‹ La maison du cardinal de Richelieu, document inéditChapitre 9 sur 464 · I.E IlOriMKNT H · texte numérisé non relu

I.E IlOriMKNT H

OÙ il dépense à son aveu, le nn>illeur île sdii inoféniosité et de ses ressources.

A rextérieur, lannée 1038 qui vient de s'écouler n"a pas été heureuse pour les armes de la France, car les revers du siè<!,'e de Fontarabie et du siège de Saint-Onier en ont marqué la fin. Celle qui suit verra sur pied les forces militaires les plus imposantes du règne : trois armées du coté des Pays-Bas, la première vers l'Artois, commandée par de la Meilleraye, la seconde dans le Luxemliourg, sous les ordres ilu mar(|uis de Feuquières, la troisième sur les frontières de Champagne avec le maréchal de Chatillon ; en Italie, le duc de Longueville, en Piémont le cardinal duc de la Valette, en Roussillon, le prince de Condé ; deux Hottes, celle du ponant conduite par l'archevêque de Bordeaux, celle du levant par le comte d'Harcourt ' . Mais les dépenses sont en proportion avec cet accroissement de forces -' ; il faut payer les monstres, les ravitaillements, le concours des alliés, les fournitures de toute espèce, sans parler îles sommes énormes qui s'égrènent dans la circulation des fonds en passant par les mains des sergents des tiilles et coUecleurs, des fermiers et de leurs commis, des trésoriers, leurs intendants, contrôleurs et caissiei's, des surintendants des finances, des munitionnaires, des commissaires et des ofliciers ' ; pour ces besoins extraordinaires, il faut créer des ressources nouvelles, et les taxes se succèdent sans interruption, avec les créations d'offices, les édits monétaires. Avec son génie clairvoyant, Richelieu essaie, non point d'y mettre or.lre, ce qui est impossible, car il ne pouvait réformer les mœurs, mais de se rendre compte au moins des deux termes extrêmes tlu l)udget ; aussi en 1039 et en KiiO les états de recettes et de dépense se multiplient et apparaissent en nombre inusité ; l'on pourrait même dire que les rares renseignements financiers qui nous sont parvenus de son ministère sont presque tous relatifs à la première de ces deux années.

En 1039. Puchelieu fait dresser 1'» Estât de la despence et i-ecette que

{. Sourdis, Corres/i., I. II, p. S'.t.

2. J. Caillel. De r,i(lniini:<lr:ilioii <'n France ,<()(;.< le niiiiislrrc ilr niclielicii. Paris, 1807, p. 27:!.

3. V'' il' \\enel, Richelieu et la inonanliie abaolue.Pnv'is, l!S!i:i, 1. II, cliap. vi el vu, p. 32j à 3i9. La Barre écrivait déjà en 1622 : « Si politc alVaiiv i|ui se présente, l'espai'g^iie est sans espargne, ou a recours à levées nouvelles, et à création de nouveaux offices, on les double, ou les triple, on les met Triennaux; Controlleuis devienuenl Esleuz, Esleuz Lieutenans, Lientenans Présidons. On les multiplie tellement que c'est confusion, et qu'il se trouvera enfin, si on continue, plus de Receveuis que de payeurs... " Formulaire des esleuz, Rouen, 1(Î22, p. 3!)3.

le Rov fait en toute la France ' » : dans les premiers jours de cette année, il a notifié à de BuUion le surintendant des finances d'avoir à supprimer la coutume de brûler « le menu » des fameux acquits au comptant, introduite par celui-ci à son entrée aux affaires '-. C'est cette même année i[ue l'historien économiste de cette époijue choisit pour dresser ses tableaux de l'état financier de la France sous Richelieu : « lîudget de 1039'' » d'après les comptes rendus de Mallet : — » Sommes reçues et dépensées en 163!) par la Caisse centrale de l'Epargne à Paris ' » : — « Effectifs réels et solde des armées françaises en 1639 -• » ; — " Marine de la Méditerranée 'J ». — Cette richesse exceptionnelle de documents de cet ordre pour une seule année ne peut moins faire que retenir l'attention; or c'est justement pour cette même année de 1039 que nous parvient le seul état connu de la dépense de la maison de Richelieu. Est-ce une simple coïncidence ?

l'aut-il y voir le Cardinal appliquant à sa maison la même idée qui le ijuide pour l'Etat, par cette association de principe qu'il a posée comme règle dans son Testament politique ? N'est-ce point la pièce justificative que Richelieu a fait passer sous les yeux de Louis XIII pour lui montrer le fond de l'un de ces trois gouffres " où de Bullion déclarait ne voir goutte, pour répondre au reproche que lui faisait le roi de l'énormité de sa dépense personnelle ? N'a-t-elle pas été établie sur l'ordre du Cardinal, en vue de la postérité, dans celte année où les finances de l'Etat sont aux abois, en riposte aux pamphlets qui exagèrent à plaisir le faste de sa maison étalé en face de la misère du peuple ? La première hypothèse est bien d'accord avec les idées de Richelieu, et même en ne faisant qu une très faible part aux autres qui du reste ne la contredisent point, cette explication serait confirmée par le caractère un peu solennel du document que nous présentons, avec ses authentifîcations rigoureuses, et sa tenue d'une

1. Catalogue de livres et mss. de la bibl. de feu M. de Torcy, ISfii, \>. '.'iTt'.i.

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