques Lescot.

Cette double particularité frappe d'autant plus que les deux fonctions passées sous silence dans le Compte sont les premières dans la maison royale, et que ÏEtat de la France s'ouvre par elles. Est-ce là ce qui a influé sur la détermination de Richelieu, dans son désir d'éviter l'idée d'un rapprochement capable d'éveiller les susceptibilités d(> I.nuis XIII,

74 I.A MAISON T)l' nAnuiNAI, DK RICIIELIEL:

ce que rend encore plus vraisemblable l'absence du grand Ecuyer? C'est possible, d'autant plus que le maître de chambre du roi et celui du Cardinal portent le même titre seijïneurial, sans cependant être parents.

Le Cardinal a-t-il entendu, de la sorte, séparer nettement le domaine spirituel du temporel, et ne point mêler les choses de Dieu à celles de la terre ? Dans le même ordre d'idées, cette omission volontaire est-elle due à un sentiment de haute convenance de sa part, étant donné le caractère sacré de ces deux charges purement ecclésiastiques qui les mettent hors pair du reste du personnel de la maison ? Richelieu a-t-il plutôt obéi à un sentiment de fierté bien d'accord avec son caractère, en voulant dégager sa personnalité de toute autre considération hiérarchique, dans ce Compte qui est un document quasi-ollicicl ? Autant de conjectures aussi vraiseml)lables l'une que l'autre. Quoi qu'il en soit, l'importance de ces deux fonctions et la situation exceptionnelle des titulaires auprès du Cardinal les désignent en première ligne à notre attention ; aussi, malgré leur absence au Compte, les avons-nous placés chez Richelieu en tête de la maison, au rang qu'ils occupent chez le roi.

Le maître de chambre est le premier officier de la maison des cardinaux comme de celle du pape ; l'étiquette de la cour de Rome fixe minutieusement ses attributions et ses fonctions ' dans les cérémonies civiles et religieuses où il figure toujours à côté du u Patron », le terme consacré ; le détail du vêtement protocolaire est à sa charge, comme l'indique son nom ; il porte la traîne. Dans les réceptions, c'est lui qui donne à son maître le rochet et le camail, qui fait sonner la cloche par le doyen des estaffîers pour rendre honneur à un cardinal arrivant en visite, qui lui offre la collation avant le départ, fait allumer les candélabres à sa sortie, s'il est de nuit . Hien (|u'il ne .soit pas, à proprement parler, un maître des cérémonies, il en remplit les devoirs, et il est en même temps le représentant accrédité du chef de la maison. Lors des A'isites des ambassadeurs au palais, l'une des circonstances les plus délicates pour le cérémonial, c'est encore à lui à disposer le siège du Cardinal face à la porte d'accès, à s'assurer (jue tous les sièges sont de la même hauteur, grave question d'étiquette au xvii'' siècle, où le moindre détail de forme correspond k une idée...

Le Compte nous fait connaître deux autres des attributions du maître de chambre dans la maison de Richelieu. Il est d'abord grand aumônier; si le soin des aumônes réglées est à la charge du premier aumônier ordi-

1. Sciplono Ainali, Cfnsiirn ni inif-ilro <Ii vnmorn di Franroum Scslini, Lièg'e, 103V.

[.K MAlTRi: Di: illAMIilii; F.T I.K CONFESSiail / .>

naire. comme nous le verrons pins loin, le camérier a celle de la menue dépense courante et personnelle du (Cardinal, ce que nous appellerions aujourd'hui l'arg'ent de poche, mais (jui est soumise elle aussi aux règles du contrôle le plus strict, car il en dresse chaque mois un état accompaj^né de toutes les pièces justificatives : c'est dans cette bourse dont il a la garde ' (|u'il puise pour les aumônes extraordinaires et imprévues, et pour les secours aux couvents dans le besoin, que l'on rencontre dans les voyages et (juil visite de la part et au nom de son maître.

En plus de ces fonctions de familier, il joue aussi un rôle important dans l'administration de la maison, dont il est, en quelque sorte, l'intendant général : Richelieu a toujours eu, du reste, auprès de lui quelque prélat avec cette charge, qu'il fût ou non camérier en titre ; de Morgues les signalait en s'indignant de voir des personnages, » à l'esprit généreux d'après la créance publicjue ». mendier sa faveur et flatter sa vanité : « Entre ceux-là, nous remarquons des Prélats qui tiennent des premiers rangs en l'Eglise, qui ont abaissé leurs dignités et leur courage, jusques à prendre des charges et qualitez de grand vicaire et le contreroolede vostre maison '-. »

Mais ce n'est qu'en apparence qu'elles étaient remplies avec cette belle régularité qui frappe à la lecture du Compte, et si elles l'out été réellement ainsi, ce n'est que par exception, et pendant des périodes relativement courtes dans la vie politique du Cardinal.

Nous avons exposé rapidement dans le chapitre précédent, comment Richelieu, au milieu des diftîcultés continuelles et imprévues avec lesquelles il était aux prises, au début de son ministère surtout, était naturellement conduit, ayant besoin avant tout d'hommes sûrs et éprouvés, k prendre comme instruments de sa politique, hors de sa maison, ceux de son entourage immédiat qu'il avait sous la main et qu'il connaistait, en les employant, chacun suivant ses moyens.

L'abbé de Marcillac, son premier maître de chambre, en est aussi le premier exemple : à la fin de 1026, nous le trouvons dans la maison de Richelieu, signant les rôles de la dépense des aumônes qui va figurer au Compte de la maison pour cette année ■' ; au milieu de l'année suivante, les Anglais assiègent l'île de Ré ; au sort de cette place est lié celui de La Rochelle, des armées du roi et de la monarchie ; les vivres et les provisions font défaut aux assiégés, une poignée d'hommes à l'héro'îsme

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