‹ La maison du cardinal de Richelieu, document inéditChapitre 93 sur 464 · Tallemant, Ilist., t. 111, p · texte numérisé non relu

Tallemant, Ilist., t. 111, p

9. G. Naudé, La bibliographie politique, p. 125 el 126. —J. II. lioecler, Bibliotheca polit ica contracta, Germanopoli, 1677.

102 LA MAISON nu CARDINAL DE RICHELIEU

choisir, qu'à consulter la liste de ses pensionnés ; « il n'a pas besoin de Pédagot^ue, et chez lui il ne veut point de Pédant ' ».

Pour connaître le plus puissant des nomljreux motifs qui l'ont guidé dans cette question, il suffît de lire le Testament politique, auquel il faut toujours recourir pour avoir la clef de chacun de ses actes. Aux Lettres, contre la diffusion exagérée desquelles il s'élève avec énergie, dans une lumineuse vision de l'avenir, n"a-t-il pas dit que « si tous les sujets d'un Estât estoient sçavans, on y verroit aussi peu d'obéissance que l'orgueil et la présomption y seroient ordinaires - » ? Dans sa maison, le Cardinal ne veut point de savants; le souvenir de Fancan et de Mathieu de Morgues n'est-il point là, du reste, pour lui donner raison ? 11 veut non point des personnalités capables d'apprécier ou de discuter ses actes, mais des instruments passifs, des transcri[)teurs dévoués et dociles lui apportant un concours aveugle. La discrétion, l'une des qualités qu'il apprécie le plus, et qui vaut son nom au secrétaire, n'est-elle pas aussi une des formes de l'obéissance ? Car le secret est, dans cet ordre d'idées, l'une de ses préoccupations constantes, comme le prouve une anecdote que nous verrons tout à l'heure ; il se défie de tous, même de ses plus intimes familiers, de ceux qu'il a éprouvés, et dont il est le plus sûr, et par principe, il prend avec eux des précautions qui semblent injurieuses, en homme qui connaît les faiblesses humaines et qui a plus d'une fois supputé le prix d'une conscience '. Lorsqu'après son lever, « il fait entrer ses secrétaires pour transcrire les dépêches qu'il a minutées pendant la nuit, si elles sont importantes, il ne leur donne que le temps juste pour une seule copie, de crainte que la curiosité ne les porte à en faire deux, et

1. « Le Cardinal no reçoit point de beaux esprits à son service, écrivait de Morgues, de peur qu'ils ne remarquent ses imperfections, et qu'on ne présume dans la Cour qu'il se serve de leurs advis. »

Trcs-huinhle, Ires-verilahle, etc., lô.'Jl, in-i», p. 30. — Richelieu ripostait avec esprit, comme on le voit, et tout poète qu'il était, on disant nulemcnt leurs vérités aux Lettres, après avoir déclaré <c qu'il aimait mieux avoir affaire à des esprits pleins de connaissance et de lumière qu'à des esprits mal faits... >■ nesponse nu libelle intUitlé : Tres-humble, etc., 1632. {Recueil th diverses pièces pour servir à l'histoire, 1630, p. o82.) — Balzac développait la même idée dans Le Prince : » ...Connaissances abstraites, dangereuses à la République, lorsqu'on s'y adonne avec excès. Les Escholes ont en partie ruiné le commerce et l'agiMculliiro, sont cause de la faiblesse de nostre Estât, et de la lascheté de nostre siècle. Dans un grand Royaume on ne lève que de petites armées, parce qu'il y a un grand peuple inutile qui ne se sert de ses mains qu'à escrire, et consomme toute sa cholerc en procès, etc.. » Paris, 1612, Argument, livre XII, p. 137.

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